Comment, du jour au lendemain, je suis tombé dans les Warhammer

Publié le par Michel Sarnikov,

(© Games Workshop)

Piou piou piou piou piou, mon bonhomme a tué ton bonhomme.

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Vous voyez, les Warhammer ? Ces toutes petites figurines à assembler, peindre et jouer ? Il y a quelque temps, je m’y suis mis. Je ne sais pas vraiment pourquoi, c’est venu tout seul, comme une énième alarme de mon horloge biologique de trentenaire. Touché par une sorte de grâce, je suis sorti de chez moi, entré dans le premier magasin spécialisé venu et ressorti avec deux pinceaux, trois figurines et une tripotée de petits pots de peinture. J’ai fait place nette sur mon bureau, lancé un podcast, et j’ai peint toute la soirée. Et je dois bien le dire : ça faisait très longtemps que je ne m’étais pas senti aussi serein. Mais pourquoi, exactement ? Pourquoi ça fait tant de bien, de rapetisser son monde ?

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Une vieille histoire

D’abord, entre les miniatures et nous, c’est une vieille histoire : je vous parle de Warhammer, aujourd’hui, mais il y a 50 ans, j’aurais écrit à propos des bateaux en bouteille, de minuscules avions de chasse ou de trains riquiquis. Et si on pousse un peu, il y a 300 000 ans, je vous aurais raconté mon obsession pour les statuettes de femmes en ivoire de mammouth.

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Bref, il semblerait que, depuis toujours, à la moindre occasion, on réduise l’échelle de nos mondes à un minimum. C’est sans doute parce que quand tout est plus petit, on a l’impression de reprendre le contrôle. Tout ce qui nous échappe d’habitude, notre temps, notre corps, notre vie, tout à coup n’a plus tant d’importance. Et ça fait du bien.

Dame de Brassempouy. (<em>© </em>Jean-Gilles Berizzi)

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Juste un pinceau et l’infiniment petit

C’est exactement ça, qu’on ressent en se penchant sur une figure Warhammer : d’abord, il y a le rythme, lent, méditatif, celui de la préparation, puis celui de la peinture. On entre dans un monde silencieux, où le moindre geste doit être pesé et le moindre détail pris en compte.

Dans cette grande tranquillité, alors que les mouvements s’automatisent, les pensées se libèrent : qu’a-t-il bien pu arriver à ce Space Marine ou à ce Tyranid ? D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? On trouve des réponses dans le lore de Warhammer, qui n’en finit pas, qui relate faits d’armes et légendes, mais on puise aussi, peut-être surtout, dans son imagination. De touche en touche, on leur ajoute des couches de vie, un passé, un avenir et un présent.

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En plongeant dans cet infiniment petit, où le temps et l’espace se diluent toujours davantage sur notre palette, on retrouve sa concentration enfantine, son calme d’antan, quand il n’y avait pas de factures à payer ou d’angoisses de mort. On redécouvre, dans les détails, un éden auquel on ne pensait plus mais qui, en fait, nous manque terriblement.

Seuls ensemble

Cependant, ce n’est pas qu’un plaisir solitaire : il suffit d’entrer dans un magasin spécialisé pour s’en rendre compte. D’un côté, les vendeurs vous orientent, ravis de partager leur hobby et de rencontrer un possible futur adepte, et de l’autre, des passionnés peignent ensemble, se donnent des conseils, ou s’affrontent. Parce que oui, à terme, avec des petits bonshommes, il s’agit de faire la bagarre, mais ça, c’est une autre histoire.

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Au-delà du grand calme qu’apporte cette activité, je comprends aussi, pour la première fois, ce grand-père qui, quand j’étais petit, m’avait montré son train miniature : les décors, les accessoires, les détails, tout était d’une minutie qui dépassait mon entendement. Ça lui avait peut-être pris dix ans à bâtir ce monde miniature, peu à peu, et quand il le regardait, il avait des étoiles dans les yeux.

Parce que ce n’était pas un train qu’il voyait, c’était en fait toutes ces heures où le temps n’avait plus d’empire sur lui, où il était dans son univers, et qu’il voyait l’œuvre d’un octogénaire avec les yeux d’un enfant de 10 ans. Et si un jour, dans longtemps, je regarde mes Warhammer comme lui regardait son train, je m’estimerai très, très chanceux.