Girl, l’émouvant portrait d’une ado transgenre, est dispo sur Arte

Publié le par Manon Marcillat,

Un premier film impressionnant, à rattraper absolument.

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Girl, du jeune cinéaste belge Lukas Dhont, est disponible en replay sur le site d’Arte jusqu’au 9 février prochain, et on ne peut que vous conseiller de rattraper ce premier film d’une infinie beauté.
Girl devait à l’origine être un documentaire sur une histoire vraie, celle de la danseuse flamande trans Nora Monsecour, mais c’est finalement une fiction, réalisée avec la collaboration de Nora au scénario. Sélectionné à Un certain regard à Cannes en 2018, le véritable tour de force du cinéaste de 27 ans est reparti de la Croisette avec la Caméra d’or, la Queer Palm et un Prix d’interprétation pour son acteur Victor Polster, jeune danseur de 16 ans, qui livre une performance magnétique mais relève également un exploit physique en dansant sur pointes, un exercice réservé aux filles dans la danse classique.

Girl nous plonge dans le quotidien de Lara, née Victor, qui rêve de devenir ballerine mais aussi, et surtout, de devenir une fille, elle qui est encombrée d’un corps masculin entravant sa pratique de la danse. Ce long-métrage pluriel est le portrait intime et gracieux d’une adolescente transgenre qui documente une transition sous un jour nouveau, mais aussi un beau film, très charnel, sur les tourments de l’adolescence et la rudesse de la danse classique.

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Une bataille intime

Au-delà de sa pluralité, Girl est également intéressant pour son regard. Ici, c’est la mère de Lara qui est absente, et c’est le père, présent, qui accompagne avec une infinie bienveillance son adolescente dans sa transition. Si Lara livre une véritable bataille, elle est davantage intime que sociale, puisque sa condition de femme transgenre est acceptée. Famille, médecins et professeurs de danse la soutiennent dans son combat et, si elle souffre physiquement, elle ne rencontre pas l’hostilité.

En mettant de côté le rejet, Lukas Dhont peut ainsi s’attarder sur d’autres détails, notamment ceux de la transformation “maison” du corps quand les premiers effets du traitement hormonal se font trop attendre pour l’adolescente impatiente. À travers une caméra bienveillante, qui jamais ne tombe dans le voyeurisme, on voit Lara dissimuler ses parties génitales avec du ruban adhésif avant d’enfiler son justaucorps ou sortir des entraînements les pieds en sang à cause de pointes qui ne sont pas adaptées à sa morphologie.
Dans Girl, la froideur de l’univers de la danse classique et la douloureuse discipline imposée à un corps que Lara tente de brider par tous les moyens se mêlent à la chaleur d’un foyer emphatique qui apaise son quotidien et adoucit le film. Pourtant, rien n’empêchera Lara de souffrir jusqu’à l’automutilation dans une séquence d’une extrême violence.

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