On a testé la ration militaire française, réputée pour être la meilleure au monde

Publié le par Axel Savoye,

(© Konbini food)

3 600 calories de savoir-faire bien de chez nous.

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L’époque du service militaire est révolue (et ce n’est pas plus mal), mais les plus âgés d’entre vous se souviendront peut-être de la levée des couleurs à 6 heures du matin, des entraînements physiques, ainsi que des rations militaires. Ces rations, on les imagine souvent un peu tristes… Pourtant, celles de l’armée française ont très bonne réputation. On a donc tenté notre chance.

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Parce que l’idée selon laquelle le moral des troupes passe d’abord par leur estomac est bien de chez nous, les rations militaires françaises sont en effet connues par toutes les armées du monde pour être les meilleures. Quatorze menus régulièrement renouvelés sont mitonnés par des fournisseurs français, qui suivent un cahier des charges strict, et conditionnés aux Ponts-de-Cé, près d’Angers, pour garantir la sécurité alimentaire des soldats. Quand l’art de vivre à la française s’applique également au théâtre d’opérations extérieures…

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Sur le champ de bataille, il arrive que des soldats alliés s’échangent leurs rations, comme cela fut le cas en Yougoslavie ou en Afghanistan. Il se dit qu’une RCIR française (ration de combat individuelle réchauffable) vaut cinq MRE américaines (meal ready to eat).

Simple curiosité culinaire, on s’est demandé ce qui valait à nos rations une telle réputation et on a donc décidé d’en tester une nous-mêmes. Pas besoin de s’engager sous la bannière tricolore et de marcher au pas pour manger comme un soldat, on peut en effet facilement se procurer ces rations dans des magasins de surplus militaire ou sur Internet.

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Un vrai garde-manger dans une petite boîte

À l’arrivée du paquet, nous constatons avec plaisir que notre ration a survécu à son périple de 15 jours organisé par Colissimo. Nul besoin d’alerter le service postal qu’un colis de près de deux kilos de nourriture se décompose dans l’un de ses entrepôts ; mise en boîte en 2019 notre ration peut être consommée jusqu’en 2023 et doit pouvoir résister à des températures allant jusqu’à 50 °C, une protection nécessaire lorsque les conflits se déroulent sous des climats arides. Pour cette expérience, nous avons eu droit au menu n° 7 : brandade de Nîmes en entrée, salade de pâtes au saumon et crevettes et poulet à l’asiatique en plat.

(© Konbini food)

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Lorsque nous ouvrons notre paquet, la première chose que nous remarquons est la grande quantité de nourriture à l’intérieur. Une vingtaine de paquets et d’emballages se présentent à nous et nous nous demandons s’il sera possible de tout manger en l’espace d’une journée. Il y en a pour 3 600 kilocalories, bien plus que les 2 100 à 2 700 kilocalories conseillées par jour pour une personne. On est cependant loin des boîtes de raviolis ou du pain de guerre ramolli dans du bouillon auxquels ont eu droit les poilus.

Plusieurs menus ont été élaborés afin de ne pas sombrer dans une routine qui aurait raison du moral des troupes. On retrouve ainsi des repas conformes aux interdits religieux – notre ration est sans porc, par exemple. Des produits innovants, comme du muesli au chocolat, côtoient des plats préparés dans des maisons historiques : Larzul (conserverie bretonne ouverte en 1906), Andros, Hénaff (entreprise agroalimentaire bretonne ouverte en 1907), l’île Bleue ou encore les biscuits Saint-Georges. De quoi envoyer un peu de cocoricos à ceux qui ont le mal du pays.

Voici ce que contenait le RICR – nous avons réparti son contenu pour quatre repas dans la journée (petit déjeuner, déjeuner, collation, dîner) :

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  • un sachet de potage aux légumes lyophilisés ;
  • une boîte de brandade de Nîmes ;
  • une boîte de fromage à tartiner ;
  • un plat de salade de pâtes au saumon ;
  • un plat de crevettes et poulet à l’asiatique ;
  • un paquet de muesli au chocolat ;
  • un paquet de 16 biscuits (salés, aux céréales ou au chocolat) ;
  • une barre caféinée “commando” ;
  • une barre énergétique pêche-abricot ;
  • une barre de nougat aux fruits ;
  • une barre de chocolat noir ;
  • une pâte de fruits à la poire ;
  • une compote Andros à la fraise ;
  • une boisson isotonique à la mangue lyophilisée ;
  • une boisson cacaotée lyophilisée ;
  • deux sachets de café lyophilisé ;
  • deux sachets de thé (noir et vert à la menthe) ;
  • deux sachets de sel ;
  • deux sachets de poivre ;
  • deux sachets de sucre ;
  • un paquet de mouchoirs ;
  • un ensemble de kit de réchauffage comprenant : un réchaud, une pince pliable, six pastilles combustibles, une boîte d’allumettes, trois cure-dents, une cuillère-fourchette pliable, six comprimés de purification d’eau, un sac-poubelle.

Exit les paquets de Gauloises et les mignonnettes d’eau-de-vie qui avaient leur place à une époque.

