Les 30 meilleurs films de 2016

Publié le par Louis Lepron,

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De The Witch à Divines

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Les discussions ont été longues pour sélectionner les 30 meilleurs films selon Konbini. Car l’année aura été particulièrement forte en termes de propositions cinématographiques. De l’horreur, de la comédie, des documentaires, des drames comme des histoires vraies contées magnifiquement : tout était fait pour qu’on s’engueule et que jamais on ne se mette d’accord.

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Après un mois d’enfermement dans une cabane au fond d’un bois canadien, on est ressortis, victorieux, avec une liste et beaucoup de ratures. 30 titres. Pas un de plus. Certains ont été tués lors d’une soirée au coin du feu, d’autres ont été sauvés après de longues tribunes mouvementées, très peu ont bénéficié d’une unanimité spontanée. On a quand même réussi. Les voici.

The Witch

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“Dans la froideur d’une forêt moyenâgeuse, personne ne vous entend.” Voilà quel aurait pu être le slogan de The Witch, l’une des surprises de 2016 dans la catégorie horreur – qui aura vu de nombreuses franchises s’épanouir au box-office sans vraiment convaincre la critique, de Ouija : les origines à Conjuring 2.

En décidant de couper avec le cordon ennuyeux des histoires vraies et en plaçant le scénario au fin fond de la Nouvelle-Angleterre en 1630, Robert Eggers a surpris son monde. À l’heure de l’intolérance portée à l’égard de certaines communautés, entre croyances irrationnelles et réactions hâtives, The Witch est à voir. Absolument.

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Juste la fin du monde

Et un Xavier Dolan de plus, un ! En s’approchant de ses acteurs à travers une sublime lumière distillée par le talentueux directeur de la photo André Turpin (Incendies, Tom à la ferme, Mommy), le cinéaste québécois vient trouver des grands moments chez Nathalie Baye, Vincent Cassel, Léa Seydoux et, surtout, Marion Cotillard, qu’on n’avait jamais connue dans ce registre-là, à la fois timide et fragile, douce mais sans assurance.

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Car, oui, Xavier Dolan a réussi l’impossible : faire fonctionner un casting de luxe à la française, composé d’ego aussi imposants les uns que les autres, pour y élaborer une dynamique unique, des scènes prenantes, un film à la fois grandiose et sobre. Deux ans après Mommy, Xavier Dolan continue d’impressionner.

Premier Contact

Le retour de Denis Villeneuve. Après Sicario, Prisoners ou Enemy, le réalisateur canadien est devenu l’un des plus grands espoirs du septième art. Une aisance pour traiter des sujets différents, une mise en scène à la fois soignée et puissante pour des sujets intimistes et violents dans lesquels ses personnages se retrouvent perdus comme dans un labyrinthe.

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Avec Premier Contact, Denis Villeneuve poursuit cette équation qui lui réussit depuis Polytechnique (2009), profitant de la magistrale Amy Adams pour raconter un drame enfoui dans un film de science-fiction. Grâce à un montage qui n’a rien à envier à celui du Memento de Nolan, le cinéaste trouve dans Premier Contact une manière de sublimer la question du choix à travers celle du temps. Et de poser une autre question, magnifiquement illustrée : si l’on savait, referait-on exactement la même chose ?

Anomalisa

Aux derniers Oscars, face à Vice-versa, qui avait remporté la statuette, un film d’animation peu commun avait été présenté. Son nom ? Anomalisa. Aux commandes, un duo de luxe, Charlie Kaufman et Duke Johnson. Ce dernier, passé par des séries télé, s’est lié à l’un des scénaristes les plus originaux de sa génération, connu pour avoir écrit Dans la peau de John Malkovich, Eternal Sunshine of Spotless Mind ou encore Confessions d’un homme dangereux.

En résulte un ovni cinématographique racontant l’histoire de Michael Stone, un conférencier dont le job est de motiver des troupes de par le monde. Sa vie, faite d’avions et de déplacements, est interrompue lorsqu’il croise une certaine Lisa. Une rencontre qui va mettre en perspective ses faiblesses, sa mélancolie et son choix de vie.

