Joakim dévoile les influences de son nouvel album sur Konbini Radio

Publié le par Adrien Colle,

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Actif depuis la fin des années 1990, Joakim Bouaziz est sans conteste l’une des figures tutélaires de la musique électronique française. Éternel outsider au goût prononcé pour les concepts, l’artiste compte pas moins de cinq albums et quelques morceaux emblématiques au compteur (“Forever Young”, ses remixes pour Todd Terje et Antena).

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DJ expérimenté et fondateur des labels Tigersushi et Crowdspacer, capable de tourner de grands classiques en bombes pour dancefloor curieux sous son alias Jimi Bazzouka, Joakim s’est aussi illustré par ses réalisations musicales pour de grandes maisons de mode (Chanel, Margiela, Balenciaga), ainsi que par sa collaboration avec l’artiste contemporaine Camille Henrot.

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Exil et résistance 

Plus intime que ses prédécesseurs, Samurai est le sixième album solo de Joakim. Désireux de revenir à une méthode d’écriture plus spontanée et détachée de ses réflexes de producteur endurci, Joakim est allé puiser dans la culture japonaise, pour laquelle il entretient une fascination ancienne, afin de renouveler ses sources d’inspiration.

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C’est notamment la lecture de l’ouvrage Le Japon moderne et l’éthique samouraï de Mishima qui a permis d’élaborer le guerrier nippon en figure totémique de ce nouveau disque. Face à l’omniprésence du tout-marketing qui se nourrit de concepts simples et uniformisés pour vendre, le samouraï incarne une résistance, celle de la persistance de la complexité, de cet écart entre progressisme et conservatisme. Mais le samouraï incarne aussi la posture de l’exil, état physique autant que psychologique dans lequel s’est trouvé Joakim à la suite de son déménagement à New York il y a cinq ans.

Déambulations urbaines

À n’en point douter, Samurai est le disque le plus complexe de Joakim. Si le squelette synth-pop de ses précédents disque subsiste, les références audibles sont nombreuses : les gammes nippones de Ryuichi Sakamoto, le funk déviant de Haruomi Hosono ou encore les nappes cosmiques de Brian Eno. Basse fretless, saxophone et percussions organiques donnent une teinte très particulière aux morceaux de Samurai, qui échappe à plusieurs reprises d’une écriture pop pour tendre vers l’illustration sonore. Plusieurs enregistrements peuplent d’ailleurs le disque, témoins de nombreux moments passés à déambuler dans New York, dont les rencontres fortuites sont une source d’inspiration intarissable pour l’artiste :

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“Samurai est construit comme une ville inconnue. On s’y ballade, on se perd un peu à force de détours au hasard, certains coins de rue rappellent des souvenirs, on s’éloigne, on s’échappe, mais on est en même temps en quête de quelque chose.”

Parfaite introduction à l’univers musical complexe de cet album, cette sélection habilement mixée impressionne par sa fluidité et l’unité qui s’en dégage. Le spectre de Steve Reich et de Ryuichi Sakamoto plane tout au long de ce mix peu avare en références obscures, dont quelques trésors dans une veine Fourth World/New Age (Midori Takada, Gigi Masin, Pep Llopis), très en vogue en ce moment grâce au précieux travail des labels Music From Memory et Palto Flats. Marimbas, synthétiseurs vaporeux et boîtes à rythme 80s décrivent une sorte de tangente organique dans un monde urbain. Une pulsation intérieure, ancienne, se fait progressivement palpable, malgré les artifices de production et la sophistication des arrangements.

Tracklist :

Alain Kremski – “Poème de l’Exaltation”

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Midori Takada – “Mr Henri Rousseau’s Dream”
Yasuaki Shimizu – “Roots”
Gigi Masin – “Snake Theory”

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The Rhythm Devils – “Trenches”
Haruomi Hosono – “Non Standard Mixture”
Gamers In Exile – “Dislx 6 CV”
Talk Talk – “Happiness Is Easy”
Loose Ends – “Choose Me (Jimi Bazzouka Refix)”
Eno / Moebius / Roedelius – “The Belldog”
Pat Metheny & David Bowie – “This Is Not America (Jimi Bazzouka Edit)”
Pep Llopis – “Tema Melodic”
Oneohtrix Point Never – “Child Of Rage”
Geinoh Yamashirogumi – “Kaneda”
Donna McGhee – “You Should Have Told Me (Disco Mix)”
Dwight Sykes – “You That I Need”
Gamers In Exile – “I’m A Decent Man”
Fatima Al Qadiri – “D-Medley”
Janet Jackson – “Empty”
Peter Gabriel – “San Jacinto”