(© Konbini food)

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Des repas ultra-riches pour faire le plein d’énergie sur le front

Avec ce menu, avoir de l’eau est primordial pour donner vie aux aliments lyophilisés, comme le potage, la boisson énergétique ou encore le café. Entre 1,5 et 2 litres sont nécessaires par ration, mais dans les zones de conflit, on ne trouve pas forcément d’eau potable comme quand on va au supermarché, alors il faut parfois se servir de ce que la nature a à offrir : flaques troubles, rivières polluées ou puits contaminés. Lorsqu’un soldat ne dispose que d’eau impropre à la consommation, la ration lui fournit des pastilles de purification qui éliminent virus et bactéries.

Pour entamer cette journée à 3 600 kilocalories, on aurait bien voulu mettre du lait dans notre muesli, mais on va s’en tenir aux consignes des emballages en le mélangeant avec de l’eau. Si le procédé n’a pas l’air ragoûtant, le résultat final n’est pas désagréable et se mange même plutôt bien. On a vraiment l’impression de savourer des céréales dans un bol de lait. La boisson cacaotée, quant à elle, n’obtiendra pas nos faveurs. Gustativement, on dirait de l’eau dans laquelle on a mis de la poudre de chocolat noir. On fait donc passer le tout avec le nougat, la pâte de fruits, quelques biscuits et la compote de fraise pour rendre le goût moins désagréable.

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Après ce petit déjeuner un brin bourratif, on déjeune sans faim de la brandade de Nîmes et de la salade de pâtes au saumon. Même si c’est à la bonne franquette, et c’est bien parce que l’armée n’est pas un hôtel cinq étoiles, les plats sont objectivement plutôt bons. Ils sont surtout consistants et peuvent ainsi apporter un peu de réconfort. On s’offre ensuite le luxe d’un dessert avec un café et une barre de chocolat noir, même si notre estomac est déjà bien calé.

Pour compenser les longues marches et autres efforts physiques, la ration fournit également une boisson en poudre, dite “isotonique”. On appelle ainsi les boissons dont la concentration en solutés se rapproche de celle du plasma sanguin ; elles doivent être chargées en sels minéraux et avoir un minimum de glucides pour fournir au corps humain l’énergie dont il a besoin.

(© Konbini food)

En plus d’assurer l’alimentation d’un soldat du petit déjeuner au dîner, la ration militaire est surtout une boîte remplie de douceurs. La présence de glucides est prédominante (64 % de glucides contre 20 % de lipides et 16 % de protéines pour notre ration) autant qu’elle est importante : ils servent de carburant pour nos cellules, notamment celles du cerveau, coupent plus rapidement l’appétit et favorisent l’endormissement diurne.

Notre collation se constituera d’une barre caféinée et d’une barre énergétique pêche-abricot. À l’origine destinées à nous redonner un coup de fouet en milieu de journée, les barres vont plutôt nous faire somnoler et nous donner l’impression de ressortir de cette expérience avec une glycémie à la courbe digne de celle du bitcoin. Il nous faut malheureusement terminer la journée sur cette note sucrée. On décide de reporter le dîner au lendemain, rassasiés par un trop-plein d’énergie. Cela prouve toutefois que la ration est adaptée aux grands sportifs et non aux personnes pouvant seulement se balader jusqu’au couvre-feu de 18 heures.

Pour notre dernier repas, on teste le kit de réchauffage avec son réchaud dépliable et ses pastilles de combustibles. Une fois le potage aux légumes englouti, il nous a fallu moult essais pour mettre le feu aux combustibles avec nos pauvres allumettes. Le résultat est cependant sans appel, notre plat de crevettes et de poulet à l’asiatique est prêt en trois minutes chrono. Comme pour la salade de pâtes au saumon, ce n’est pas aussi savoureux qu’un bon petit plat préparé chez soi, mais c’est tout de même plus réconfortant et goûtu que nos souvenirs de cantine. On termine enfin notre ration avec du fromage à tartiner dont la texture et la couleur laissent à désirer.

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Notre ration est désormais vide (mis à part quelques biscuits et sachets de thé et café) et il faut bien l’avouer : nous sommes bien contents de nous en débarrasser. Soyons honnêtes, cependant, nous avons commis une erreur : celle de partager les plats et remontants en quatre repas, alors que les sucreries et barres énergétiques sont faites pour être consommées tout au long de la journée et non en même temps.

Si les rations militaires françaises sont considérées comme étant les meilleures au monde, c’est donc avant tout parce qu’elles offrent des repas complets et variés, qui donnent largement aux soldats de quoi tenir lors d’une journée éprouvante. Par comparaison, d’autres rations ailleurs dans le monde proposent des repas avec des ingrédients de moindre qualité ou un menu unique avec des pilules de vitamines et de minéraux en compléments. Le genre de repas bien démoralisant, qu’on doit avoir envie de refiler à l’ennemi. Ces rations sont finalement bonnes à prendre si vous avez prévu de marcher 40 kilomètres dans les montagnes ou le désert, mais plusieurs soldats vous diront qu’au niveau du moral, elles ne remplaceront jamais un vrai plat convivial préparé maison.