La Tortue rouge

Il s’agit probablement, et selon moi, du plus beau film de 2016. Une narration efficace, des plans magnifiques, un esthétique touchante : La Tortue rouge, nouvelle pépite des studios Ghibli, est une coproduction franco-belgo-japonaise réalisée par l’animateur néerlandais Michaël Dudok de Wit. En résulte la vie, à l’écran, d’un naufragé. Sans dialogues mais avec une beauté comme on en voit rarement au cinéma, le fim d’animation réussit à marquer l’esprit par sa simplicité poétique. Un film immanquable.

Captain Fantastic

Captain Fantastic a à peu près tout pour plaire. Un Viggo Mortensen émouvant, des situations (un peu binaires parfois) qui laissent entendre que la société de consommation occidentale est avant tout superficielle, dénuée de profondeur, une bande-son soignée (parfois un peu trop émotive) et un comique de situation soigné.

On peut facilement y voir l’héritier d’un mélange savoureux entre Little Miss Sunshine, pour l’aspect voyage familial, et Into the Wild pour la dimension “naturelle”. Car s’il y a bien une chose qu’apprennent les personnages, qu’ils soient éloignés de toute civilisation ou partie prenante d’un système abject, c’est que la nature a toujours le dernier mot.

Enfin, la mise en scène et le jeu des comédiens, parfaitement en place pour des acteurs parfois très jeunes, permettent à ce Captain Fantastic d’être à la fois un vecteur cinématographique de voyage et une mise en abyme original de ce que nous sommes.

Dernier train pour Busan

“Des zombies, encore des zombies”, vous allez me dire. Mais cette fois-ci, ça ne se passe pas à la télé, qui a repris de manière flamboyante ce fameux personnage ensanglanté déambulant dans les rues pour mieux s’en prendre à vos gambettes. The Walking Dead, In the Flesh, Freakish, Fear the Walking Dead : on ne compte plus les projets télé à base de morts-vivants. Et depuis World War Z, on n’avait rien eu d’intéressant à se mettre sous la dent dans les salles obscures.

Et c’est là où Dernier train pour Busan a débarqué. Ce film sud-coréen raconte l’épopée d’une troupe de voyageurs coincés dans un train, alors qu’un virus inconnu se propage rapidement à l’extérieur comme dans les rames de leur KTX. Si certains personnages sont stéréotypés (les lycéens transis d’amour, le père qui ne s’occupe pas de sa fille), c’est pour mieux les détruire, se moquant des codes sociaux, s’en prenant aux nantis finalement aussi violents et inhumains que les zombies qui les entourent.

10 Cloverfield Lane

À l’ère des campagnes marketing étalées sur des mois entiers, des bandes annonces qui en montrent trop, 10 Cloverfield Lane a tout d’un petit miracle. Est-ce la patte du producteur J.J. Abrams, qui était parvenu à en dire le moins possible sur son Star Wars VII l’an passé ?

En tout cas, dévoilé seulement quelques semaines avant sa sortie en salles, le film de Dan Trachtenberg (parti réaliser du Black Mirror saison 3 depuis) dépasse le statut d’agréable pochette surprise et déroule un récit fascinant avec une belle économie de moyens.

Porté par un duo d’acteurs très investis (une Mary Elizabeth Winstead sous tension et un John Goodman parfaitement ambigu), un script d’une efficacité redoutable et la musique entêtante de Bear McCreary, 10 Cloverfield Lane prouve qu’il est toujours possible de jouer avec un public habitué à l’esbroufe technique avec quelques ingrédients simplissimes, et pour une fraction du budget d’un Visiteurs 3. Malgré un final un poil excessif aux goûts de certains, un peu brutalement guerrier, on signe tout de suite pour un prochain volet.

Steve Jobs

Il fallait bien placer un “biopic” dans les meilleurs films de l’année. Et pour 2016, quoi de mieux que l’alliance entre Michael Fassbender en patron égocentrique et le réalisateur Danny Boyle ? Si le film est “adapté” de l’une des biographies du patron d’Apple les plus réussies, celle de Walter Isaacson, le scénario a été entièrement théâtralisé.

