C’est une première en France : une femme a donné naissance après une greffe d’utérus

Publié le par Astrid Van Laer,

Image d’illustration © Catherine Delahaye / Getty Images

Déborah, 36 ans, avait bénéficié en mars 2019 d’une greffe avec l’utérus d’une donneuse vivante, qui n’était autre que sa mère.

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Pour la première fois en France, un bébé est né à la suite d’une greffe d’utérus dont avait bénéficié sa mère, a annoncé mercredi à l’AFP l’hôpital Foch de Suresnes, en région parisienne. Ce type de greffe avait déjà permis des naissances dans d’autres pays.

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Le bébé, une petite fille de 1,845 kg, a vu le jour le vendredi 12 février. “La mère et l’enfant vont bien”, a dit à l’AFP le professeur Jean-Marc Ayoubi, chef de service de gynécologie-obstétrique et de médecine de la reproduction de l’hôpital Foch, dont l’équipe a permis cette première française.

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La mère, Déborah, âgée de 36 ans, avait bénéficié en mars 2019 de la première greffe d’utérus française, réalisée par la même équipe – avec l’utérus d’une donneuse vivante, qui n’était autre que sa mère, alors âgée de 57 ans. Née sans utérus, la patiente greffée est atteinte du syndrome de Rokitansky (MRKH), une condition qui touche une femme sur 4 500 à la naissance.

“On attend toujours un an pour être sûr que l’utérus greffé ne soit pas rejeté”, souligne le Pr Ayoubi. Puis l’équipe médicale a été retardée par le premier confinement et l’arrêt de toutes les activités d’assistance médicale à la procréation (AMP/PMA). Autant de circonstances qui expliquent les délais.

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Un espoir pour les patientes nées sans utérus ou celles auxquelles il a dû être enlevé

“Le premier transfert a eu lieu en juillet dernier et la patiente a été enceinte après ce premier transfert.” La naissance s’est déroulée dans de très bonnes conditions et sans complications notables, selon l’hôpital Foch. Elle est intervenue après 33 semaines de grossesse (7 mois et demi).

Cette grossesse constitue un espoir pour les patientes nées sans utérus ou celles auxquelles il a dû être enlevé. Elle représente une alternative expérimentale à la gestation pour autrui (GPA), interdite en France, ou à l’adoption.

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Le traitement immunosuppresseur, qui permet d’éviter le rejet de la greffe, est moins lourd que pour d’autres transplantations d’organe. Il est adapté à la grossesse, comme on le fait dans le cas des greffées du rein enceintes.

La première naissance au monde après une greffe d’utérus a eu lieu en Suède en 2014. La naissance, survenue un an après la transplantation, avait été annoncée dans la prestigieuse revue médicale The Lancet par l’équipe du professeur Mats Brännström de l’université de Göteborg. La donneuse vivante avait 61 ans.

Pour leur part, les Brésiliens ont réussi à obtenir la première naissance au monde grâce à une greffe d’utérus de donneuse décédée chez une femme également née sans utérus en raison du même syndrome que la patiente française.

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Une “greffe provisoire”

La naissance, datant du 15 décembre 2017, avait été révélée un an après par l’équipe du Dr Dani Ejzenberg de l’hôpital de São Paulo. De précédentes tentatives aux États-Unis ou encore en Turquie avaient échoué. Cette première française est le résultat de plus de douze ans de recherche et de collaborations, en particulier avec le professeur Brännström.

“Il y a eu autour de vingt naissances dans le monde” après greffe utérine, selon le Pr Ayoubi, également professeur de médecine à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

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Cette greffe n’a pas vocation à être permanente en raison du traitement antirejet. Il s’agit d’une “greffe provisoire” pour avoir un enfant, rappelle-t-il. Mais, pour celles qui le veulent, il est possible de mener à terme une deuxième grossesse. C’est le cas de sa patiente, mais “on attendra un an”. En Suède, plusieurs femmes greffées ont eu deux enfants, ajoute le spécialiste.

D’autres greffes d’utérus sont prévues à l’hôpital Foch pour des femmes nées sans utérus. L’équipe du professeur Ayoubi avait reçu l’autorisation de l’Agence de la biomédecine et de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de conduire un essai clinique pour dix greffes avec donneuses vivantes apparentées.

Konbini news avec AFP