Voici les 10 femmes qui ont marqué le cinéma en 2020

Publié le par Lucille Bion,

(© atelier de production)

Actrices ou réalisatrices, elles auront brillé, chacune à leur façon, en cette triste année.

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Si l’année 2020 aura été pauvre en cinéma et n’aura pas donné l’occasion à tous les talents de briller, certaines femmes de l’industrie se sont démarquées par leurs œuvres originales, leur courage, leurs mots ou leur prestation. En voici dix qui nous ont particulièrement impressionnées cette année.

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#1. Lulu Wang

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(© Nils Konrad)

L’année cinéma avait démarré en fanfare avec L’Adieu de Lulu Wang, une délicieuse surprise sortie début janvier, à l’heure où l’on fréquentait encore les salles obscures avec insouciance. Pour ce deuxième long-métrage autobiographique, la réalisatrice sino-américaine a choisi de porter à l’écran un sujet personnel, celui de la double identité culturelle.

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À mi-chemin entre la comédie et le drame familial, cet excellent film “basé sur un vrai mensonge“, émouvant et drôle à la fois, a également révélé le talent d’Awkwafina dans le registre dramatique. Elle y incarne Billi, double fictionnel de Lulu, qui se heurte à un choc culturel lorsqu’elle retourne en Chine pour veiller sur sa grand-mère malade et qui ne parvient pas à tolérer la culture du mensonge qui entoure la maladie dans son pays natal.

Pour ce nouveau film composé d’un casting 100 % asiatique, Lulu Wang a également dû s’opposer au whitewashing, un producteur lui ayant suggérer d’intégrer un personnage blanc à son histoire, au risque de dénaturer son récit. Récemment, elle s’est également publiquement opposée au projet de biopic du pianiste virtuose Lang Lang par Ron Howard, dénonçant l’absence de talents chinois aux commandes de ce projet qui nécessite pourtant une pleine connaissance de l’histoire et de la culture chinoises.

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En 2020, Lulu Wang s’est donc fait une place bien à elle dans le cinéma américain et asiatique et compte bien faire entendre sa voix singulière.

#2. Adèle Haenel

(© atelier de production)

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Impossible de parler de l’année 2020 sans évoquer le cataclysme Adèle Haenel. En novembre 2019, dans un mouvement #MeToo français à la peine, l’actrice a affirmé avoir été victime dans son adolescence d’attouchements sexuels de la part du réalisateur Christophe Ruggia. À 31 ans, elle est ainsi devenue la première actrice de renom à prendre publiquement la parole sur le sujet des violences sexuelles dans le milieu du cinéma français.

Pour livrer et étayer son témoignage, elle s’est entourée de la journaliste de Mediapart Marine Turchi, qui a rédigé une longue et solide enquête où plus d’une vingtaine de personnes témoignaient à visage découvert pour dénoncer le comportement du cinéaste. Figure de proue du mouvement #MeToo en France, Adèle Haenel a ouvert la voie à d’autres révélations, comme celle de la photographe Valentine Monnier qui affirme avoir été violée par le réalisateur Roman Polanski à l’âge de 18 ans, et à différentes prises de parole dans le milieu du sport et de la littérature.

L’actrice a ensuite préféré se faire discrète, jusqu’à la douche froide des César 2020 qui ont sacré Roman Polanski Meilleur réalisateur. La provocation était telle que l’actrice a décidé de quitter la salle avec fracas, suivie par quelques personnalités du cinéma présents ce soir là salle Pleyel. Si le chemin a été long et laborieux, l’Académie vient officiellement de couper les ponts avec Roman Polanski, qui n’est désormais plus membre historique de l’association pour la promotion du cinéma. Depuis, Adèle Haenel a mis sa carrière au cinéma en pause et si ses prises de parole se font rares, elles sont toujours aussi intelligentes et précieuses.

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#3. Agnès Jaoui

Inscrite aux cours Florent dès ses 15 ans, Agnès Jaoui s’est dessinée pendant quatre décennies une immense carrière. Actrice, réalisatrice, scénariste… quand elle n’est pas sur un plateau, elle s’investit politiquement dans plusieurs sujets de société, soutenant notamment les intermittents du spectacle, les étrangers en situation irrégulière ou encore la parité homme-femme. Lors d’un discours prononcé à la troisième édition des Assises du Collectif 50/50 le 25 novembre, l’artiste engagée a submergé son audience avec des mots puissants.