Oubliez le premier biopic linéaire et profondément biaisé de 2013 (Jobs, avec Ashton Kutcher). Place au caractère foudroyant de Steve Jobs à travers des moments importants de la vie de son entreprise. Mais à chaque fois, l’action la plus importante se déroule derrière les rideaux.

Affaires de famille, égocentrisme forcené, violentes humiliations en public, machiavélisme stratégique : Michael Fassbender épouse à merveille, à l’aide d’une mise en scène énergique, les traits d’un génie de la communication, sans pour autant mettre un voile sur ses pires comportements.

Jodorowsky’s Dune

S’il y a un documentaire, un seul, que vous devriez voir cette année, il s’agit de Jodorowsky’s Dune. Sorti en mars 2016 dans les salles françaises, le film revient sur le projet ciné avorté d’Alejandro Jodorowsky d’adapter, pour la première fois, le livre culte de Frank Herbert.

Revenant pas à pas sur la folle entreprise guidée par le cinéaste chilien, Frank Pavich raconte l’histoire d’un film qui, alors que Star Wars n’était pas encore sorti, aurait révolutionné la façon de faire du cinéma et l’esprit des blockbusters.

Dans ce casting complètement fou, on retrouve Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali, David Carradine, Amanda Lear, ainsi que Pink Floyd et Magma pour la musique. Et on ne peut que rêver et se poser une question : et si Jodorowsky avait réussi, que se serait-il passé ?

Belgica

Belgica, c’est la cure de jouvence rock qui nous est parvenue de Belgique au début de l’année 2016. Le réalisateur Felix van Groeningen (qui nous avait broyé le cœur avec Alabama Monroe) filme la mutation sur deux décennies d’un petit rade de quartier de Gand (Belgique), alter et familial, en usine à clubbers option recalage à l’entrée, MDMA et mojito fadasse à vingt balles.

Si le propos, ici, est implacable – le monde est devenu trop sévère pour laisser quelques débauchés faire la fête dans leur coin sans en payer le prix fort –, les néons de Belgica ne s’éteignent finalement que pour laisser une aube chargée de promesses irradier ses fêtards épuisés, magnifiques de résilience et d’humanisme.

Spotlight

Le postulat de départ était déjà séduisant. Raconter sur grand écran l’histoire des journalistes de l’équipe “Spotlight” du Boston Globe, à l’origine de la première révélation d’un scandale de pédophilie au sein de l’Église américaine, suffisait pour attiser notre curiosité.

Ajoutons à cela un casting fou, de Michael Keaton à Rachel McAdams, de Mark Ruffalo à Liev Schreiber, et forcément, la recette prend forme pour devenir un futur film culte, d’une incroyable justesse et d’un réalisme sans équivalent, qui a chopé au passage la plus belle des statuettes dorées : celle de l’Oscar du meilleur film. Rien que ça.

Comancheria

Avec ses faux airs de western du XXIe siècle, la chute de deux frères braqueurs texans a réussi là où pas mal ont échoué : en nous emmenant dans l’intimité de ces frangins, avec pourtant un scénario tenant dans un mouchoir de poche mais surtout une caméra timide mettant en valeur les erreurs de ces antihéros touchants.

En partie grâce à un Jeff Bridges en shérif quasi retraité imposant et impressionnant mais surtout aux deux criminels impeccables en tout point, Chris Pine et Ben Foster, le réalisateur pond un excellent thriller complètement inattendu et efficace, qui tient en haleine jusqu’à la toute dernière minute. Ai-je besoin de préciser que le scénario vient de Taylor Sheridan, qui avait déjà écrit celui de Sicario ?

Green Room

En toute honnêteté, Green Room nous a pris de court. On ne savait pas forcément trop quoi attendre d’un thriller indé se déroulant dans le milieu punk du fin fond des États-Unis concocté par le papa de Blue Ruin et mené en partie par Patrick Stewart (et pas mal d’inconnus). Il se trouve qu’on tenait en réalité le film le plus haletant et original de l’année 2016, sélectionné à la quinzaine des réalisateurs de Cannes version 2015. Une bonne claque comme on les aime.

