Comment The Flash est devenue meilleure qu’Arrow

Publié le par Adrien Delage,

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Ce n’est pas qu’une question de force et de super-pouvoirs. Lancée en 2014, The Flash bat aujourd’hui à plates coutures son grand frère, Arrow. Comment est-elle devenue le show DC Comics le plus réussi du “Berlantiverse” ?

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Les season finales de The Flash et Arrow ont été diffusés la semaine dernière. Aucun doute quant à la supériorité de l’un sur l’autre : Force Véloce et pouvoirs surnaturels ou pas, Flash de Central City est le grand vainqueur de ce combat de justiciers.

La quatrième saison du Green Arrow a déçu. Censées être plus sombres, plus matures aussi, les pérégrinations d’Oliver Queen sont devenues lassantes. L’intrigue tourne en rond, et les méchants manquent d’épaisseur. Barry lui, a tout un Multiverse à sa disposition pour évoluer et accueillir des “bad guys” originaux.

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L’audience de la chaîne CW témoigne de cette prise de pouvoir de The Flash sur Arrow. Respectivement 3,30 millions de téléspectateurs devant leur écran pour le “season finale” du premier, contre 2,21 millions pour le deuxième. Même si l’un en est à sa saison 4 quand l’autre termine sa deuxième, l’écart se creuse. Comment en est-on arrivé là ?

Grant Gustin, un super-héros empathique

Et pourtant, il n’est pas si facile de porter la tenue bordeaux de Flash. Le rôle, dans une moindre mesure, est un fardeau comparable à celui de Batman au cinéma. Si Flash n’a pas connu de Christian Bale (la trilogie du Dark Knight) ou de Georges Clooney (oui ceci est un troll) pour l’incarner, des acteurs ont participé à sa renommée.

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John Wesley Shipp (dans Flash) au début des années 90 puis Kyle Gallner (dans Smallville) au cours des années 2000, ont successivement interprété le bolide rouge dans une série télévisée. John Wesley Shipp s’octroie d’ailleurs un joli clin d’oeil à ses années Flash, en incarnant le père de Barry dans The Flash.

Au final, Grant Gustin (Glee) se défend très bien face à ses aînés. Crédible dans ses dialogues épiques, tourmenté quand Zoom le corrige devant sa ville, touchant lorsqu’il doit enterrer son père, l’acteur est brillant dans tous les registres.

A contrario, Stephen Amell fait office de figurant dans son incarnation du justicier vert. Mono-expressif, il devrait prendre quelques leçons d’acting avec Barry lors des crossovers.

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À sa décharge, le personnage de Flash est mieux écrit que le Green Arrow. Surtout, Barry progresse au fil des saisons. On lui découvre de nouveaux pouvoirs : lancer des éclairs, traverser des matières solides, remonter le temps, et même créer des doubles temporels dans le “season finale” de la saison 2.

À l’inverse, le Green Arrow semble vite limité entre ses flèches et ses techniques d’arts martiaux déjà vues. Il s’entoure de sa team trop rapidement au cours de la saison 2, qui vient au final lui voler la vedette. Barry lui, est toujours le patron de The Flash et on s’ennuie vite lorsqu’il perd ses pouvoirs (cf les épisodes “Back to Normal” et “Rupture” de la saison 2) et n’est pas au coeur de l’action.

On regretterait presque que DC divise complètement son univers télé et ciné à l’inverse de Marvel. Pas de Grant Gustin dans la Justice League de Zack Snyder. Ce sera à Ezra Miller (Californication) de se battre pour la meilleure interprétation du “speedster”.

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Des vilains qui ont méchamment la classe

Le Reverse Flash de la saison 1 était franchement stylé. Surtout, c’est le meurtrier humain derrière le masque qui apportait une once de cruauté plus intense encore. L’homme qui a pris l’apparence du professeur Harrison Wells, Eobard Thawne, aimait jouer avec les nerfs de Barry. Et était à l’origine de la brèche vers les mondes alternatifs, générant une quantité inimaginable de nouvelles intrigues pour The Flash.

En saison 2, on nous balançait un monstre plus puissant, plus flippant avec sa bouche à la Venom, et surtout plus rapide. Zoom, alias Hunter Zolomon (Teddy Sears), et ses éclairs bleus jaillissaient de toute part, rendant le Reverse Flash bien mignon rétrospectivement.

Assoiffé de pouvoirs et prêt à tout pour s’emparer de la vitesse de Flash, Zoom ne fait pas de quartier, et ira jusqu’à tuer le père de Barry devant ses yeux. Un orgueil démesuré que la Force Véloce ne laissera pas impunie. La cruauté des méchants de The Flash n’a aucune limite.

Déjà, la présence des méta-humains dès la première saison permettait d’instaurer des méchants variés aux intrigues originales. On pense à l’introduction de “vilains” homosexuels avec le personnage du Flûtiste (Andy Mientus).

Du côté d’Arrow, les méchants ne se défendent pas trop mal, mais finissent par décevoir pour la plupart. Malcolm Merlyn (John Barrowman) était à l’époque de la première saison un personnage complexe, aux ambitions démentes mais politiquement intéressantes : réduire le quartier des Glades en poussière pour écarter la pauvreté de Starling City. De cet homme furieux, il ne reste qu’un papa fade, tombé sous le joug des autres boss de la série.

