Lil Wayne a 40 ans : on a classé objectivement TOUS ses albums

Publié le par Aurélien Chapuis,

Dwayne Carter alias Lil Wayne fête ses 40 ans aujourd’hui. L’occasion parfaite pour revenir sur une discographie dantesque.

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Lil Wayne est sûrement un des rappeurs les plus influents de l’histoire. Avec treize albums solo et beaucoup de collaborations, notamment avec ses Hot Boys au début, Weezy a marqué plus de vingt ans de rap avec des fulgurances incroyables et quelques coups de mou. On fait le point avec un classement ciselé.

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13. Rebirth (2010)

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L’accident, la renaissance, le changement de direction radical. Avec Rebirth, le génie du rap qu’est Weezy décide de devenir une vraie rock star moderne, mais tout sonne fantoche. L’influence du punk rock du début des années 2000 se fait sentir, entre Sum 41, Good Charlotte et Blink-182. Mais seulement les mauvais aspects de leur musique sont déclinés dans Rebirth. Malgré tout, cet album iconoclaste va influencer une génération qui veut briser les codes. Les expérimentations manquent souvent de substance et le résultat n’est pas très divertissant. Lil Wayne s’amuse mais, nous, pas vraiment.

12. I Am Not a Human Being (2010)

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Sorti la même année que son album Rebirth, I Am Not a Human Being est une compilation de singles peu inspirés de la star, qui était alors pourtant à son apogée. À cette époque, Lil Wayne est surtout le parrain de Young Money, dont l’album est truffé de collaborations avec ses protégés, Drake et Nicki Minaj. On retrouve aussi Gudda Gudda, Jae Millz ou Tyga, symboles d’une époque qui n’a pas super bien vieilli.

Les tubes sont absents, les productions interchangeables et quelques morceaux rock viennent compléter un tableau très bizarrement composé. Lil Wayne n’est pas concentré, il veut prendre du bon temps et ça se sent. C’est la petite descente, cette période où il sera en featuring partout sans forcément faire d’éclats, juste le strict minimum. Il célèbre. Tout le temps. Pendant que ses enfants prennent petit à petit le pouvoir. Et au vu des carrières actuelles de Drake, Nicki Minaj ou Tyga, il a clairement réussi son rôle de père. Cependant, ses propres amusements, suivis à l’époque comme des offrandes impériales, n’ont plus trop de sens maintenant. Une faille temporelle du rap.

11. I Am Not a Human Being II (2013)

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Faire une suite à un album pas terrible, c’est déjà un problème. Ce deuxième volume d’I Am Not a Human Being est en plus marqué par les problèmes de santé du rappeur le plus extraterrestre du milieu. Deux ans après Tha Carter IV, Lil Wayne semble perdre totalement pied, maintenu sous respiration artificielle par de nombreux invités venus l’aider dans la tourmente.

L’écoute de cet album est un véritable combat continu, une lutte de chaque instant pour continuer à exister. On en ressort exténués, lessivés. “Rich as Fuck” nous laisse un peu d’air, tout comme “Love Me”, mais Weezy semble être son propre fantôme sur la piste, le regard dans le vide. Une Near Death Experience pas vraiment agréable.

10. Free Weezy Album (2015)

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L’album de la discorde. Alors qu’il est en plein conflit avec Birdman concernant la sortie de Tha Carter V, repoussée indéfiniment, Lil Wayne sort FWA en exclusivité chez Tidal, avec le soutien de Jay-Z, donc. Et l’album n’est pas vraiment autre chose que ça : une position politique, une guerre économique, un positionnement de label. La musique en elle-même devient accessoire, très peu intéressante. On sent un manque d’inspiration, un pamphlet rhétorique sans réel fond.