Sausage Party

Film improbable réunissant de bien drôles d’ingrédients, à savoir de l’animation en 3D façon Pixar, des saucisses réalisant que leurs dieux ne sont que des humains affamés, un casting XXL, un humour graveleux à souhait, des insultes, du sexe, pas mal de sexe, et à la tête de tout cela le génial Seth Rogen, Sausage Party est l’un des films les plus audacieux de l’année, voire plus.

Mais c’est aussi le plus drôle, et de très loin. Et puis, voir cette frange de la droite catho s’insurger devant un tel spectacle ne fait qu’accentuer notre amour pour ce film. À voir/revoir avec des potes en gueule de bois, avec un date qui comprend facilement les messages subliminaux ou en famille après le repas de Noël si votre grand-mère est franchement ouverte d’esprit.

Captain America : Civil War

D’accord, par bien des aspects, ce troisième Captain America peut énerver. Scénario un peu facile, prouvant une fois encore que Marvel a réellement du mal à pondre des méchants crédibles, exploitant des brèches parfois bien légères. Objectivement, il n’est pas impossible que Doctor Strange soit un meilleur film.

Mais la scène de baston de 20 minutes sur le tarmac de Berlin vaut probablement tout le MCU, et annonce un avenir tellement geekorgasmique qu’on ne pouvait ne pas le mettre dans cette liste. Désolé. Et puis, le retour de Spider-Man. Et puis, l’arrivée de Black Panther. Est-ce qu’il vous en faut objectivement plus ?

Haters gonna hate.

The Neon Demon

Chaque film de Nicolas Winding Refn est un événement en soi. Depuis la claque Pusher il y a vingt ans maintenant, le cinéaste danois balance des petites bombes sans prévenir, la plus grosse à l’échelle mondiale étant bien évidemment Drive. 2016 aura été franchement marqué par son dernier bébé, The Neon Demon.

Racontant les travers de la mode à travers l’histoire de Jesse (Elle Fanning, plus impressionnante que jamais), une jeune mannequin fraîchement débarquée à Los Angeles qui fascine dans le milieu, ce long-métrage dégueule deux heures durant un fascinant cauchemar à l’imagerie parfaite, et qui ne laisse pas indemne.

Merci patron !

Un projet ciné qui a marqué l’univers médiatique, tancé les grands patrons et nous a fait mourir de rire. Après trente-cinq ans de loyaux services chez Ecce, Serge et Jocelyne Klur perdent leur emploi lorsque l’usine de textile se fait racheter par le PDG de LVMH, Bernard Arnault. Au chômage et endetté, le couple est menacé d’expulsion de leur maison, qu’ils ont eux-mêmes construite. C’est là qu’intervient l’imperturbable François Ruffin et son culot monstre, qui lui a valu d’innombrables procès dont il sort toujours vainqueur.

Pour sauver les meubles des Klur, le rédacteur en chef du journal Fakir va tout faire pour négocier avec Bernard Arnault une petite somme d’argent et un CDI pour Serge. Cette enquête économique fascinante, aux allures de polar social, est plus un combat solidaire et malicieux qu’un documentaire engagé sur les injustices de notre société capitaliste.

Zootopie

Judy, une lapine flic, tord le coup aux clichés en enquêtant aux côtés d’un renard perfide à Zootopia, une ville fantastique et moderne uniquement peuplée d’animaux, franchement humanisés. Avec ce polar satirique, merveilleusement bien ficelé, Disney pointe nos différences et interroge les valeurs communautaires.

 Zootopie est une ode moderne et émouvante à la pop culture. Une animation nécessaire pour comprendre notre société. Un divertissement riche en suspense et en blagues. Un film qui a su enchanter les enfants et séduire les adultes, une vraie réussite. 

Manchester by the Sea 

La plus belle surprise de la fin d’année. Inattendu car un peu sorti de nulle part, Manchester by the Sea, mélodrame poignant sur le deuil, suit Lucas Hedges et Casey Affleck dans les décors enneigés d’une ville côtière. 

