Histoire d’un label indé : Roche Musique, l’institution des années 2010

Publié le par Arthur Cios,

Tous les mois, Konbini revient sur l’histoire d’un label. On commence par le solaire Roche Musique, qui fête ses 9 ans.

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“À mon époque, vers la fin des années 2000, tous les anciens de la French Touch étaient en fin de cycle. J’avais booké Demon qui cherchait un manager, il y avait Alan Braxe qui en avait ras le cul. Et à côté de ça, il y avait d’autres artistes, comme Breakbot, qui était en pleine bourre. 
J’étais dans ce milieu-là, mais pour le plaisir, c’était pas du tout avec une visée professionnelle. Je vivotais dans le truc, je faisais des soirées et je découvrais. J’organisais des soirées en 2008 à La Flèche d’or, on avait fait jouer Breakbot avant qu’il signe Ed Banger. Je venais de Tours à Paris, je découvrais tout un monde et c’était le bazar. Il n’y avait plus beaucoup de clubs, je me souviens qu’il y avait même une pétition pour que la nuit ne meure pas. Le jour où le Social Club est né, il y a eu un regain. 2 ans après, il y a eu le Wanderlust, la Concrete et les soirées en banlieue. C’était l’explosion des open air et des labels de musique française. Mine de rien, on a eu un boom technologique aussi, avec Internet, les réseaux sociaux, le streaming. C’était une période, qui ressemble aux 90’s, avec toutes les nouvelles technologies et ce que ça a apporté à la musique. 
C’est dans ce contexte-là que j’ai fondé Roche. Si je suis honnête, la base, c’est que si je faisais un label, c’était pour être un peu international. Avant ça, j’avais un label avec Nicolas Pinot, qui a fondé Kuroneko. On avait monté un label, Zap record, j’avais ramené FKJ à Montréal et moi j’avais mixé à New York. Je n’avais pas encore Roche hein, et en voyant ça, je me suis dit qu’il y avait moyen de faire quelque chose là-dessus. Du coup, quand j’ai créé mon label, il y a directement eu cette ambition, de voyager, d’aller en Asie. Tu sais, il y avait un peu cette vision d’adolescents où on avait vu les Daft ou Justice faire le tour du monde, on avait vu Across the Universe [documentaire de Romain Gavras sur la tournée américaine du premier album de Justice, ndlr], on était comme des fous. On suivait aussi Institubes, Surkin et Para One, on a été matrixés par ça. Tu sais, c’était les seuls à faire ça, il y avait que l’électronique qui s’exportait.

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Les débuts

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Des identités propres

Ce n’est pas nouveau. En 2016, on a eu l’arrivée des premiers albums sur le label, et ça a apporté une prise de conscience qu’il fallait devenir soi-même. Et plus ça va, et plus chacun va avoir un élément particulier, dans les instruments, les rythmiques. Kartell écoute beaucoup de rock californien, ça façonne son son. FKJ, il y a beaucoup de Santana, dans les guitares de son nouvel album il y a vraiment du Woodstock. Zimmer, il a créé son live, son image bien spécifique. Dabeull a toujours eu sa funk singulière. C’est ce qui nous manquait. 

Je ne sais pas si ça vient après ou si c’est le point de départ, mais on est passé de musique de clubs à de la musique de live. Le club, quand t’as trente piges c’est cool mais bon… Alors c’est sûr que ça restera comme héritage, c’est vraiment une culture qui fait que Roche a fonctionné et marche encore. Notre force, c’est que les lives, on les construit avec ça en tête. FKJ par exemple, vu qu’il a commencé dans les clubs, il était obligé dans un live instrumental d’avoir des transitions, pas de blancs. Comme un DJ Set. Quand j’ai fait la tournée avec lui, forcément ça te crée une ambiance de malade, et les salles de concert américaines ont plus facilement une ambiance club de jazz. Tu sais, tout le monde danse, ça boit des coups. Ça, c’est vraiment nous au final. À côté de ça, côté bureau, on s’est professionnalisé. On est bien staffé, chaque artiste est suivi avec un management. C’est parfait.
Alors, oui, on a eu une période un peu faible vers 2018, on ne va pas se mentir, mais ce qui est bien, c’est que même si le son auquel on était identifié au départ est “passé de mode“, on a au final réussi à ne pas rester enfermés dans un style de musique. Crayon s’est associé à des rappeurs, Dabeul a un morceau qu’on a pu voir dans les story de DJ Snake ou Snoop, et derrière, on a des nouvelles signatures, qui permettent de développer le tout. 
C’est une discussion qu’on a eue avec toute l’équipe. L’histoire qu’on a eue était cool, on se motive ensemble c’est super, mais on sentait que ça se creusait. Fallait se réinventer. On a essayé de retrouver un nouveau modèle, on pouvait durer comme ça, mais on l’a fait au bon moment. Au feeling, encore une fois. On lance un sous-label cet été, une radio. On essaye de ne pas être statique, sinon tu gardes tes acquis et tu ne bouges pas.

10 ans plus tard, le bilan

Là-dessus, malgré tout, la pandémie, ça pique un peu. Il y a eu neuf ans de travail, et des royalties qui tombent encore avec le streaming, donc ça c’est cool, mais c’est dur. On a continué à sortir des projets, et le label ne vit que de ça. On s’occupe du booking de nos artistes, mais il n’y a aucun évènement de toute façon. Heureusement qu’il y a l’intermittence. Pour ceux qui ne l’ont pas, c’est plus dur.
Dans un monde idyllique, à l’été 2021, les clubs rouvrent. Nous, on irait vers des tournées, travaillé avec des trucs genre pop-up store, objets signatures, dates en dehors des clubs. Et l’objectif, ce serait de monter pour les 10 ans un festival. Par-dessus, rajoute le fait qu’on a déjà signé deux personnes, on va avoir une année 2022 avec moins de releases mais des plus belles, histoire de stabiliser la boîte. On a déjà sorti 8 projets en 2021, c’est pas mal. Et puis, essayer de se pencher sur le sous-label, la radio, un nouvel artiste. Et se reposer, parce que l’année 2020 a foutu la pression a tout le monde, et on a tous besoin de souffler et de récolter les fruits de notre labeur.
En tout cas, si j’avais un conseil à donner à quelqu’un qui voudrait lancer son label, je lui dirais de ne pas trop faire confiance aux autres. J’ai eu des déceptions évitables. Il faut écouter ton cœur, te faire confiance. On fait rarement les mauvais choix. Parce que même les erreurs sont utiles. Il faut tenter, se louper. Ce ne sera pas parfait tout de suite, mais tout rentre dans l’ordre au fil du temps.
Ah, et de faire gaffe à la comptabilité.”

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