En racontant son histoire et son expérience, elle révèle qu’elle a subi des violences sexuelles dès l’âge de 5 ans, avant d’en subir de nouvelles à l’adolescence. Elle prend ensuite du recul sur le chemin qu’elle a emprunté dans l’industrie du septième art, dominée par des hommes et souillée par les diktats de la beauté. En 6 minutes, elle apporte un nouveau regard nécessaire sur le fonctionnement de la société et l’impact culturel sur nos mentalités.

Avec des “vers 24 ans, j’ai revu des films de Marilyn Monroe et je me suis rendu compte que j’avais voulu ressembler à une idiote” ou des “mes amies actrices travaillent moins que mes amis acteurs”, la cinéaste derrière Le Goût des autres marque définitivement l’année 2020 avec son discours mémorable qui a exigé beaucoup de courage.

#4. Renée Zellweger

Surtout connue pour son rôle de Bridget Jones en mal d’amour, quitte à s’imposer comme la plus populaire et stylée des célibataires, Renée Zellweger a totalement rompu avec cette image pour se transformer en Judy Garland. Sous la houlette de Rupert Goold, Renée Zellweger prête ses traits à l’actrice iconique du Magicien d’Oz.

Mère de la chanteuse et actrice Liza Minnelli, cette artiste sombre dans la toxicomanie et multiplie les sautes d’humeurs et les absences sur les tournages. Portrait de cette personnalité aussi talentueuse que torturée, Judy retrace essentiellement son parcours en 1968 où elle donne une série de concerts.

Brune, maquillée à outrance, carrure nonchalante… outre la métamorphose physique, Renée Zellweger a suivi pour ce rôle un entraînement intense d’un an avec un coach vocal, tout en travaillant les nombreuses gestuelles de Judy Garland en écoutant ses interviews et en se documentant sur ce qu’elle a vécu. Grâce à cette solide préparation, Renée Zellweger s’est vue distinguer de l’Oscar de la Meilleure actrice en 2020 face à Cynthia Erivo, Scarlett Johansson, Saoirse Ronan et Charlize Theron.

#5. Awkwafina

Tout droit sortie du rap game, la New-Yorkaise d’origine chinoise a définitivement enterré Nora Lum pour révéler son alter ego Awkwafina, qui s’est imposée dans le cinéma cette année. Remarquée pour son excentricité dans Crazy Rich Asians et oscillant depuis entre blockbusters et films indé, Awkwafina a remporté en début d’année un Golden Globe pour son premier rôle dans L’Adieu (The Farewell). Grâce à cette distinction amplement méritée, elle devient la première comédienne d’origine asiatique à remporter ce titre.

Rappeuse, animatrice, actrice, youtubeuse, DJ, activiste chez Time’s Up qui lutte contre le harcèlement sexuel, autrice… Si Awkwafina avait plus d’une corde à son arc pour se faire remarquer, il aura fallu attendre 2020 pour qu’elle sorte de l’ombre et devienne le symbole de toute une génération sino-américaine. Dans L’Adieu, mi-comédie mi-crève-cœur, la comédienne incarne une New-Yorkaise branchée contrainte de retourner auprès de sa famille en Chine lorsqu’elle apprend que sa grand-mère, Nai Nai est malade.

Préférant cacher la vérité à cette dernière pour qu’elle vive ses derniers jours sans tracas, la famille prétexte un mariage obscur pour se rassembler et partager ses derniers moments de joie, selon la tradition. L’héroïne, qui a grandi avec des valeurs individualistes américaines, fait face à un violent choc des cultures auprès de ses proches. Tout juste découverte par le grand public, cette révélation inspirante sera bientôt à l’affiche de trois grosses productions Disney, de Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings à Raya et le Dernier Dragon en passant par le remake de La Petite Sirène.

