Nagelsmann, Still, Digard… Pourquoi les jeunes coaches sont-ils à la mode ?

Publié le par Tidiany M'Bo,

© BRUNO FAHY / BELGA MAG / Belga via AFP

De plus en plus, la jeunesse s’installe au pouvoir sur les bancs de touche des clubs européens. Comment l’expliquer ?

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Amorim, Nagelsmann, Still, Digard, Terzic ou encore Tedesco… Ils auraient, pour certains, l’âge d’être encore sur la pelouse et pourtant, c’est depuis le bord du terrain qu’ils sont en train de construire leur réputation. Un peu partout en Europe, un vent de fraîcheur souffle sur les bancs avec la promotion de jeunes, parfois même très jeunes, entraîneurs aux parcours de plus en plus divers.

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En Allemagne, au Portugal, en Belgique et même en France, ces “baby coaches” ont à peine 40, 35 voire 30 ans pour certains et pourtant, ils ont la lourde responsabilité d’assumer une fonction de plus en plus exposée et éphémère. La durée de vie moyenne d’un entraîneur sur le banc d’un club européen est de 506 jours, d’après une étude du CIES datée de 2022.

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D’anciens joueurs, mais pas seulement

Ce phénomène est-il nouveau ? Oui et non. Dans l’absolu, il n’est pas inédit de voir de si jeunes entraîneurs propulsés sur le banc, parfois même au plus haut niveau. Matthias Sammer, Ballon d’Or en 1996, n’avait pas encore 35 ans lorsqu’il a mené Dortmund en finale de la Coupe de l’UEFA en 2002. Cinq ans plus tôt, le PSG avait atteint la finale de la Coupe des Coupes avec sur le banc Ricardo, alors âgé de 32 ans. Une compétition que Luis Fernandez avait remportée avec le club de la capitale en 1996, à 37 ans. Plus récemment, d’anciens joueurs comme Steven Gerrard (sur le banc des Rangers à 38 ans) ou encore Ryan Mason (entraîneur par intérim de Tottenham à 29 ans) ont très vite été promus.

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Plus que l’âge, ce sont les profils de cette nouvelle vague qui interpellent. Là où il y avait encore récemment la nécessité de présenter une carrière de joueur (si possible accomplie) pour se voir offrir si rapidement l’opportunité d’un banc, on voit désormais émerger des hommes aux parcours bien plus divers.

Par exemple, Edin Terzic n’a qu’une carrière de joueur amateur (et quelques expériences comme coach adjoint) sur sa carte de visite lorsqu’il atterrit, à 38 ans, sur le banc de Dortmund en 2020. Julian Nagelsmann, quand il prend la tête du TSG Hoffenheim à 28 ans pour devenir en 2016 le plus jeune coach de l’histoire de la Bundesliga, présente un CV de joueur qui se limite à une courte carrière amateur stoppée sur blessure à 20 ans. Domenico Tedesco, récemment nommé sélectionneur de la Belgique à 37 ans, et qui avait été lancé sur le banc de Schalke 04 alors qu’il n’en avait que 31, n’a jamais joué plus que quelques matches en amateur et sa formation au métier d’entraîneur a été quasi exclusivement académique. Quant à Will Still, qui entraîne actuellement le Stade de Reims à tout juste 30 ans, et sans même disposer de la licence UEFA, il a trouvé sa vocation d’entraîneur durant l’adolescence avec le jeu vidéo Football Manager, avant de se former via le marketing sportif et l’analyse vidéo.

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Des clubs qui s’ouvrent

“La réussite de ces coaches montre que c’est moins une question d’expérience que d’état d’esprit, d’idées, de compétences et de travail”, nous détaille Yacine Hamened, éducateur diplômé UEFA A et chroniqueur pour Paris United. “Les clubs commencent à être lassés de tourner avec les mêmes coaches, les mêmes idées”, poursuit-il, non sans rappeler que “la réussite de ces jeunes entraîneurs reste conditionnée par le résultat. S’ils s’étaient crashés dès le départ, ça aurait donné raison aux conservateurs. Là, ça crée un effet d’entraînement”.

Une approche nouvelle, donc des résultats, obligatoirement, mais il n’y a pas que ça. “L’arrivée de ces jeunes coaches est aussi liée à une problématique économique pour les clubs”, complète Yacine Hamened. “Parce que licencier des coaches coûte de l’argent. Mais aussi parce que les entraîneurs qui sont dans le circuit depuis longtemps ont certaines exigences en termes de salaires que beaucoup de jeunes coaches n’ont pas”.

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En phase avec les “codes” de la nouvelle génération de joueurs

Mais alors, ces entraîneurs “next-gen” qui se distinguent sur le plan tactique ont-ils également un avantage sur les “codes” à utiliser avec toute cette génération de joueurs de plus en plus précoces ? “Quand on parle de codes, il faut distinguer la pédagogie et les comportements”, nuance Yacine Hamened.

“Je doute par exemple que Régis Le Bris ait une compréhension des comportements de la nouvelle génération comme l’a sûrement Didier Digard. Pourtant, dans son explication du jeu, dans sa pédagogie, il a les codes. On l’a vu aussi avec Will Still, qui dans ses causeries, adopte une façon de parler et un ton qui interpelle les joueurs parce que finalement, il parle comme eux. Mais la première compétence, ça reste la pédagogie, la transmission, l’explicatif. Or, la plupart des anciens coaches sont plus dans la mise en application que dans la transmission.”

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Plus le temps passe, plus cette dimension humaine s’impose comme une composante toujours plus centrale du métier d’entraîneur. Julian Nagelsmann le disait déjà il y a quelques années dans une interview pour le site officiel de la Bundesliga : “Si l’entraîneur est au top au niveau des compétences, mais un idiot dans ses relations humaines, alors il n’aura aucun succès.”

En effet, et quel que soit le niveau, l’entraîneur demeure un éducateur avec la vocation de transmettre ses idées, mais aussi de les faire appliquer à un groupe de joueurs qu’il doit maintenir réceptif et concerné. Domaine dans lequel tous ces nouveaux coaches semblent se distinguer. “Chez Will [Still], il y a une grande place pour l’instinct et l’émotion”, expliquait récemment, dans l’émission belge la Tribune sur RTBF, son frère Edward Still, lui aussi entraîneur.“Will a un feeling sur le terrain, à l’entraînement comme en match. Il fait beaucoup de choses à l’instinct. C’est un instinct très précis, c’est fou. Et avec cela, il arrive à toucher ses joueurs, leurs émotions pour parvenir à les fédérer.”

En France, encore des réticences

Le fait que Reims ait choisi de confier les rênes de son équipe à un si jeune coach que Will Still avait de quoi surprendre, car la culture française, mais surtout le système de formation de ses coaches au niveau fédéral ne laisse, théoriquement, presque aucune chance à ce type de profil d’atteindre l’élite.

Alors certes, la réussite de ces profils “hors circuit” à l’étranger contribue à une prise conscience chez les clubs de l’Hexagone. Mais elle tarde à trouver une continuité au niveau institutionnel et dans l’accès à la profession. “Il faut que la FFF se dise qu’elle ne peut plus limiter autant l’accès aux diplômes, mais qu’elle doit s’ouvrir, comme le font les Portugais ou les Allemands, qui proposent des formations universitaires et académiques”, réclame Yacine Hamened. “En France, le système fédéral a surtout vocation à fermer ce marché des coaches, pour le ‘réserver’ à ses anciens pros, à des personnalités issues du giron fédéral, ce qui cultive une forme d’entre-soi qui exclut tous ces profils moins conventionnels.”