Rencontre : Lomepal, le rappeur skateur, nous parle de son premier album

Publié le par Sophie Laroche,

©Konbini

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Alors qu’il a commencé le marathon de la promotion qui précède la sortie d’un album, dévoilant quatre morceaux accompagnés de clips, Lomepal a su intelligemment créer l’attente avec des titres propres, forts et aux identités singulières. Riches d’un gros travail mélodique, ces morceaux restent fidèles au tournant presque pop pris le rappeur et qui fonctionne si bien. On a donc rencontré Lomepal pour discuter de sa nouvelle approche de la création, de mélodies et de skate.

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Un retournement de situation

Flip, le titre de l’album, est riche en significations. La plus évidente trouve ses origines dans la pratique du skateboard, l’une des passions de Lomepal. Un flip consiste ainsi en un retournement, un mouvement dont le but est de faire tourner la planche sur elle-même. Un titre aux sens multiples, qui met en lumière une autre facette de l’artiste, grimé en femme sur la pochette. Cette idée du retournement est tout aussi palpable dans la musique de Lomepal.

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“L’image de moi en femme, c’est quelque chose qu’on a voulu exploiter pour cet album. Ça résumait bien l’album, qui s’appelle Flip. C’est une référence au skate, mais pas seulement. Il y a aussi cette idée de retournement. Un homme qui se déguise en femme c’est un flip. Sur la pochette, je voulais faire monter un sentiment de tristesse, et en même temps du second degré et de l’humour. Donc, le truc du travestissement, c’était assez cool.”

Un album plus personnel

L’humour, le second degré et la tristesse affichés sur la pochette se perçoivent également à l’écoute de l’album. Aussi affûtée que sur ses précédents projets, la plume caméléon de Lomepal, guidée essentiellement par l’émotion, entraîne le rappeur dans divers territoires, du comique à l’egotrip, sans cependant réussir à le dégager d’une mélancolie invasive. Il le dit lui-même : “Même quand c’est joyeux, c’est toujours un peu sombre sans faire exprès.” Ce qui change dans cet album, c’est la dimension personnelle et introspective beaucoup plus approfondie de ses textes. Alors qu’il y a trois ans, sur “Les Troubles du seigneur”, Lomepal rappait “J’me sens seul, coincé entre le réel et la démence”, il semble qu’il ait fait aujourd’hui le choix du réel, exploitant désormais “de vraies histoires”.

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“Ça s’est fait naturellement, j’avais envie d’être sincère. Je pense que je me suis senti prêt à me livrer complètement, à me ‘finaliser’ en tant qu’artiste. Là, je pense que c’est la forme accomplie de ce que je veux faire. Après, je vais encore évoluer, mais c’est la première fois de ma vie que j’ai un album que j’aime à 100 % et que j’estime correspondre à ce que je fais aujourd’hui.”

Ainsi, il n’hésite pas à aborder les thèmes qui lui sont chers, dont le skateboard, qu’il passait plus ou moins sous silence auparavant. “Avant, je ne voulais pas forcément en parler dans ma musique, car je voulais le faire bien. J’ai attendu ce moment et c’est là, maintenant.” Pour le faire “bien”, Lomepal a distillé les références, musicales, textuelles ou culturelles. Ainsi, dès le premier morceau, on distingue des bruits de skate. Un morceau est même dédié à la discipline : “Bryan Herman”, en référence au skateur professionnel, suivi d’un interlude instrumental intitulé “Skit Skate”. Il faut dire qu’en plus de l’endurcir, comme il explique dans le morceau, le skate a beaucoup compté dans la construction de l’identité musicale de Lomepal.

“J’ai construit ma culture musicale principalement par les vidéos de skate et par les musiques qui étaient dedans : du disco, du rock, du métal ou du rap. […] Le skate, c’est aussi se lancer. Tu sautes sur dix marches, tu ne sais pas si tu vas bien atterrir : tu sais, faut porter ses couilles. Ça passe beaucoup par ce jeu de savoir qui va oser se lancer sur quel truc, et y a beaucoup ça dans la musique. Par exemple, quand t’arrives sur scène et qu’il y a des milliers de personnes, se lancer dans un morceau sans être sûr de sa réception… Y a pas mal de trucs comme ça, ouais.”

