5 films palestiniens sur la lutte et l’espoir à découvrir de toute urgence

Publié le par Lise Lanot,

© Festival Ciné-Palestine

Cinq réalisatrices palestiniennes présentent des films à la croisée de l’intime et du politique lors du festival Ciné-Palestine qui se déroule fin mai.

A voir aussi sur Konbini

Pour sa huitième édition, le festival Ciné-Palestine proposera du 26 mai au 5 juin d’abord (à Paris et en Île-de-France), puis du 7 au 9 juin (à Marseille), un “focus [sur les] féminismes” à travers une belle sélection de “courts et longs-métrages, de documentaires et de fictions, d’œuvres inédites et d’archives rares”.

Publicité

Soulignant que “contrairement à la moyenne internationale où les réalisateurs sont plus présents, les réalisatrices occupent la moitié́ de la scène cinématographique palestinienne”, le festival a souhaité enfin valoriser les femmes cinéastes à l’échelle internationale.

Publicité

Affiche de la 8e édition du festival Ciné-Palestine.

Réalisés entre les années 1970 et aujourd’hui, les films présentent l’évolution des techniques, des sensibilités et des thématiques abordées dans le cinéma palestinien.

Publicité

En plus de chefs-d’œuvre reconnus tels que Leila et les loups, réalisé par Heiny Srour, la première femme cinéaste arabe à avoir réalisé un film sélectionné au Festival de Cannes, ou Hanna K de Costa-Gavras, la programmation inclut des œuvres moins connues, dont voici une sélection qui traite de thématiques centrales autour de l’histoire palestinienne : la lutte et l’espoir.

As I Want de Samaher Alqadi, 2021

Le documentaire d’ouverture du festival présente des scènes douloureuses, parfois difficilement soutenables, bien qu’infusées de moments remplis d’espoir. La réalisatrice palestinienne Samaher Alqadi y tient une discussion à sens unique avec sa mère, où elle lui confie tout ce qu’elle aurait aimé lui dire de son vivant concernant le fait d’être femme :

Publicité

“Tu as toujours dit que donner naissance à une fille donnait lieu à une inquiétude pour la vie. Pourquoi est-ce le cas ? Pourquoi devrais-je avoir honte de mon corps, pourquoi devrais-je baisser ma voix, avoir honte de mon rire et le taire ?”

Captures d’écran du film <em>As I Want</em> de Samaher Alqadi : “On se bat parce qu’on est des femmes, pour quelque chose qu’on n’a pas choisi.” (© Filmotor)

Samaher Alqadi raconte les harcèlements et agressions sexuelles quotidiennes qu’elle et toutes les autres femmes subissent quotidiennement en Égypte, où elle vit désormais. Elle filme les rues, où des hommes la harcèlent et l’agressent et où des femmes de toutes les générations font exploser leur colère en manifestations.

Publicité

Elle montre également des intérieurs, où des militantes se réunissent pour confier leurs histoires, leurs peurs, leur union et leur détermination. La cinéaste mêle avec brio l’intime et le politique – où se croisent les questions liées à la sexualité et au genre. Enceinte et mère d’un petit garçon au moment de la réalisation, la cinéaste s’interroge quant à la façon dont elle élèvera ses propres enfants tout en se confrontant à différentes générations et leurs visions.

The Silent Protest de Mahasen Nasser Eddin, 2019

Dans son court-métrage documentaire de 2019, la réalisatrice Mahasen Nasser Eddin raconte l’histoire de centaines de femmes qui, 90 ans plus tôt, s’étaient rejointes à Jérusalem depuis tout le pays. Elles prévoyaient d’y manifester contre le Haut-Commissaire britannique et ses “politiques servant les intérêts du mouvement sioniste” (faisant suite à la déclaration Balfour de 1917, en faveur d’un “foyer national pour le peuple juif” en Palestine). Empêchées de manifester à pied, sous peine d’être battues, elles ont fini par protester en voiture.

Publicité

Capture d’écran du film <em>The Silent Protest</em> de Mahasen Nasser Eddin. (© Mahasen Nasser Eddin)

Ne disposant que de quelques photographies de l’événement, la cinéaste conte la révolte et ses préparatifs à l’aide de longs plans montrant la route parcourue par les manifestantes entre les campagnes et la capitale. Une voix off se met à la place d’une des femmes et narre, au présent, l’année 1929 et “l’histoire qui se dépliera dans le futur”.

