No Country for Old Men : le personnage de Bardem est-il (vraiment) psychopathe ?

Publié le par Antonin Gratien,

C’est LA question à 2 millions de dollars.

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Flippant. Voilà l’adjectif qui vient le plus spontanément à l’esprit lorsqu’on évoque Anton Chigurh, alias le tueur impavide du multi-oscarisé No Country for Old Men. Souvent perçu comme un ange de la mort venu punir une Amérique cupide, ce colosse à la coupe au bol ringardissime est également introduit, dans le bijou dramatique des frères Coen, comme un dangereux psychopathe. Mais qu’en est-il réellement ? Une équipe de psychiatres s’est penchée sur le sujet.

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Javier Bardem avait l’impression d’être un “rouleau compresseur”

Pour rappel, Anton Chigurh, c’est le genre de type qu’on n’a pas envie de croiser dans la rue. Ni de jour, ni de nuit. Dans No Country for Old Men, cet énergumène au teint livide est engagé pour récupérer une mallette contenant 2 millions de dollars. Dans une veine très western contemporain, il se lance dans une course effrénée (et sanglante) pour dénicher le détenteur du pactole, aux alentours de la frontière entre le Texas et le Mexique.

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Armé d’un pistolet à air comprimé conçu pour abattre le bétail, notre tueur à gages s’introduit partout, et échappe à tous. Impassible, celui qui est désigné au cours du film comme le diable en personne tue à tour de bras. Sans sourciller, et encore moins esquisser l’ombre d’un remords.

Pour incarner le protagoniste un brin extrême qui lui avait valu un oscar d’interprétation en 2008, Javier Bardem avait confié auprès de Première qu’il s’était “imaginé qu’il était une sorte d’interlocuteur suprême, qu’il (son personnage) entendait une voix en son for intérieur – Dieu ou destin”. Avant d’ajouter que, lors du tournage, l’acteur avait le sentiment d’être “un rouleau compresseur” à force de passer ses journées à écharper de l’innocent, avant de rentrer paisiblement à l’hôtel.

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Médaille d’or du psychopathe le plus réaliste du ciné

Au royaume du grand écran, les forcenés sont légion. Et parmi tous ces Alex DeLarge, Jason Voorhees et autres Patrick Bateman, difficile de discerner lesquels correspondent vraiment à la catégorisation médicale du psychopathe. Afin d’évaluer la crédibilité clinique des plus grands tarés du 7e art, Samuel Leistedt, professeur de psychiatrie à l’université libre de Bruxelles, a mené l’enquête auprès de collègues et de critiques de cinéma. Leur méthode ? Analyser en profondeur 400 films sortis entre 1915 et 2010 dans lesquels sévissent des “psychopathes”.

La conclusion, publiée en 2013 dans le Journal of Forensic Sciences, est sans appel : nous n’avons aucune chance de tomber nez à nez avec Hannibal Lecter (ouf). Car, comme dans ce cas de figure, la plupart du temps, les traits fictifs de la psychopathie sont tellement exagérés qu’ils en deviennent irréalistes, voire caricaturaux. Quid d’Anton Chigurh ? Il s’avère que, selon Samuel Leistedt, ce personnage est le plus fidèle de la sélection au profil (réel) du psychopathe.

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“Il fait son boulot et peut s’endormir sans aucun problème. Dans ma pratique, j’ai croisé plusieurs personnes comme lui”, avait indiqué le chercheur avant d’ajouter : “Les psychopathes sont comme ça. Froids, sans culpabilité, ni anxiété, ni dépression.”

Le psychopathe, éternel fantasme ?

Du Commode de Gladiator au colonel Kurtz d’Apocalypse Now en passant par l’ignoble Hans Beckert de M le Maudit, pléthore de succès cinématographiques abrite des monstres. Dernier exemple en date : Titane. La Palme d’or de la 74e édition du festival de Cannes retrace – en partie – l’odyssée sanglante d’une danseuse en quête d’identité.

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Pas sûr que ce personnage furibond puis soudain aimant a de quoi détrôner celui d’Anton Chigurh dans le genre psychopathe plausible. Mais la récompense attribuée au second long métrage de Julia Ducournau illustre à merveille la fascination inoxydable pour l’exploration esthétique des limbes de ce que l’on nomme communément “l’humanité”.