#6. Maïmouna Doucouré

Pour son premier long-métrage, Maïmouna Doucouré s’est intéressée à la sexualisation des jeunes filles à l’ère des réseaux sociaux sous le titre astucieux de Mignonnes. Adapté de son court métrage Maman(s), qui avait été distingué d’un César, Mignonnes s’est fait mitrailler outre-Atlantique, à cause d’une polémique concernant l’affiche qu’a utilisée Netflix US pour vendre le film. Sur l’affiche américaine ? Une bande d’adolescentes danse sur scène prenant des positions suggestives. À titre de comparaison, la France a préféré illustrer les jeunes filles en train de courir dans la rue tout en jetant leurs vêtements.

À travers ce récit, Maïmouna Doucouré raconte le parcours initiatique d’Amy, une préadolescente de 11 ans qui assiste, impuissante, à la souffrance de sa mère face au deuxième mariage de son père polygame. À l’école, elle découvre une bande de filles de son âge qui s’entraîne à danser de manière lascive et sensuelle pour un concours. Fascinée par cet univers, Amy tente d’être acceptée par le groupe et de mémoriser leur chorégraphie dans l’espoir de pouvoir participer à la compétition à leurs côtés, malgré les valeurs traditionalistes de sa famille sénégalaise.

Accusée d’avoir sexualisé des enfants, la réalisatrice a reçu des menaces de mort. Quelques mois plus tôt, elle avait pourtant été distinguée au festival de Sundance, personnellement félicitée par Ava DuVernay, et a récemment été citée pour que son film représente la France à l’Oscar du Meilleur film étranger. Si le public aura surtout retenu cette polémique biaisée au lieu de savourer son film, la cinéaste poursuit sa collaboration avec la plateforme de streaming pour un nouveau film dont le scénario est encore gardé sous clé. Assurément, cette jeune révélation française sera attendue au tournant.

#7. Melina Matsoukas

Queen & Slim, le premier film de Melina Matsoukas est l’autre très bonne surprise cinéma de ce début d’année. Pour ce road-movie esthétique façon comédie romantique à l’aune du mouvement Black Lives Matter, la réalisatrice a braqué sa caméra engagée sur deux amants en cavale, victimes d’un contrôle au faciès raciste qui dégénère.

Si ce film aux faux airs de clip de R’n’B, bercé par une sublime bande originale, a souvent été comparé à Bonnie and Clyde, il tient pourtant davantage d’un Thelma et Louise. Car Queen et Slim ne sont pas des criminels et leur geste meurtrier est un geste vengeur, le seul qui puisse sauver leur peau face à la haine raciste dont ils sont victimes. Pour mettre en scène cette cavale, Melina Matsoukas, clippeuse fétiche de Rihanna qui a également collaboré avec Beyoncé, Solange, Snoop Dogg, Whitney Houston ou Pharrell Williams, a fait appel à la talentueuse scénariste Lena Waithe, dont le nom est gage de productions engagées et de qualité. La réalisatrice s’est également battue pour engager un maximum de personnes de couleur devant et derrière la caméra et ainsi faire de son premier film une œuvre radicalement militante.

Malgré toutes ses qualités, Queen & Slim a été boudé par les Golden Globes et les Oscars, qui récompensaient pourtant l’année d’avant Green Book, un autre road-movie dans le Sud ségrégationniste, bien plus convenu mais également controversé. On espère que cette injustice n’aura pas découragé Melina Matsoukas à poursuivre son nécéssaire et prometteur travail.

#8. Mariana Di Girólamo

(© Koch Films)

Mariana Di Girólamo est la révélation d’Ema, le dernier film ardent du réalisateur chilien Pablo Larraín. Elle y incarne la Ema du titre, une jeune danseuse de Valparaiso en couple avec Gastón (Gael García Bernal, acteur fétiche de Larraín), le chorégraphe de la troupe de danse au sein de laquelle elle évolue.

Ensemble, ils adoptent un jeune garçon, Polo, qui va incendier leur maison, blessant grièvement au visage la sœur d’Ema ; une tragédie qui poussera ses parents adoptifs à le rendre aux services sociaux. Le film ne montre pas ces événements mais on suit le couple qui se délite, chacun gérant la culpabilité de cet abandon à sa façon.