La mort soudaine de son frère aîné oblige Lee (Casey Affleck, qui révèle une autre facette de son talent) à revenir sur un lieu qu’il avait quitté pour se détacher d’un passé tragique. Il est désigné comme le tuteur de son neveu désormais orphelin. Telle est l’histoire de cette sublime chronique familiale à travers laquelle, Kenneth Lonergan interroge notre rapport à la mort, délicatement et sans jamais cesser de nous surprendre.

Les Huit Salopards  

Pour parler d’un thème qui lui est cher, celui de la vengeance, Quentin Tarantino enfonce ses personnages dans un refuge enneigé. Ainsi, son dernier film ressemble moins à un western qu’à un huis clos. Un groupe de truands impitoyables s’enferme dans une auberge isolée, théâtre de trahisons, mensonges et violence.

Quentin Tarantino parvient à glisser quelques répliques inoubliables, nous rappelant, à quel point il est doué pour raconter les histoires et faire jaillir du sang. Mais pour une fois, le cinéaste a surpris tout le monde.

La Loi de la jungle 

Une comédie délicieuse et exotique qui soulève subtilement et avec beaucoup d’humour, souvent absurde, les problèmes de notre société. Vincent Macaigne, stagiaire au ministère de la Norme est envoyé en Guyane dans le cadre du projet Guyaneige, destiné à relancer le tourisme en Amazonie. Mais une fois sur place, il comprend que la piste de ski est loin d’être terminée et que pour faire son rapport, il devra aussi supporter Tarzan, l’autre stagiaire, jouée par la merveilleuse Vimala Pons.

Tu ne tueras point 

Depuis que chaque mouvement de Mel Gibson devient sujet à scandale, son nouveau film, après son exil d’Hollywood était très attendu. Et le réalisateur a fait un retour magistral avec un film de guerre sanglant, dont les scènes de combat sont impressionnantes. 

Le film véhicule une belle réflexion sur la différence, en racontant l’histoire d’un héros de guerre pas comme les autres : un végétarien très pieux, assez gauche, refusant de tenir une arme. Et il faut bien reconnaître qu’il n’y avait pas meilleur acteur qu’Andrew Garfield pour mener cette guerre spirituelle.

The Revenant

Seul et devant les caméras des génies Alejandro González Iñárritu à la réal et Emmanuel Lubezki à la photographie, il a survécu à la violente attaque d’une mère grizzly, il a dormi dans une carcasse de cheval pour combattre le froid, il s’est laissé pousser la barbe la plus longue qu’il ne l’a jamais portée et nous a quand même charmés et frappés jusqu’au plus profond de nos tripes : Leonardo DiCaprio a marqué l’année avec (enfin) l’Oscar qu’il méritait. Et s’il l’a enfin eue, cette fuckin‘ statuette, c’est parce qu’il a incarné le rôle-titre d’un chef-d’œuvre : The Revenant.

Soit le film le plus nommé aux Oscars 2016, douze fois, avec trois victoires pour la meilleure réalisation, le meilleur acteur et la meilleure photographie. Seulement trois car la concurrence était rude, aussi rude que l’ambiance proposée par le film et assombrie par un Tom Hardy au sommet de sa forme. Pendant deux heures, trente-six minutes et vingt-trois secondes de fraîcheur à chaque plan, The Revenant m’a tenu en haleine avant de me laisser quitter la salle essoufflé.

Deadpool

Du génial générique d’intro à la séquence post-crédits croustillante en passant par des scènes devenues cultes (coucou la colocataire) : Deadpool, un film Marvel qui nous a fait du bien. Et de franches et nombreuses rigolades, à mesure que les péripéties du bon vieux Ryan Reynolds s’enchaînent, dans une écriture subtile et une réalisation du tonnerre signée Tim Miller.