Lil Wayne veut être libéré mais il ne donne pas l’impression de savoir quoi faire de cette liberté. Son album est juste une charge héroïque, pour la beauté du geste, prenant à partie Cash Money et Birdman sur une grande partie des titres. Pas de grand intérêt pour l’auditeur, et même plutôt une déception de se dire que, finalement, si Tha Carter V ne sort pas, c’est peut-être parce qu’il est juste mauvais. Un moment de doute, celui de la destruction de nos modèles, de nos idoles. Dans une carrière musicale mythique, faut-il savoir s’arrêter à temps ?

9. Tha Carter IV (2011)

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La série d’albums Tha Carter est une dynastie importante du rap. Quand Lil Wayne revient au début des années 2010 après huit mois passés en prison sur l’île de Rikers, à New York, il veut relancer son aura de légende extraterrestre, sa magie unique qui éclaire le monde. Ce quatrième volume de Tha Carter essaye donc doucement de raccrocher les wagons, mais sonne beaucoup comme une redite paresseuse du volume 3.

Le symbole le plus criant en est le single, “6 Foot 7 Foot” avec Cory Gunz, qui copie presque point par point le phénoménal “A Milli” dans les rythmiques comme dans le sample vocal et les schémas de rimes. C’est à la fois rassurant et déprimant – comme la carrière de Cory Gunz ensuite. Le meilleur couplet de l’album est peut-être celui d’Andre 3000, non crédité sur “Interlude”, un autre extraterrestre en retraite anticipée. Et ça en dit beaucoup sur l’état de Lil Wayne, en roue libre mais pas assez en forme pour monter le col du Galibier.

Le final mérite pourtant un petit maillot à pois, mélangeant les rimeurs à gage Jadakiss, Busta Rhymes, Bun B, Nas et Shyne à la voix cassée. Mais Weezy est absent, comme s’il regardait juste ses amis et ses modèles de loin. En 2011, Lil Wayne fédère comme jamais, mais le rêve “weezyien” est esquinté.

8. Tha Block Is Hot (1999)

Premier album solo en 1999, pur produit du Cash Money tout puissant, entièrement produit par Mannie Fresh. Lil Wayne a alors seulement 16 ans. La plupart des morceaux ont été enregistrés pendant les énormes sessions des Hots Boys en 1998, donc Juvenile, Turk et B.G. sont très présents sur le disque, tout comme Bryan Williams, le sulfureux boss du label.

Tha Block is Hot est un bon album, à l’image de son titre éponyme devenu iconique. Mais Weezy y est encore trop jeune pour vraiment se démarquer de ses aînés. Sa mère veille au grain et l’empêche d’installer trop d’insultes ou de paroles crues dans ses titres. Tous les morceaux les plus durs portent l’étiquette des Hot Boys dans les choix, la technique et les mélodies. Parfois, on pense à B.G., d’autres fois à Juvenile, les modèles sont trop forts pour que Lil Wayne s’en affranchisse.

Mais le très jeune rappeur commence à s’émanciper, petit à petit. Il prend le dessus, par exemple, sur un morceau comme “Fuck tha World”, hybride étrange de la rage 2Pac avec les résonances métalliques des batteries de Mannie Fresh. Wayne trouve une expression qui va commencer à lui être propre.

7. Tha Carter V (2018)

La dynastie Tha Carter a enfin son volume 5. Cette nouvelle étape devait forcément nous décevoir, c’était écrit, 7 ans après le précédent épisode. Pourtant, Lil Wayne revient à tout ce qui a toujours fait son univers : une technique irréprochable, une imagination sans aucune limite et une interprétation vocale toujours au bord de la rupture, qui cherche le frisson toutes les quatre mesures. La surprise est de taille, personne ne pensait vraiment retrouver Weezy à ce niveau. Il a l’air de s’amuser à nouveau, de rechercher des sensations perdues, sans forcément revoir tout son catalogue de formules qui marchent.

Il y a quelques moments trop systématiques, comme la présence de Travis Scott ou Swizz Beatz. Mais en face, des morceaux comme “Demon” ou “Perfect Strangers” installent des ambiances qu’on croyait perdues. Il est aussi hyper introspectif et intime sur des tracks sublimes comme sur “Open Letter” ou l’incroyable final “Let It All Work Out”. “Dope New Gospel” reprend la recette de “No Problems” avec Chance the Rapper et 2 Chainz, morceau très important dans la reprise de conscience de Lil Wayne.