Pour Ema, ce processus passera par la reconquête de sa liberté – amoureuse, sexuelle ou professionnelle – qu’elle porte en étendard, érigée en symbole du fossé générationnel qui la sépare de son compagnon de dix ans son aîné. Cheveux blond platine et physique androgyne, elle réinvente les codes de la féminité mais également ceux de la maternité dans une société chilienne qui la désigne comme bourreau.

Pour extérioriser ses démons, Ema danse beaucoup et cède à des tendances pyromanes. Flamboyante et provocante, Mariana Di Girólamo, dont c’est le premier rôle principal dans un long-métrage, porte sur ses épaules ce film puissant et moderne qu’elle irradie de sa présence solaire.

#9. Aïssa Maïga

(© SND)

Si Aïssa Maïga n’a pas eu d’actualité sur le grand écran cette année, elle n’aura pas moins compté dans le milieu du cinéma en 2020. Invitée sur la scène de la salle Pleyel le 28 février dernier pour remettre le César du Meilleur espoir féminin à Lyna Khoudri, l’actrice et auteure de l’essai engagé Noire n’est pas mon métier a profité de cet espace médiatique pour faire entendre sa voix.

Dans une cérémonie ternie par la nomination de Polanski – pas encore sacré Meilleur réalisateur – et tristement consensuelle, l’actrice a livré le seul discours politique de la soirée, appelant à plus de diversité dans le cinéma français et invitant l’industrie à faire son autoanalyse.

On a survécu au whitewashing, au blackface, aux tonnes de rôles de dealers, de femmes de ménage, aux rôles de terroristes ou de filles hypersexualisées et on ne va pas laisser le cinéma français tranquille“, a-t-elle averti, devant une assistance au mieux impassible, au pire hostile. Une prise de parole courageuse, autant saluée que décriée, et qui prouve ainsi sa nécessité.

#10. Lyna Khoudri

(© Jour2fête)

Le cinéma français aura eu un visage cette année, celui de Lyna Khoudri, 28 ans. Elle fut la révélation de Papicha, le film de Mounia Meddour, dans lequel elle incarne Nedjma, une étudiante algérienne qui se bat pour sa liberté, celle d’étudier, de danser et de créer, alors que la guerre civile fait sombrer le pays dans une décennie noire.

Elle traverse le film la rage au ventre, et la puissance de sa prestation, comme celle des actrices qui la secondent, lui vaudra la statuette du Meilleur espoir féminin, qu’elle a reçue lors de la cacophonique cérémonie des César 2020. Émue de recevoir cette distinction méritée, elle n’a pas manqué d’exprimer sa reconnaissance et son admiration à Aïssa Maïga, qui lui a remis sa récompense après son discours engagé.

Depuis, Lyna Khoudry poursuit sur sa prometteuse lancée et s’illustre par ses choix de carrière intelligents. Avant de la retrouver donnant la réplique à Timothée Chalamet dans The French Dispatch, le prochain film de Wes Anderson, on la verra en haut de l’affiche de Gagarine, premier film de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, véritable ovni onirique du jeune cinéma français. Elle y incarne Diana, une habitante de la cité Gagarine, qui va se battre pour sauver cette cité, menacée de démolition.

#11. Hommage à Honor Blackman

Si Honor Blackman a refait la une de l’actualité en 2020, c’est pour une triste nouvelle. À l’instar de Sean Connery, l’interprète de Pussy Galore, la James Bond Girl dans Goldfinger, s’est éteinte à 94 ans, laissant la franchise doublement endeuillée. Dans ce troisième volet de 007, son personnage finit par céder aux charmes de l’espion, après avoir rejeté ses avances d’une prise d’art martial impeccable, faisant atterrir James Bond sur la paille d’une grange.

Avant cette scène iconique, l’actrice britannique a incarné Cathy Gale dans Chapeau melon et bottes de cuir, devenant ainsi la première partenaire féminine de l’agent John Steed. Sa carrière se parfait aussi de nombreux films aujourd’hui érigés en classiques, de My Fair Lady à The Sound of Music en passant par Cabaret ou encore Jason et les Argonautes. Si elle n’avait pas tourné depuis Cockneys vs Zombies en 2012, Honor Blackman nous aura rappelé en 2020 qu’elle a su conquérir le cinéma et le théâtre dans ses plus belles années.

Article écrit par Lucille Bion et Manon Marcillat