Comment les grands tubes de Will Smith ont été façonnés par le disco et le funk

Publié le par Brice Miclet,

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On pourrait consacrer une volée d’articles à la carrière cinématographique de Will Smith. À sa carrière télévisuelle, aussi. Tout comme à sa carrière musicale. Les cas d’artistes ayant autant réussi dans ces trois domaines à la fois se comptent sur les doigts d’une main.

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Et puisque c’est le rap qui lui a permis de conquérir les charts – et ce depuis 1988 avec son duo DJ Jazzy Jeff & The Fresh Prince – il est impossible de ne pas s’intéresser aux samples qui ont façonné ses grands tubes. En 1997, alors qu’il est élevé au rang de star mondiale avec le carton du film Independence Day, il sort son premier album solo, Big Willie Style.

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Celui-ci contient trois énormes tubes, tous produits par le même duo de producteurs, Poke and Tone (deux des beatmakers les plus importants de l’histoire du hip-hop), mais surtout tous construits à partir de samples de disco et de funk.

“Gettin’ Jiggy Wit It”

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Prenons le cas de ce qui reste certainement son plus gros coup de force : “Gettin’ Jiggy Wit It”. Deux samples principaux s’y rencontrent, dont un vocal, ce qui donne l’un des refrains les plus repris par les foules des années 1990, toutes musiques confondues. Le “nana na na nana na” vient de l’introduction d’un titre du groupe Bar-Kays de 1970; “Sang And Dance”.

Mais ça n’est pas le plus intéressant. Celui qui est important ici, c’est le sample sur lequel toute l’instrumentale de “Gettin’ Jiggy Wit It” se base. Un duo basse-batterie économe, deux guitares hyper funky… Il s’agit du titre “He’s The Greatest Dancer” des Sister Sledge, quatuor composé uniquement de sœurs originaires de Philadelphie.

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Sorti en 1979, ce morceau est salutaire pour la formation : les ventes de leurs disques étaient alors en chute libre, jusqu’à ce que Nile Rodgers, alors en pleine bourre avec Chic, ne les prenne sous son aile. La guitare funky, c’est lui, avec son jeu reconnaissable entre mille, le même que celui que l’on retrouvera sur “Get Lucky” des Daft Punk en 2013.

Pour Poke and Tone, le procédé est simple : boucler les premières mesures d’introduction, ralentir celle-ci très légèrement et en baisser par la même occasion la tonalité, la booster avec une batterie hip-hop, et lui rajouter quelques filtres suffisamment discrets pour ne pas lui retirer son charme original – mais assez prononcés pour rendre le titre plus moderne et radiophonique. C’est ça la recette de Poke and Tone, et elle marche toujours.

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“Miami”

“Miami” fonctionne exactement de la même manière. À cela près que le sample d’origine tend plus vers la pop futuriste que les Sister Sledge. Sorti en 1979, “And The Beat Goes On” des Whispers est le plus gros succès de l’histoire du groupe qui, comme beaucoup de formations de l’époque, a dû prendre un virage plus disco pour suivre la volonté du marché.

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À l’époque, le rap ensoleillé est toujours associé à la West Coast et au G-funk incarné par Dr. Dre. Alors mettre les synthés en avant ne semble pas anormal pour composer un hymne à la Floride.

“Men in Black”

Mais le sample le plus intéressant des trois titres qui nous intéressent reste très certainement celui de “Men In Black”. Sorti en bonus sur l’album Big Willie Style, il est à l’origine, comme son nom l’indique, extrait de la bande originale du film Men in Black, dans lequel joue Will Smith. Le succès du film et de cette chanson, on les connaît.

Ce que l’on sait moins, c’est qu’il s’agit d’un sample du superbe titre “Forget Me Nots” de la chanteuse/compositrice/arrangeuse/productrice/poids lourd de l’industrie musicale, incroyablement méconnue du grand public, Patrice Rushen. Oui, dans les pays anglo-saxons, Patrice peut aussi être un prénom féminin. Cette basse absolument géniale et ces petites notes de synthés stridentes… Terrible !

Pour le coup, Poke and Tone vont procéder exactement de la même manière que sur “Gettin’ Jiggy Wit It” et “Miami”, mais vont jusqu’à reprendre la même mélodie du refrain chanté, changeant uniquement les paroles. C’est d’ailleurs assez courant dans le hip-hop des années 1990. L’exemple le plus fameux est très sûrement le titre “I’ll Be Missing You” de Puff Daddy (feat. Faith Evans et 112), qui samplait la guitare et la mélodie chantée de “Every Breath You Take” de The Police.

Alors oui, la recette peut paraître franchement facile. Mais le souci est toujours le même : trouver le bon sample et savoir l’actualiser. C’est bien moins évident que ce que l’on croit. Si Will Smith, grâce à Poke and Tone, a basé ses succès musicaux sur ce modèle, le nombre d’artistes ayant mobilisé cette technique est énorme. En France, l’exemple le plus fameux est celui de “Je danse le Mia” d’IAM, qui en 1993 samplait la base du titre “Give Me The Night” de George Benson, prenant le soin cependant de modifier la basse.

Mais le principe est le même, et bien qu’il se soit un peu perdu depuis quelques années, parce que le disco et le funk servent moins de matières premières aux beatmakers qu’auparavant, il sera toujours aussi efficace en soirée.