Deathstroke (Manu Bennett) dans la saison 2 puis Ra’s al Ghul (Matthew Nable) dans la saison 3, renforçaient l’atmosphère sombre et mature de la série. Les intrigues introduisant le sérum du Mirakuru ou la Ligue des ombres relançaient l’intérêt pour le show, malgré les errances scénaristiques du personnage d’Oliver Queen, et ses flash-backs narratifs devenus insupportables et redondants en saison 3.

Mais patatras en saison 4 : même les méchants ne tiennent pas la route. La palme du pire bad guy, all time, est attribuée à Damien Darhk (Neal McDonough, catastrophique). Jamais crédible, doté d’un charisme d’huître, le personnage de Darhk a été bâclé. Le vilain des comics est censé être énigmatique, et posséder un esprit insaisissable.

C’est tout le contraire qui se passe à l’écran. Neal McDonough incarne un vaurien inexpressif. Cet échec cuisant a gâché la majeure partie de la saison 4.

Un bon sidekick

Le fidèle acolyte de Flash apporte une touche de légèreté et d’humour, même dans les situations extrêmes. Cisco Ramon assure le comique de répétition, une méthode narrative récurrente dans le monde des séries de network. Il faut dire que Carlos Valdes maîtrise les grimaces et les expressions hilarantes.

Les running gags fonctionnent : on pense notamment au nom des méta-humains, quand il s’applique à faire des références à la pop culture et se frite avec le Harrison Wells de Terre-2. Cisco apporte un rythme décalé à la narration et passe définitivement le cap du personnage secondaire lambda en fin de saison 1.

Donner des pouvoirs à ce personnage, qui devient Vibe, n’allait-il pas le dénaturer ? Que nenni. Cisco reste le même, et ses visions apportent un suspense efficace pour relancer l’intrigue et approfondir la personnalité du personnage.

Dans la team Arrow, Diggle aurait pu remplir ce rôle, mais sa relation avec l’Archer vert est différente. Plus fraternel et plus adulte, ce bras droit n’a rien de très drôle (à part son masque de Spartan). Du coup, le personnage qui se rapproche le plus de Cisco reste Felicity.

Fragile, touchante et drôle de naïveté dans les premières saisons, elle devient insupportable dès que les scénaristes ont commencé à lancer l'”Olicity fever”. Du pur fan-service qui dessert la narration et rend désormais Felicity particulièrement agaçante.

Elle n’est plus la geek innocente de l’équipe qui apportait une touche de fraîcheur dans ce sombre monde. Elle est devenue pleurnicharde, presque égoïste et surtout capricieuse comme une petite fille. Bref, Laurel est morte, alors évitez de nous en donner une nouvelle.

Le Multiverse : des intrigues au potentiel exponentiel

Le final de la saison 1 et les dégâts de la singularité généraient des passerelles vers les mondes alternatifs, implantant le Multiverse si précieux (et compliqué) de l’univers DC Comics.

De ce twist explosif, la saison en a tiré une diversification et une complexification des intrigues. Entre les doppelgänger badass de Cisco et Caitlin (Reverb et Killer Frost) et ceux plus surprenants (l’homme au masque de fer, alias le vrai Jay Garrick), la série était relancée avec brio. L’ouverture vers les terres multiples et les voyages temporels nécessitent la plus grande attention du spectateur pour en comprendre pleinement le sens et les enjeux.

Le “season finale” de la saison 2 laisse d’ailleurs penser que les scénaristes vont s’orienter vers la trame du comic Flashpoint. En retournant dans le passé pour sauver sa mère, Barry va profondément bouleverser la narration de toute la série.

Flashpoint est une mini-série de 5 comics créée par Geoff Johns, dans laquelle les super-héros de l’univers DC Comics prennent place dans un univers alternatif. Barry est le seul à se rappeler des événements situés avant le cataclysme temporel. Mais il perd ses pouvoirs et doit les retrouver pour remettre les choses en place.

La série Arrow s’est quant à elle enfermée dans une boucle narrative lassante, avec un énième méchant énervé qui souhaite détruire le monde. Les scénaristes avaient beau donner un coup de balai en tuant Laurel, en cassant la relation entre Oliver et Felicity, ou en invitant Arsenal (Colton Haynes) pour un épisode, la saison 4 nous  a laissé sur notre faim.

Pire, l’avènement du monde psychique et surnaturel avec les pouvoirs mystiques de Darhk ternissent l’évolution du personnage d’Oliver Queen. Les flashbacks n’apportent plus rien au background du héros, et le mysticisme est très mal exploité. Il soulève des incohérences : si Darhk est capable d’aspirer l’âme de Laurel, pourquoi il se contente de lui planter une flèche à mains nues ?

Seule petite consolation, on retrouvait Matt Ryan le temps d’un épisode dans son rôle de Constantine.

En conclusion, Flash n’a pas fait sa plus grande course face à Zoom, mais bien à l’encontre du Green Arrow. Lui qui a eu 2 saisons supplémentaires pour s’exprimer, semble être pris de court. Les showrunners vont devoir rapidement trouver une nouvelle recette pour rafraîchir, voire réinventer Arrow. Car en attendant, Barry continue de courir toujours plus vite.