D’ailleurs, l’album de 2 Chainz sorti en 2016, ColleGrove, avec de nombreux featurings de Wayne dessus, est lui aussi une boîte de vitamines pour le rappeur légendaire, alors empêtré dans ses histoires interminables de contrats avec Birdman. En lui rendant hommage sur un album entier, 2 Chainz nous a rendu le Weezy qu’on aime. Merci.

6. 500 Degreez (2002)

Début de transformation. 500 Degreez reste un album 100 % Cash Money, faisant référence au classique de Juvenile, 400 Degreez, du même groupe et du même label. D’ailleurs, Williams instaure une compétition entre ses artistes en poussant cette comparaison. Juvenile est sur le point de partir et Baby, alias Birdman, lui fait comprendre qu’il a déjà la relève : le jeune Lil Wayne qui prend son envol.

Sur 500 Degreez, l’ambiance est aux hits du début 2000. Fini les rythmiques militaires de la Nouvelle-Orléans, les sonorités ressemblent plus aux hits pop des Neptunes sur “Look at Me” ou “Bloodline”. Le producteur Mannie Fresh reprend sa formule qui a fait des merveilles sur l’album Hood Rich des Big Tymers. Et ça marche très bien avec l’écriture de Lil Wayne, qui s’adapte parfaitement à toute la palette. On entrevoit la folie possible. 2002 est l’année où Lil Wayne va se lancer dans une surproduction de mixtapes avec sa clique Sqad Up, inspiré par les livraisons new-yorkaises de G-Unit et The Diplomats la même année ainsi que les Texans Lil’ Flip et Screwed Up Click. La légende commence.

5. Funeral (2020)

En 2020, Lil Wayne est libéré. Plus aucune contrainte : il a sorti le tant attendu Tha Carter 5, il s’est réconcilié avec Birdman, son parrain de toujours, tout s’arrange. Comme pour expier cette période dure et compliquée, il décide d’appeler son album Funeral, la pierre finale d’un édifice monumental.

Et alors que Tha Carter 5 répondait à un cahier des charges assez exigeant, Lil Wayne se laisse ici beaucoup plus de marge pour ses expérimentations fortes, celles de l’époque des mixtapes The Dedication. Sur “Mama Mia”, son interprétation est incroyable, entre utilisation d’autotune millimétrée et déraillements contrôlés.

Un peu trop long, l’album offre des moments uniques comme “Never Mind” ou “Not Me”, tout en laissant très peu de place aux déchets ou aux morceaux dispensables. Lil Wayne semble avoir retrouvé goût à tout, et sa musique en devient bien plus consistante. Chaque rime porte la longue traversée du désert des années 2010, tout en ouvrant sur une rédemption incroyable.

Weezy semble hors du temps, décalé mais toujours actuel. Toute la musique du moment prend racine dans ses créations antérieures, donc son évolution semble complètement calée sur ce qu’il se fait maintenant. Le génie revient doucement, à sa propre manière. Le final “Wayne’s World” synthétise cet état d’esprit en dehors du monde, tout en y étant connecté pour toujours. Une remise en forme providentielle qui offre de l’espoir à la terre entière.

4. Lights Out (2000)

La quintessence du son 90’s de Cash Money. Lil Wayne s’émancipe un an après Tha Block Is Hot avec encore plus de batteries folles de la part de Mannie Fresh. Le rappeur encore un peu fluet des Hot Boys commence à faire des merveilles. Il tutoie ses aînés Juvenile et B.G., pour finalement les rendre plus forts. Tout ce que va devenir Lil Wayne dans les années 2000 est déjà visible dans cet album sur “Lil One” ou “Grown Man”, par exemple.

