“Je suis sûre que je ne serai plus la bienvenue nulle part” : à Moscou, Olga s’inquiète pour son avenir

Publié le par Lisa Drian,

© Valentin Yegorshin/TASS via Reuters Connect

La jeune femme a manifesté contre la guerre en Ukraine. Elle revient sur la situation actuelle en Russie et partage ses inquiétudes.

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À la question “comment vas-tu ?”, Olga se contente de dire “non” de la tête, visiblement émue. La jeune femme de 23 ans, qui habite Moscou, préfère ne pas être filmée. “Je pourrais avoir des problèmes”, prévient-elle d’emblée. Les trois premiers jours de la guerre, elle a participé aux manifestations contre le conflit. “Le quatrième jour, je n’avais pas assez d’énergie”, souffle-t-elle.

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Elle décrit les rassemblements, très disparates, et ce sentiment réconfortant de croiser des gens qui militent pour la même chose, qui dénoncent l’invasion de l’Ukraine. “Les deuxième et troisième jours de manifestation, ce n’était que des petits groupes, la police devenait plus cruelle”, explique-t-elle. “Dès que les policiers voyaient des groupes de plus de dix personnes, ils les chassaient. Les gens n’avaient pas le droit de scander quoi que ce soit, ou de porter des pancartes.” Dans l’espace public, la traque est constante.

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La peur d’être arrêté

Personne dans l’entourage d’Olga n’a participé aux manifestations, par peur des représailles. “D’après ce que j’ai lu dans les médias en qui j’ai confiance, les gens étaient simplement arrêtés si c’était la première fois [qu’ils manifestaient]. L’hiver dernier, il y a également eu beaucoup de manifestations comme celles-ci, et je pense que les mesures étaient pires que celles-là. Des gens étaient détenus plus longtemps, torturés, de sérieuses accusations pesaient sur eux.”

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Selon la jeune femme, plus de 4 000 personnes ont été arrêtées depuis le début du conflit pour avoir manifesté. Exactement 6 942 personnes dans tout le pays, selon OVD-info, un site russe de surveillance indépendant. Mis à part les manifestations, le soutien affiché ouvertement à l’Ukraine et une grosse pétition en ligne, Olga se sent impuissante. “C’est globalement les seules choses que nous pouvons faire. On sait que les gens peuvent se faire arrêter pour avoir posté sur Facebook, ou pour avoir essayé de convaincre des gens de manifester.”

Cela n’empêche pas les citoyens d’afficher leur mécontentement sur les réseaux sociaux. Olga tempère : “On a de la chance que notre gouvernement n’ait pas de grandes connaissances dans les technologies informatiques. Tout le monde ici utilise un VPN, donc je n’ai pas vraiment peur d’être arrêtée pour mon activité en ligne”, confie-t-elle.

“Je fais partie de ces gens dont les parents n’ont pas eu de lavage de cerveau”

Olga s’estime malgré tout chanceuse. Chanceuse de ne pas avoir été “embrigadée”, ce qui n’est pas le cas de tout son entourage. “Mes parents ont compris ce qui était en train de se passer en Ukraine, ils ont été très compréhensifs sur le fait que je manifeste. Je sais que la famille de certains de mes amis subit la désinformation, ils finissent par se disputer avec leurs proches.” Olga nuance ce manque d’informations : “Les gens ont simplement une vision biaisée de ce qui est en train de se passer, mais tout le monde est au courant de la situation.”

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Pour la Moscovite, la nouvelle génération a tendance à se faire sa propre opinion : “J’aimerais pouvoir me voiler la face et affirmer que les gens sont tous contre Poutine, mais ce n’est pas le cas. Mais les gens qui ont accès à l’information, l’éducation, ceux qui voyagent, comme les gens que je connais, sont totalement contre Poutine, et ce depuis longtemps. Vous savez, on a essayé de faire bouger les choses.”

“Nous assistons à notre propre appauvrissement”

La jeune femme travaille dans le commerce. Du jour au lendemain, elle a vu son quotidien bouleversé : “Nous devons réfléchir aux achats différemment parce que les prix augmentent. Nous allons aussi avoir des problèmes avec la livraison. Bien évidemment, tout le monde est concerné par la chute des taux de conversion du rouble. Nous assistons à notre propre appauvrissement.”

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Il est devenu impossible de retirer de l’argent en liquide : “Nous sommes deux fois plus pauvres aujourd’hui. C’est fou ! Nous avons très peur de perdre l’argent qu’on a de côté. Les gens font la queue, partent à la chasse aux dollars et aux euros. Tous les produits qui avaient des prix en dollars ou euros ont vu leur prix doubler, voire augmenter de 70 %.” Pour le moment, l’effondrement économique n’affecte pas encore les stocks de nourriture et de matières premières.

Lorsqu’elle pense au futur, Olga est assez pessimiste :

“J’étais très triste de ne pas avoir rempli les demandes d’immigration à temps. Lorsque je pensais à mes nouvelles résolutions en début d’année, je me disais que je pouvais trouver un job en Europe, parce qu’ici, il n’y a rien à faire. Donc je me suis dit que je devrais essayer de partir, comme beaucoup. Et maintenant, j’ai bien peur que ce ne soit plus possible, parce que je suis sûre que je ne serai plus la bienvenue nulle part.”

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Une seule solution s’offre à elle si le conflit s’enlise encore : partir. “Tout ce que je sais, c’est que si les choses s’aggravent, et je ne pense pas que le conflit se résolve vite, je ferai de mon mieux pour quitter la Russie.”