Et surtout : en explosant tout le monde au box-office et en devenant le plus gros succès d’un film Rated R, Deadpool a révolutionné, à son échelle et à sa façon, le cinéma international, poussant même Suicide Squad à repartir en tournage pour revoir quelques scènes, et jetant son ombre sur Batman v Superman. Hé hé, de quoi définitivement faire du personnage le plus vulgaire de l’écurie Marvel le super-héros préféré de tes super-héros préférés.

Le Garçon et la Bête

Ce film d’animation japonais nous a transportés entre deux mondes, celui des hommes et celui des bêtes. Mamoru Hosoda, avec son récit d’apprentissage, n’a rien à envier à la carrière de Miyazaki et pourrait même devenir son successeur. Il nous a enchantés et divertis en s’appliquant à illustrer l’évolution d’un jeune orphelin vers l’âge adulte. Le petit homme sauvage, une fois apprivoisé par son maître, la bête Kumatetsu, se métamorphosera en redoutable guerrier. Aussi poétique que survitaminé Le Garçon et la Bête est avant tout une histoire subtile et percutante sur la liberté.

Mademoiselle

Années 1930, dans une Corée colonisée par le Japon. Une jeune femme coréenne, Sookie, se fait engager comme servante par une aristocrate japonais. Celle-ci vit dans un immense manoir loin de tout, avec un vieil oncle effrayant qui a pour projet de l’épouser pour s’accaparer sa fortune. Sookee cache la véritable raison de sa présence : elle est en fait complice d’un escroc qui cherche à se marier le premier avec la riche demoiselle. La servante doit donc convaincre sa maîtresse que c’est la bonne chose à faire, mais rien ne se passe comme prévu…

Park Chan-wook – notoirement connu pour Old Boy – signe ici un film parfois lent et déroutant mais dont la maîtrise laisse pantois. Triptyque dont chaque partie éclaire la précédente d’un jour nouveau, injustement ignoré à Cannes, Mademoiselle développe intelligemment son histoire et multiplie les points de vue jusqu’à donner une belle épaisseur morale à ses personnages.

Outre ses twists et son ambiance feutrée, on retiendra surtout de Mademoiselle l’incroyable tension sexuelle de ses scènes d’amour. Rien que pour ces moments d’érotisme puissants, interdits, le film vaut le coup d’œil. Composées avec art, jouées fébrilement par ses deux actrices principales, ces scènes sèment un trouble d’une rare intensité. Et grâce à l’originalité du cadre, quelques traits d’humour roublards, une production méticuleuse et la diversité épatante des thématiques abordées, on sort de Mademoiselle persuadé d’avoir assisté à quelque chose de grand.

Divines

Putain, Divines, c’était bien. Lauréat de la Caméra d’or à Cannes (récompensant le meilleur premier long-métrage), le film impose son énergie, sa colère et sa verve avec une force implacable. L’histoire suit principalement le duo de choc formé par Dounia (Oulaya Amamra) et Maimouna (Déborah Lukumuena), meilleures amies frustrées par l’absence de perspectives dans leur cité de banlieue parisienne. La première, en particulier, annonce la couleur d’emblée : elle ne se contentera pas d’une place de seconde zone dans la société.

Pour s’en sortir, Dounia décide donc de s’imposer à Rebecca, la dealeuse locale, comme une recrue indispensable à son business – avec Maimounia à ses côtés. Divines tourne entièrement autour de ces trois femmes (brillamment interprétées) qui ont compris qu’on ne leur déroulerait jamais le tapis rouge et prennent leur destin en main alors que leur environnement pourrait leur faire perdre l’envie de tout. Beaucoup ont retenu le fameux “t’as du clitoris” du film (version meuf des hommes couillus, et certifié expression de l’année) mais le talent d’Houda Benyamina ne se résume pas à quelques répliques qui claquent.

Les métaphores à la volée font mouche, la réalisation regorge d’idées fortes et si tout ne fonctionne pas parfaitement, pour chaque scène qui marche seulement correctement, on en a deux qui débordent d’inspiration. Toute la production ciné de cette année ne peut se vanter d’un tel bilan. Divines est drôle, sincèrement émouvant, et il témoigne surtout d’une envie contagieuse de créer du cinéma, de montrer quelque chose. En dépit d’un dénouement peut-être un peu convenu, on s’en souviendra clairement comme l’un des films les plus réjouissants de 2016.

