L’exode tragique et silencié des Arméniens du Haut-Karabagh documenté par Alexis Pazoumian

Publié le par Lise Lanot,

© Alexis Pazoumian

"Il faut tout reconstruire et repartir de zéro. Tout cela s’est déroulé sous le regard du monde, sans que personne n’en parle ou très peu", déplore le photographe.

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C’est au début des années 2010 qu’Alexis Pazoumian s’est rendu pour la première fois en Arménie, le pays de ses origines. Il y est parti pour “découvrir un pays dont [il] ne [connaissait] pas grand-chose”, malgré une enfance “bercée par cette culture” et habitée par l’histoire de ses ancêtres qui, “comme de nombreux Arméniens de France […], vivaient en Turquie actuelle et ont émigré en France lors du génocide arménien de 1915″. Avec l’ombre de cet exil familial en toile de fond, Alexis Pazoumian a “beaucoup photographié ce territoire” suite à sa découverte.

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En 2016, “quelques semaines après la Guerre de Quatre Jours, Alexis Pazoumian découvre “la région du Haut-Karabagh – qui signifie littéralement ‘Jardin noir'”. “C’est une région contestée et enclavée du Caucase du Sud qui a connu près de trente ans de conflits entre l’Arménie (dont le Haut-Karabagh était une ancienne province) et l’Azerbaïdjan.” Au tout début du mois d’avril 2016, l’Azerbaïdjan lance une offensive meurtrière (la plus importante depuis le cessez-le-feu du 16 mai 1994, supposé mettre fin à la guerre du Haut-Karabagh) sur la région du Haut-Karabagh. “J’ai été frappé par la violence des destructions : rien n’avait été épargné, pas même les écoles. Les villages étaient déserts”, se remémore le photographe.

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L’Exode. (© Alexis Pazoumian)

“Un conflit oublié”

Apprenant, “plus tard”, que “la vie en autarcie dans ce no man’s land reprenait petit à petit, tandis que les deux fronts creusaient de nouvelles tranchées”, le photographe a élaboré “un projet qui porterait sur un conflit oublié, l’une de ces zones grises de l’Histoire qui [lui] semblait renfermer une forte puissance évocatoire, mais à laquelle personne ne comprenait grand-chose à l’exception des deux belligérants”. En septembre 2023, Alexis Pazoumian s’est rendu au Haut-Karabagh : “Après neuf mois de blocus par l’Azerbaïdjan, [la région avait] été attaquée et vidée de ses 100 000 habitants en moins d’une semaine. Les 100 000 réfugiés ont emprunté une seule route, ‘le couloir de Latchine’, pour fuir. Je suis arrivé à la fin de l’exode, j’ai photographié les derniers réfugiés.”

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Avant son départ, le photographe ne voyait que “les images qui circulaient sur les réseaux sociaux” puisque la région a été “interdite aux journalistes pendant deux ans et bloquée depuis neuf mois, empêchant toute entrée ou sortie”. “Le problème réside dans le manque d’images”, analyse-t-il : “Les seules images disponibles sont celles filmées par les habitants, mais elles sont rares car ces derniers ont dû quitter la région précipitamment. Tout était orchestré de manière à ce que cette région soit envahie aux yeux du monde sans susciter d’attention. De plus, aucune sanction n’a été prononcée suite à cette tragédie et des accords d’achat de gaz entre l’Europe et l’Azerbaïdjan ont été conclus quelques mois auparavant”.

L’Exode. (© Alexis Pazoumian)

Sur place, il a rencontré des “réfugiés […] amaigris après neuf mois de blocus et quelques mois de famine. Leur visage était fermé, en quelques jours, ils ont dû abandonner leurs foyers de force. Les personnes handicapées, les personnes âgées incapables de se déplacer ont été assassinées sur place par l’armée. Tandis que les soldats azerbaïdjanais présents aux checkpoints arrêtaient de nombreux parents et s’amusaient à effrayer les enfants”.

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“Aujourd’hui, la situation est plus qu’inquiétante ; la plupart des réfugiés ont un toit, mais les conditions de vie sont désastreuses. Il faut tout reconstruire et repartir de zéro. Tout cela s’est déroulé sous le regard du monde, sans que personne n’en parle ou très peu.” À travers sa série L’Exode, Alexis Pazoumian espère “sensibiliser le public à cet événement tragique qui est passé inaperçu dans les médias”, en mettant des visages sur des tragédies afin de ne pas laisser l’Histoire s’écrire dans le sang, en silence.

L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)

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L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)

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L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)
L’Exode. (© Alexis Pazoumian)

Vous pouvez retrouver le travail d’Alexis Pazoumian sur son site et sur Vimeo.