En vingt minutes, la cinéaste met en lumière la force de ces femmes dont plusieurs sont mortes en martyrs et dont les identités de certaines demeurent inconnues à ce jour. Difficile d’entendre sans frissonner la voix fictive du passé se demander quelle société elle laissera aux générations futures.

Moonscape de Mona Benyamin, 2020

Dans un court-métrage en noir et blanc, deux voix d’homme et de femme se répondent pour narrer, en chanson, la quête de la réalisatrice Mona Benyamin pour acquérir un morceau de Lune. Les voix racontent la “Lunar embassy”, une entreprise créée dans les années 1980 (grâce à une faille juridique dans un traité des Nations unies) qui vend des terrains lunaires sous forme de “passeports galactiques”.

Capture d’écran du film <em>Moonscape</em> de Mona Benyamin. (© Mona Benyamin)

La folle histoire prend un tournant dramatique lorsque la voix féminine met en perspective cette possibilité lunaire – dans tous les sens du terme – avec la réalité palestinienne :

“Un Palestinien du camp de réfugiés Ain al-Hilweh ayant accès à Internet peut plus facilement acheter un hectare, voire même vingt, sur la Lune, que retourner sur sa terre natale.”

Partant de ce constat, la réalisatrice, Palestinienne née à Haïfa et disposant d’un passeport israélien, raconte ses échanges avec l’équipe de la Lunar embassy et met en lumière la difficulté, voire l’impossibilité, pour le peuple palestinien d’avoir espoir en son futur.

Beirut: Eye of the Storm de Mai Masri, 2021

La célèbre réalisatrice palestinienne Mai Masri a suivi quatre jeunes militantes libanaises entre les débuts de la révolte libanaise contre la corruption du gouvernement en octobre 2019 et l’explosion du port de Beyrouth, en août 2021, en passant par les confinements dûs à la pandémie.

Le long-métrage documentaire écoute les histoires et interrogations de Noel et Michelle, deux sœurs autrices de chansons militantes populaires, Hanine, jeune journaliste à la détermination sans faille, et Lujain, une cadreuse irakienne.

<em>Beirut: Eye of the Storm</em> de Mai Masri. (© Mai Masri)

Le quatuor raconte sa génération, née sous l’ombre de la guerre civile et porteuse d’un espoir immense, si souvent mis à mal par la situation politique d’un pays avec qui elles entretiennent une relation d’amour-haine : “Dans tous mes rêves, je rêve que je pars mais que je n’y parviens pas”, confie l’une d’elles tandis qu’une autre parle du lien traumatique qui l’unit au Liban.

Le film oscille entre d’intenses scènes de liesse, d’espoir, de manifestations, et des scènes montrant les doutes de ces militantes au futur incertain : “On va sans doute payer le prix fort pour notre liberté mais c’est ce qu’on doit faire.”

Tallahassee de Darine Hotait, 2021

Dans ce court-métrage de fiction, Darine Hotait traite du sujet tabou que constitue la santé mentale dans nombre de familles, notamment arabes. Elle met en scène le personnage de Mira, qui se rend à l’anniversaire de sa grand-mère après un séjour en hôpital psychiatrique que sa mère et sa sœur tentent de couvrir.

Les origines de Mira ne sont pas le sujet principal du film mais les scénaristes appuient la nécessité de montrer à l’écran “une structure familiale arabe afin de combler un manque de représentation”, rapporte le New Yorker : “Ce sont des choses qu’on a peu souvent vues dans le cinéma arabe, surtout étant donné que notre film traite de la santé mentale à l’intérieur de notre culture”, détaille Darine Hotait.

Le motif d’un ballon de baudruche bleu qui parcourt le film représente une lumière au bout du tunnel, un symbole d’espoir pour se raccrocher à la vie.

Le festival Ciné-Palestine aura lieu du 26 mai au 19 juin entre l’Île-de-France et Marseille. Vous pouvez également retrouver le festival sur Instagram.