Portée par l’excellente Sandra Oh, The Chair a le cul entre deux chaises

Publié le par Anaïs Bordages,

© Netflix

OK, c’était un peu facile, mais c’est vrai.

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Si vous n’en pouvez plus des gens qui profèrent les expressions “cancel culture” et “wokisme” avec le plus grand sérieux, il se peut que The Chair suscite chez vous une réaction allergique. Cette courte série diffusée sur Netflix suit le quotidien d’un département de littérature anglaise dans l’université fictive de Pembroke.

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Dans le premier épisode, Ji-Yoon, incarnée par Sandra Oh, devient la première femme racisée à être nommée directrice (“chair” en anglais). Mais celle qui rêve de bousculer le système et moderniser son université va vite être confrontée à la réalité du département, entre bureaucratie infernale et guerres de réputation.

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© Netflix

Créée par l’actrice Amanda Peet (Togetherness, Dirty John) et Annie Julia Wyman (scénariste et docteure diplômée de Harvard), la série pointe du doigt un milieu académique poussiéreux, incapable d’évoluer et de remettre en question les siècles de racisme et de sexisme qui l’ont constitué. Un immobilisme oppressant qui se ressent tout particulièrement dans les décors en bois sombre de la vieille institution, vides, sans âme et aseptisés.

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En s’attaquant à tous les “ismes” (racisme, sexisme, âgisme) du monde académique, un sujet éminemment contemporain, la série avait tout pour réussir. D’autant plus qu’elle déborde d’acteurs et actrices chevronné·e·s. Holland Taylor, particulièrement déjantée, incarne une professeure placardisée en raison de son âge, tandis que Jay Duplass fait ce qu’il fait de mieux dans le rôle d’un prof charmant mais au bout du rouleau. La jeune Everly Carganilla, qui incarne la fille de Ji-Yoon, crève aussi l’écran à chacune de ses courtes apparitions. Quant à l’incomparable Sandra Oh (Grey’s Anatomy, Killing Eve), elle rayonne dans n’importe quel projet, et son alchimie explosive avec Jay Duplass constitue un des aspects les plus réussis de la série.

Intrigue caricaturale

Le problème, c’est que pour illustrer les nombreux débats qui traversent actuellement le monde académique, la série opte pour une intrigue légèrement grotesque sur la “cancel culture”. Lorsque Bill Dobson, incarné par Jay Duplass, fait un salut nazi “ironique” en plein cours, les élèves sont outrés. Le geste du prof est transformé en mème, et bientôt, l’intégralité des étudiants sèchent les cours pour scander “pas de nazis à Pembroke” devant le campus, sans aucun débat ni nuance.

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Au lieu d’offrir des pistes intéressantes sur le conservatisme du milieu académique ou sur les causes qui peuvent mener à une quête de justice sociale sur les campus, The Chair caricature le corps étudiant dans son ensemble (aucun n’a de rôle vraiment développé) et tombe à côté de la plaque.

© Netflix

La série, qui va de saynète en saynète, semble en fait hésiter entre plusieurs tons : satire mordante par moments, réflexion sincère ou farce slapstick outrancière par d’autres. Si on voulait être plus cynique, on pourrait même suggérer qu’à force d’essayer de plaire au plus grand nombre, elle perd de son tranchant – un peu comme le personnage de Ji-Yoon, qui passe toute la série le cul entre deux chaises.

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En six épisodes à la fois courts et décousus, The Chair ne fait ainsi qu’effleurer un sujet pourtant passionnant. Certaines répliques crépitent, et laissent entrevoir un meilleur potentiel pour la série, qui sera peut-être réalisé dans une deuxième saison. Mais en l’état, elle laisse une impression d’inachevé.

La première saison de The Chair est disponible sur Netflix depuis le 20 août.