Rencontre : Sigrid, la prodige montante de la pop scandinave

Publié le par Florian Ques,

Avec ses hits entêtants et résolument énergiques, c'est l'une des artistes les plus prometteuses de la scène musicale nordique.

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Deux de ses morceaux, en l’occurrence “Don’t Kill My Vibe” et “Strangers”, sont disques de platine dans son pays d’origine. Elle enchaîne les concerts enflammés aux quatre coins de la planète. Ces dernières années, on a pu la voir se défouler sur les scènes de festivals comme Glastonbury ou Coachella. Vous ignorez peut-être son existence, mais il est temps de remédier à ça : à 22 ans à peine, Sigrid est l’une des figures montantes de la pop norvégienne.

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Le 9 mars dernier, Sucker Punch – c’est le nom de son tout premier album – est sorti dans les bacs. Une douzaine de tubes en devenir, dont une partie était déjà connue du grand public à travers ses EP antérieurs, qui érigent Sigrid au statut d’artiste à sérieusement surveiller. Ses titres, des plus mainstream aux moins répandus, ont une énergie communicative et qui, au bout du compte, fait en sorte qu’ils nous restent en tête des heures après leur écoute.

Le secret de Sigrid, c’est sans nul doute l’ambivalence de sa discographie : en effet, si ses morceaux ont pour la plupart une mélodie rythmée et dansante, ses paroles, elles, appartiennent à un tout autre registre. Son dernier single, “Don’t Feel Like Crying”, en est l’exemple ultime. En un sens, cette chanson-là évoque une rupture, supposément douloureuse. Mais plutôt que de broyer du noir et plonger dans une dépression post-séparation, Sigrid adopte une toute autre approche : “Se morfondre serait un gâchis, ça ne va rien changer de toute façon”, chantonne-t-elle juste avant le refrain.

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Ses thématiques de prédilection (la rupture, le rejet, la distance) n’ont rien de très enthousiasmantes de prime abord et sont en opposition totale avec le tempo de ses musiques. “Je me vois comme quelqu’un très souvent de bonne humeur, mais je suis quelqu’un qui pense beaucoup également, reconnaît la principale intéressée lorsqu’on la rencontre, une après-midi pluvieuse de novembre à Paris. Je réfléchis constamment, j’analyse tout le temps. Et c’est ce qui fait ressortir ce côté mélancolique que j’ai en moi”. Ce fossé entre ses mélodies et les sujets traités, c’est un peu son ADN musical, mais aussi ce qui séduit autant ses fans.

Pour Sigrid, la dimension universelle de ses paroles est évidemment calculée, mais le rendu final de ses musiques est souvent plus nuancé que ça, comme elle l’atteste elle-même :

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“Je dois retrouver qui a dit cette citation, mais j’avais lu une interview où quelqu’un disait qu’on écrivait les couplets pour soi et les refrains pour les autres. Et j’adore cette idée, ça prend vraiment tout son sens dans ma musique. J’ai tendance à cacher pas mal de petits messages ou d’indices qui me sont très personnels et dont personne ne saisira la référence. Ils ne savent pas ce qui a pu se passer, mais c’est agréable d’avoir quelque chose qui m’est cher glissé là-dedans. Le refrain est souvent plus général et résume l’idée globale de la chanson.”

Ce qu’on remarque d’entrée de jeu après quelques minutes passées à échanger avec Sigrid, c’est son côté naturel, éminemment terre à terre. Car bien qu’elle remplisse des salles européennes sans se donner trop de mal, la chanteuse sait garder les pieds sur terre. Là où certaines stars peuvent changer d’attitude et d’apparence pour se soumettre aux diktats hollywoodiens, ce n’est pas le cas de cette jeune prodige scandinave qui conserve – voire cultive – son côté girl next door, en témoigne sa simplicité vestimentaire et sa bonne humeur qui la rendent tout de go accessible.

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Cela dit, si elle demeure aussi imperméable au côté superficiel et over the top souvent assimilé à la musique pop, c’est bien parce que Sigrid en a décidé ainsi :

“Toute cette industrie, c’est facile de s’y perdre parce qu’il y a tellement de choses qui sont là pour renforcer ton ego et l’amplifier. Pour ma part, j’ai plutôt confiance en moi. Je sais ce que je veux, je sais ce que j’aime faire et je sais ce que je n’aime pas faire. Quand quelque chose me semble incorrect, je le sens. Je suis à 100 % la boss de ma carrière. Elle m’appartient. Si je continue dans cette voie, j’ai besoin de me sentir moi-même, je ne veux pas changer à cause de mon travail.”

À travers sa musique, Sigrid est une des représentantes exemplaires de la “scandipop”, autrement dit la pop venue tout droit de Scandinavie, reconnaissable par ses mélodies entraînantes et survitaminées. “Je pense que c’est parce que l’anglais est notre deuxième langue donc ça nous force à penser davantage aux mélodies, concède la chanteuse. Je ne savais pas ce qu’Adele chantait dans son album 21, je ne comprenais pas si bien l’anglais donc j’écoutais juste la mélodie et c’était incroyable. C’est ça qui a dû influencer tout un tas d’artistes scandinaves”.

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Parmi ses artistes de référence, Kacey Musgraves, Ellie Goulding, Robyn, Grimes… Tout une pléiade de musiciennes anglophones et parolières confirmées. Bien qu’elle ne compte pas altérer son apparence pour plaire au plus grand nombre et devenir une mégastar internationale, Sigrid espère avec le temps être sur un même pied d’égalité que les chanteuses qu’elle a pour modèles. “J’ai des ambitions, je veux me produire sur des scènes plus grandes, c’est évident”, reconnaît-elle. Au vu de son talent brut et son inspiration inépuisable, on ne peut que lui souhaiter.

L’album de Sigrid est disponible sur Spotify, iTunes et SoundCloud.