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“Maintenant, je ne fais presque plus du rap”

Bien que l’époque des freestyles soit derrière lui, les mots occupent toujours une grande importance dans la musique de Lomepal. Il ne s’agit plus de les débiter à vitesse grand V sur une prod’ oldschool, mais de les chanter entre deux couplets plus techniques. Une tendance à la mélodie initiée dans ses précédents projets qu’il pousse désormais plus loin. Si Lomepal vit avec son temps et s’inscrit dans l’ouverture entreprise par le rap français depuis quelques années, il se garde cependant de copier ses confrères vocodés. Il ne s’agit pas de se perdre dans la mode. La patte Lomepal est bien là. Ce n’est pas du cloud ou du boom bap mais un style hybride pouvant être repris à la guitare acoustique. Il estime d’ailleurs : “Avant je rappais, maintenant je ne fais presque plus du rap. Il va plus loin en évoquant le chant :

“Avant, je ne savais pas bien chanter. C’est pour cela que je ne le faisais pas trop. La première fois que j’ai chanté de ma vie, c’était sur Le Singe fume sa cigarette (projet avec Caballero et Hologram Lo’). Je chantais sur le refrain d’un morceau de Caballero. Ça me faisait trop bizarre, j’ai même demandé aux gens de sortir du studio. Sur Cette foutue perle, je le faisais mais pas bien, alors je faisais juste ce que je savais faire. Sur Seigneur un peu plus, puis de plus en plus, et maintenant je sais ce que je fais. Je ne suis pas un grand chanteur mais je sais quelle fourchette technique je peux utiliser.”

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Malgré tout, le rap reste bel est bien présent, incarné par des featurings de prestige. Tourné vers le nord-est, Lomepal a fait appel à ses vieux amis avec lesquels il avait déjà collaboré et qui font actuellement les beaux jours du rap francophone. Caballero (“Ça compte pas”) et Roméo Elvis (“Billet”) lui donnent ainsi la réplique. On retrouve aussi JeanJass sur la production de “Pommade”, et pour représenter la France, 2 Fingz sur “Lucy”.

Une vision globale

Sur Flip, en plus d’une technique d’interprétation différente, il s’agit aussi pour Lomepal d’appréhender d’une nouvelle manière la composition. Ce ne sont plus les mots qui priment, mais la création dans son ensemble.

“Sur quasiment tous les morceaux de l’album, j’avais les mélodies avant les paroles. Je mettais juste les mots sur les idées musicales. J’écris plus comme ça maintenant. Tout a changé, je pense plus à la mélodie. Je réfléchis à comment ça va être mixé, quand j’écris je pense aux effets que je vais mettre dessus, aux arrangements qui peuvent être faits, à des riffs qui peuvent être ajoutés. J’ai une vision plus globale, j’ai pris l’habitude.”

Cette approche plus mélodique avait émergé dans ses précédents projets, mais cela n’avait pas débouché sur un album. Un des producteurs qui l’ont accompagné dans ces transitions, c’est Stwo qui officie – et ce n’est pas rien – sur le label de Drake, Ovo. Avec ses productions minimalistes et aériennes, il aide (tout comme Superpoze) Lomepal à faire place à un rap plus léger et mélodique, comme en témoigne cet album.

“C’est vrai que ce qui ressemble le plus à ce que je fais aujourd’hui, c’est ce que je faisais avec Stwo avant. C’est parce qu’on a toujours eu une bonne alchimie. En matière de mélodie, ça m’a toujours inspiré ce qu’il faisait. Je trouve qu’il arrive à faire très simple et minimaliste, mais avec une forte identité mélodique. Ça laisse très vite l’inspiration pour trouver ses propres mélodies à poser dessus.”

Une chose est sûre, le résultat est à la hauteur des attentes suscitées par les premiers extraits. L’album Flip est d’ores et déjà disponible.