Apprentice

Second long-métrage du jeune réalisateur singapourien Boo Junfeng, Apprentice fait partie de ces films injustement oubliés chaque année parmi les centaines de sorties hebdomadaires, malgré la tagline marketing “le film choc de Cannes” et un gros noeud coulant sur ses affiches promotionnelles (sorti en mai, il faisait partie de la sélection Un certain regard du Festival 2016).

Contrairement aux apparences, Apprentice n’est pas du tout provocateur dans son approche. Le film s’intéresse à la vie d’Aiman, jeune homme venant de trouver un emploi dans une prison de Singapour – pays dans lequel la peine de mort est encore copieusement exercée, y compris pour des crimes paraissant totalement anodins vus de France (comme la consommation de stupéfiants). Étrangement fasciné par la punition capitale, l’apprenti gardien se lie rapidement d’amitié avec le bourreau local proche de la retraite, Rahim, un intrigant personnage qui gère la potence avec une rigueur monacale. Il en devient même l’assistant personnel, et on comprend peu à peu que ses motivations sont assez particulières…

Boo Junfeng filme le système carcéral singapourien avec un recul impressionnant. Si son script utilise une structure plutôt classique, dont on devine rapidement une partie des rebondissements, il fait preuve d’une belle élégance et d’une vraie retenue dans son traitement du sujet. La petite vie si ordinaire du bourreau en chef désarçonne tant Aiman que le spectateur, et Apprentice brouille intelligemment les pistes entre le bien, le mal, la curiosité et l’intérêt malsain. Malgré quelques baisses de rythme, c’est un excellent film, qui offre un rare aperçu d’un aspect de Singapour un peu délicat à aborder.

Sonita

Sonita Alizadeh a 18 ans lorsque la documentariste Rokhsareh Ghaem Maghami la rencontre dans un centre social de Téhéran alors qu’elle tourne un film sur l’éducation des jeunes filles en Iran. C’est une réfugiée afghane dont la famille a fui le régime des talibans. Depuis leur chute, sa mère et ses frères sont rentrés en Afghanistan et Sonita est restée seule avec sa sœur et sa nièce. 

Pour survivre Sonita travaille, fait des ménages. Mais surtout, elle écrit. Car, au plus profond d’elle-même, Sonita, qui rêve d’Amérique, de Rihanna et Michael Jackson, est une rappeuse. Ça lui vient des tripes et les mots coulent à flots. Alors quand sa famille décide de la vendre à un homme, c’est avec l’arme du rap que Sonita se défend. Bravant l’interdit fait aux femmes de jouer seules de la musique en Iran, elle poste sur YouTube un clip tourné avec l’aide de la réalisatrice : “Brides for Sale“. Un morceau de bravoure qui cartonne sur YouTube et sera pour Sonita le déclencheur d’événements qui vont changer sa vie.

Quand j’ai vu Sonita au cinéma, je me suis demandé pendant une bonne partie de la séance si ce film était bien un documentaire et non ce qu’on appelle un “docu-fiction”. Car l’histoire de Sonita, la jeune fille dont ce film porte le nom est incroyable, limite trop belle pour être vraie, et le fait de pouvoir la suivre d’aussi près paraissait surréaliste. Et pourtant, ce film signé de l’Iranienne Rokhsareh Ghaem Maghami est bel et bien un authentique documentaire, une histoire vraie plus magique qu’un conte de fées.

Filmé au plus près – la réalisatrice s’étant même personnellement impliquée pour aider Sonita –, ce documentaire qui attire l’attention sur les atteintes aux droits des femmes et des filles porte un vrai message d’espoir. Car même si l’histoire de Sonita est unique, trop rare, elle nous aide à croire que le monde sera un jour meilleur.

Article rédigé par Lucille Bion, Charles Carrot, Arthur Cios, Marc Frohwirth, Louis Lepron, Rachid Majdoub et Thibault Prévost.