Dans les coulisses de l’écriture d’une bande dessinée (écrite par une cheffe)

Publié le par Robin Panfili,

© Pauline Gouablin

La cheffe Chloé Charles vient de publier une bande dessinée particulièrement réussie qui parlera aux curieux et aux débutants de la gastronomie, tout comme aux initiés.

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Si le nom de Chloé Charles vous dit quelque chose, c’est tout à fait normal. Voilà quelques années maintenant qu’elle creuse son sillon dans la nouvelle et talentueuse génération de jeunes chefs et cheffes français. D’abord dans les cuisines de chefs connus et reconnus, ensuite comme cheffe itinérante et nomade. Elle doit aussi sa renommée à son passage remarqué dans l’émission culinaire Top Chef, et plus récemment pour l’ouverture de son “non-restaurant“, Lago, à Paris. Aujourd’hui, c’est encore un autre projet qui nous amène à parler d’elle. Il y a quelques mois, la cheffe nous avait invités, en catimini, chez elle, pour suivre une session d’écriture et de cuisine pour la bande dessinée qu’elle préparait alors avec la dessinatrice Tiphaine de Cointet. Entretien.

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© Konbini

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Konbini | Alors que les étagères de librairies semblent de plus en plus surchargées, les chefs n’hésitent pas, eux non plus, à sortir leurs propres livres. Pourquoi avoir voulu proposer, à ton tour, un bouquin ?

Chloé Charles | Je trouve qu’il y a déjà beaucoup de livres de cuisine, alors je voulais proposer un format différent des livres classiques avec des recettes qui s’enchaînent. À l’inverse, je voulais apprendre aux gens à cuisiner sans recette, en leur expliquant ce qu’il se passe dans ma tête quand je cuisine.

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“La balance entre l’acidité, la matière grasse et l’humidité est très importante et c’est ce qui fait que l’on passe d’un bon plat à un très, très bon plat”

L’idée était d’offrir une porte d’entrée plus pédagogique vers la cuisine ?

Je voulais donner envie de cuisiner et montrer qu’avec quelques bases, la cuisine, c’est assez facile. Par exemple, l’équilibre des saveurs joue un rôle primordial. La balance entre l’acidité, la matière grasse et l’humidité est très importante, et c’est ce qui fait que l’on passe d’un bon plat à un très, très bon plat. Mais une fois que l’on a compris cela, on a compris beaucoup de choses. C’est ça que je voulais raconter : que finalement, ce n’est pas si compliqué.

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© Konbini
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Pourquoi avoir opté pour le format de la bande dessinée ?

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L’idée de la BD n’est pas venue tout de suite, mais je savais que je voulais proposer un format ludique et décomplexé. La première idée que j’avais en tête était une sorte de boîte à outils de tout ce qu’il faut dans les placards, comment un plat est construit, comment on imagine tout un repas etc. J’ai tout décortiqué avec ce que je voulais raconter, les différentes étapes et je suis allée voir mon éditrice Rose-Marie. C’est au fil de la conversation que l’idée de la BD est née, car le format correspond tout à fait à ce que je voulais proposer.

Tu as choisi Tiphaine de Cointet pour les dessins. Comment s’est déroulée votre rencontre ?

Mon éditrice Rose-Marie connaissait son travail, elle me l’a présenté et il m’a tout de suite plu. Ce qui m’a également intéressé avec Tiphaine, c’est qu’elle est loin de l’univers de la cuisine et, comme je ne voulais pas toucher un public averti, Tiphaine était le binôme idéal pour ce projet. Et puis j’avais à cœur de travailler avec quelqu’un avec qui je m’entends bien, surtout que le projet allait durer plusieurs mois. Dès notre première rencontre, le feeling est passé !

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Quelles ont été les contraintes dans l’écriture de cette bande dessinée ?

Le timing ! Il y avait une contrainte de temps et d’agenda avec Tiphaine. Nous devions pouvoir nous lancer dans le projet rapidement, car j’avais également l’ouverture de mon restaurant Lago, prévue en septembre dernier. Notre première rencontre s’est faite en novembre et nous avons commencé à travailler sur Tiens, goûte ! dès le mois de janvier ! J’aime bien quand les projets vont vite, sinon, j’ai tendance à me poser trop de questions.

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Le format BD, en lui-même, est aussi un défi à lui seul…

Écrire une bande dessinée est un exercice complètement nouveau et différent. J’ai dû intégrer les différents codes et m’adapter, comme par exemple enlever certaines blagues ou détails trop longs, sans oublier le principal objectif : faire passer mon message à chaque chapitre.

Est-ce facile de transmettre ses connaissances, un savoir-faire, parfois technique, à une personne qui n’est pas du milieu de la restauration ?

Facile, non, mais c’était exactement que je voulais. Tiphaine était le cobaye parfait [elle rigole]. C’est quelque chose que j’aime beaucoup, apprendre, expliquer pourquoi je fais les choses. La cuisine, c’est du partage et, à mon sens, comme dans tous les métiers manuels et artisanaux, la transmission est un impératif. Savoir l’expliquer fait partie du métier.

Ce qui est cool aussi, c’est que le personnage de Raph [dans la BD, ndlr] pose des questions plus techniques. Il y en a donc pour tous les niveaux. J’ai tenu également à faire relire certains passages à un chimiste de l’alimentation. J’en parle beaucoup dans le livre, de façon très accessible, mais je voulais m’assurer de l’exactitude de ce que j’avançais.

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Comment vous vous êtes organisées pour écrire cette BD ?

On organisait des sessions de travail une fois par semaine avec Tiphaine à Paris, de janvier à mars. Au début du projet, Tiphaine nous a dit que pour écrire une BD, il fallait un scénario, un fil conducteur pour qu’elle soit lisible. Moi, je savais ce que je voulais raconter. On a commencé à faire les premières sessions de travail et on s’est vite rendu compte que ce qui nous arrivait pendant ces sessions était en fait le scénario de la BD. Tout ce qui se trouve dans Tiens, goûte ! s’est réellement passé.

Combien de temps a-t-il fallu pour boucler la BD, du début à la fin ?

Il aura fallu neuf mois en tout, de janvier à septembre. C’est un projet assez long car ce que l’on ne sait pas forcément avec la BD, c’est qu’il y a plusieurs étapes : l’écriture de scénario, le crayonné puis seulement le dessin final de la BD. C’est presque comme si la BD était dessinée deux fois. Et puis après chaque session, il y a l’écriture de scénario de la session, qui prend aussi du temps car il faut respecter les contraintes de format dont je parlais tout à l’heure.

© Konbini

Tiens, goûte ! (First)
Chloé Charles et Tiphaine de Cointet
22,95 euros
Disponible ici.