Pourquoi je vais (peut-être) fâcher ma daronne en reportant une paire d’Isabel Marant compensées

Publié le par Mélissa Chevreuil,

Screenshot YouTube @bymelissa4625

Ou comment la reine mère de la tendance "ugly shoes" et moi-même, on pourrait bientôt se réconcilier.

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“Tu te rappelles quand tu mettais tes chaussures de clown ?” Quand ma maternelle, au gré d’un repas familial plus que quelconque, m’a maladroitement posé cette question qui sonnait presque passive-agressive (alors qu’il n’en est rien), j’ai su instantanément à quelle paire elle faisait référence : les fameuses Isabel Marant compensées. Je les avais dans un coloris très flashy qu’aurait adoré Julien Granel, je les portais de la pire manière qui soit, c’est-à-dire avec un jean très, voire trop près du corps, et je les ai tellement saignées que la marque aurait pu me filer un chèque, tant j’étais une officieuse – et sans doute peu flatteuse, skinny oblige – ambassadrice. Mon collègue Pharrell, lui, en est convaincu : leur retour mainstream est imminent, et il en repère de plus en plus sur Twitter/X et Insta.

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Jusqu’à l’overdose

Pour celles et ceux qui auraient besoin d’un petit shoot de rappel, voici : dans les années 2010, règne alors la tendance dad shoes. Le nec plus ultra était d’avoir des chaussures de daron prof d’EPS, comme des Monarch de chez Nike. Puis, ces chaussures de “daddy” sans sugar ont gagné en épaisseur, en couleurs aussi. Flirtant dangereusement avec une autre tendance, celle des ugly shoes, dont ma collègue Coumbis vous parlait très bien ici, faisant à juste titre des Triple S de Balenciaga la figure de proue de ce mouvement. Seulement voilà, avant d’avoir une paire plus large que mon avenir à la semelle triple, les vrais accros à la mode ont généralement eu les sneakers compensés de la griffe française Isabel Marant. Comment résister ? Même Lindsay Lohan ou Beyoncé ont succombé.

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Clélia Cazals, styliste photo et directrice artistique, se souvient de cette era avec nostalgie. “D’une certaine manière, oui, c’est la mère de la tendance ‘Ugly Shoes’. Enfin, ‘ulgy’, c’est le terme employé pour toutes les tendances qui sont si novatrices qu’elles sont étranges pour les trois quarts des gens. Mais c’est vrai que ça n’existait pas, les baskets compensées à l’époque. C’était la paire que toutes les stars et blogueuses s’arrachaient, il fallait être sur liste d’attente ! Et ensuite, il y a eu énormément de contrefaçons. C’était aberrant.” Quelques clics suffisent pour tomber sur des palanquées de hauls présentant les meilleurs dupes. Ah.

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Forcément, entre les vraies et les fausses, on en voyait partout, tout le temps, et ce qui devait arriver arriva. On s’habitue, on se lasse, on s’écœure. Isabel Marant la première. “Elles sont devenues quelque chose de super vulgaire, donc je n’ai plus envie d’être assimilée à la création des baskets compensées“, disait-elle à nos confrères américains de The Cut en 2014. Évidemment, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et une nouvelle version légèrement plus moderne s’est timidement emparée de nos feeds et rues depuis deux, trois années, sans pour autant reproduire l’effet de masse de la décennie dernière, promesse d’une durée de vie médiatique rallongée.

Quand confort rime avec centimètres

Pourrais-je recraquer et débourser entre 400 et 500 balles pour un nouveau modèle ? Ce n’est pas une mission impossible. Déjà, parce que j’adore agacer ma maternelle citée plus haut, éternelle adolescente dans l’âme. Mais plus sérieusement, la paire avait tout de même quelques atours que même mes plus belles New Balance fraîchement shoppées en soldes peinent à concurrencer. Comme le rappelle Clélia Cazals, qui a bien en tête mes 158 centimètres de hauteur : “La principale qualité de la paire, au-delà de sa DA, est évidemment le fait qu’elle soit compensée. Le talon est assez haut pour prendre des centimètres mais assez bas pour être à l’aise toute la journée. C’est hyper confortable et ça offre une meilleure silhouette qu’avec une paire plate”. Si je ne complexe nullement au quotidien sur ma petite taille, j’avoue aimer ne pas être trop près des aisselles poisseuses et odorantes de mes voisins plus grands dans le métro parisien – aka mon empire romain puisque je le call out dans chaque article ou presque au grand dam de Valérie Pécresse, mais c’est un tout autre sujet. Ces sneakers seraient donc pour moi un billet pour ma survie.

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Enfin, les références actuelles semblent légèrement plus en adéquation avec la demande d’aujourd’hui. Le modèle Bekett a l’air plus épais, parfait pour matcher avec un jean regular (que les vrais liront “regulaaaaaar”) ou un pantalon pattes d’eph. Et sa version denim faussement vintage qui sonne très Y2K (alors que le modèle OG n’a même pas brillé à cette période, c’est fort) pourrait carrément me faire de l’œil. Enfin… du pied.