Il n’y a pas encore la folie et la créativité présentes sur les mixtapes ou la série des Tha Carter, mais le charisme est déjà là. À 18 ans, le rappeur s’affirme et livre son premier album solide, une étape indispensable qui va lui ouvrir d’autres portes. C’est presque un autre Lil Wayne que celui de Tha Carter 3, mais il est tout aussi jouissif, car spontané et plein d’énergie.

3. Tha Carter (2004)

Le premier volume de la série Tha Carter est la naissance d’un véritable héros. Dès l’introduction “Walk In”, Lil Wayne est un autre artiste. Avec des schémas de rimes très évolués et une interprétation incroyable, le rappeur commence à écrire une nouvelle légende. Il a surtout “Go DJ”, un premier hit très identifié et plus personnel que les précédents, très “Hot Boys”.

D’ailleurs, c’est aussi le moment où l’équipe éclate : Juvenile change de label, B.G. s’extirpe vers l’indépendance, Turk part en prison. Lil Wayne devient le champion de Birdman, le héros unique de Cash Money. L’album sonne ainsi comme un concurrent de rappeurs du Sud et du Midwest, qui s’imposent à cette époque : T.I., Ludacris ou Nelly. Sur de nombreux morceaux, l’influence d’un autre Carter plane aussi en filigrane : Jay-Z n’est pas très loin sur “Inside”, “Snitch”, “Ain’t That a Bitch” ou l’incroyable “Shine” avec Jazze Pha qui reprend Al Green. Lil Wayne synthétise tout le rap du moment pour en faire sa propre version. Et c’est excellent.

2. Tha Carter III (2008)

L’album du haut de la montagne, celui de la consécration, du maillot jaune absolu. En 2007, Lil Wayne est le rappeur le plus en vue du moment grâce à une série de mixtapes toutes plus incroyables les unes que les autres. Son génie créatif est alors à son maximum, offrant des images complètement folles et inédites, avec grande consommation de drogue à l’appui.

Quand Tha Carter III arrive, tout le monde sait qu’il sera déjà un point culminant de la discographie du Weezy. Le single “A Milli” a laissé tout le monde à terre, tout comme “Lollipop” et sa nouvelle façon d’aborder l’autotune et la chanson pop. Lil Wayne n’a aucune limite et arrive à décliner ses élucubrations de freestyle dans des morceaux entiers comme sur “Phone Home” ou “Let the Beat Build”. Mais les chutes non utilisées semblaient presque plus fortes que certains morceaux à l’intérieur de ce blockbuster, peut-être le dernier d’une époque. Un monument incroyable qui termine une course folle. Un indispensable du rap mondial.

1. Tha Carter II/Like Father, Like Son (2005-2006)

C’est très difficile de choisir entre les deux extrémités de la meilleure période artistique de Lil Wayne, celle qui commence en 2005 avec Tha Carter II et se termine en 2008 avec Tha Carter III. Le meilleur se trouve sûrement quelque part entre les deux, mais le volume 2 de la série a encore maintenant cette sensation de spontanéité que donne un chef-d’œuvre avant d’en devenir un. “Fireman” est un incroyable hit pour les clubs pendant que d’autres titres fous, comme “Hustler Musik”, “Receipt” ou “Feel Me” vont devenir des classiques d’introspection et de simplicité.

Si on colle cet album avec Like Father, Like Son, sorti un an plus tard, on obtient clairement le meilleur album possible de Lil Wayne. Sur cet album en collaboration avec Birdman, sorti en 2006, tout est à sa place : des choix d’instrumentaux à la fougue de Weezy, alors en état de grâce. Comme “Tha Mobb”, Lil Wayne ouvre sa meilleure période avec un charisme unique et une synthèse de tout ce que les années 2000 ont offert de mieux au rap mondial. En le réécoutant 15 ans plus tard, on ressent toute cette urgence, ce feu sacré et ce moment unique avant que tout bascule. Tout se trouve au milieu, en équilibre, en flux tendu. It’s Weezy, baby.”