Nucléaire : un cachet d’iode pour 2 millions de Français habitant près d’une centrale

Publié le par Clothilde Bru,

© GUILLAUME SOUVANT / AFP

Pourquoi élargir maintenant le périmètre de sûreté ?

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Quelque 2,2 millions de Français vont recevoir un courrier dans les jours qui viennent, les invitant à récupérer des pastilles d’iode en pharmacie. Si c’est votre cas, cela signifie que vous habitez à moins de 20 km d’une centrale nucléaire.

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Cette évolution du dispositif de protection des riverains des centrales nucléaires est orchestrée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Comme elle le rappelle dans un communiqué de presse : “La prise de comprimés d’iode stable permet de saturer la glande thyroïde.”

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Cet organe, essentiel à la régulation hormonale, est particulièrement vulnérable lorsque l’iode radioactif est respiré ou avalé. C’est pour cela qu’en cas d’accident nucléaire, il faut prendre de l’iode stable sur ordre du préfet.

Mais pourquoi élargir maintenant le périmètre de sûreté ? “La décision d’élargir le Plan particulier d’intervention (PPI), comme on l’appelle, découle de l’accident de Fukushima”, nous explique Emmanuel Bouchot, chargé de communication à l’ASN.

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Pour rappel, Fukushima, c’était en 2011. “Ces décisions prennent du temps”, plaide-t-on à l’ASN. Selon son porte-parole, c’est en 2016 que le gouvernement a décidé d’élargir de 10 à 20 km le périmètre du PPI. C’est d’ailleurs l’année de la dernière campagne de distribution d’iode dans un rayon de 0 à 10 km autour des centrales nucléaires.

“Honnêtement, élargir le périmètre, c’est bien, mais c’est clairement insuffisant en cas d’accident nucléaire. Il ne faut pas croire que tout va bien parce qu’on a des pastilles d’iode”, déplore Charlotte Mijeon, porte-parole de l’association Réseau Sortir du nucléaire. L’efficacité de l’iode a toutefois été prouvée dans des catastrophes antérieures, consent la militante : “En 1986, on a pu observer les effets bénéfiques d’une pastille d’iode sur les enfants.”

Et au-delà de 20 km ?

La France compte 19 centrales nucléaires, toutes très anciennes. Si on habite au-delà de 20 km, est-on vraiment hors de danger ? “Il n’y a pas de syndrome du vingt-et-unième kilomètre, au-delà duquel l’État n’a rien prévu. Ensuite, il y a le plan ORSEC qui prend la relève”, rappelle le porte-parole de l’ASN.

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Pour rappel, le dispositif ORSEC (Organisation de la réponse de sécurité civile) est un programme d’organisation des secours à l’échelon départemental en cas de catastrophe.

Et le scénario catastrophe n’est pas impossible. D’autant que les nouvelles de nos centrales sont préoccupantes : ce mercredi 18 septembre, EDF a annoncé que six de ses réacteurs en exploitation présentaient des problèmes de fabrication, rapporte France Info. EDF estime qu’ils sont aptes à servir.

De son côté, l’ASN préfère quand même se pencher sur l’état de ces réacteurs et se prononcer sur d’éventuelles fermetures dans les semaines à venir. “À l’ASN, on est dans une démarche lucide et positive. On considère que l’accident est possible, c’est plutôt sain”, tempère Emmanuel Bouchot.

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Ces nouvelles ne sont pas vraiment de nature à rassurer les riverains des centrales abritant des réacteurs concernés. “Dans tous les cas, avec les vents, la dispersion du nuage nucléaire peut être très rapide. On serait donc tous totalement démunis”, tranche Charlotte Mijeon.