On a classé les 15 meilleurs épisodes de Grey’s Anatomy

Publié le par Jennifer Padjemi,

©ABC

Avec beaucoup de spoilers. 

A voir aussi sur Konbini

Travailler sur une série qui possède autant d’épisodes que Grey’s Anatomy est une aubaine pour les scénaristes et les réalisateurs, qui ont ainsi la possibilité d’innover, de s’amuser, et de créer la surprise au fur et à mesure des années qui passent. La série créée par Shonda Rhimes reste une réussite pour beaucoup de critiques, qui reconnaissent sa qualité d’écriture indéniable et la force de son casting. Si c’est une série très populaire, avec des millions de téléspectateurs dans le monde, elle souffre malgré tout d’une image un peu lisse, et elle appartient au genre peu respecté du “soap”. Grey’s Anatomy est le type de séries dont il faut gratter un peu la surface pour y découvrir une grande qualité et une extrême intelligence. Son nombre de saisons, de morts et de storylines dont on aurait pu se passer fait aussi d’elle une série clivante ; soit on s’accroche pour continuer de la découvrir et l’apprécier à sa juste valeur, soit on l’abandonne.

Publicité

Certaines saisons sont au-dessus de la mêlée, comme la saison 3, 8, 9, 10 ou encore 12 et 14, et, avec plus de 330 épisodes à son actif, faire un classement d’un programme aussi dense n’est pas la tâche la plus aisée. Pour établir ce classement, j’ai pris en compte la qualité d’écriture, la réalisation, la narration et le niveau de drama de l’épisode, les ingrédients phares pour cette série à succès. 

Publicité

 #15 “48 heures” (S01E01)

Publicité

Peu de séries arrivent à passer l’épreuve du premier épisode, qui donnera envie ou non aux téléspectateurs de continuer. Le pilote de Grey’s Anatomy a été diffusé pour la première fois le 27 mars 2005 sur la chaîne ABC. Il racontait les premières journées (48 heures) des nouveaux internes au Seattle Grace Hospital : Meredith, Cristina, George, Alex et Izzie. Là où d’autres séries peuvent nous faire patienter deux ou trois épisodes avant de nous faire rentrer dans le vif du sujet, ici on nous dit dès le départ à quoi s’attendre.

Après l’avoir entendue en voix off, on comprend immédiatement que Meredith Grey sera le personnage principal. Elle nous prévient : sa mère “était l’une des meilleures“, mais elle-même est quelque peu différente. Très vite également, on saisit que l’amour sera au centre de la série, avec cette scène dans laquelle Meredith dit bonjour à la personne avec qui elle vient de coucher, et qui n’est autre que Derek Shepherd, dont elle découvrira plus tard qu’il est son chef. On fait aussi la connaissance de Richard, qui a déjà cette aura naturelle paternelle, en même temps que celle des autres internes. Enfin, on apprend que la médecine tiendra une part très importante dans le show. Le rythme est soutenu et les patients sont mis en avant. Les bases sont posées et chacun dévoile déjà un trait essentiel de sa personnalité. Enfin, on fait la connaissance d’une Miranda Bailey très en forme, dont la réplique est, depuis, devenue culte : “Règle numéro une : pas la peine de me faire de la lèche. Je vous déteste déjà, et ce n’est pas près de changer.”

Cet épisode, pas vraiment exceptionnel en soi, a le mérite d’avoir su donner le la à une série toujours d’actualité, 15 ans plus tard. La première saison ne compte que 9 épisodes, le reste ayant été ajouté à la saison 2. La chaîne et la production attendaient de voir comment les premiers épisodes seraient reçus avant d’en commander d’autres. 

Publicité

#14 “Tous pour un” (S02E27)

Le personnage d’Izzie Stevens a toujours été complexe. À la fois très optimiste et empathique, elle est aussi quelqu’un de lunaire, qui semble parfois vivre dans un monde totalement fantasmé. Son enfance et son adolescence difficile dans un milieu pauvre (qui font parfois écho à l’histoire de Jo) expliquent néanmoins beaucoup de choses. C’est véritablement son histoire d’amour avec Denny qui a rendu son personnage mémorable. C’est la première grande histoire d’amour que nous a offert la série. 

Publicité

Cet épisode, le dernier de la saison, vient boucler une narration en trois parties où l’équipe d’internes s’est organisée pour mentir à sa chefferie afin d’obtenir un cœur à Denny, qui en a urgemment besoin. C’est d’ailleurs un moment qui a consolidé les liens d’amitié dans le groupe. Tout aurait dû bien se terminer, avec un bal de promo organisé au sein de l’hôpital pour la nièce gravement malade de Richard et Denny. Et pourtant, rien ne s’est déroulé comme prévu.

L’image d’Izzie, en robe majestueuse, qui s’effondre dans les bras de Denny, tout juste décédé, marquera les esprits. Et c’est le premier déchirement que met en scène la série, célèbre pour faire sécréter abondamment nos glandes lacrymales tous les deux ou trois épisodes.

#13 “Aimer, prier, chanter” (S07E18)

Publicité

L’épisode musical est très fréquemment utilisé dans les séries, surtout quand elles possèdent des ressorts comiques ou tragiques, et encore plus quand elles ont plusieurs saisons. Et même si cela paraît toujours un peu surprenant (et parfois gênant) de voir ses personnages préférés chanter, quand l’exercice est bien fait, c’est très plaisant à voir. Ça n’a évidemment pas échappé à Grey’s Anatomy.

L’épisode survient après que Callie et Arizona aient eu un accident de voiture qui laisse Callie entre la vie et la mort, alors qu’elle est enceinte de Sofia. L’épisode se déroule avec le fantôme de Callie qui assiste à tout ce qui se passe autour d’elle, pendant que tout le monde s’active pour la sauver.

Dans ce volet musical, pas de grandes envolées lyriques ni de chorégraphies super-travaillées, mais essentiellement des reprises, par quelques-uns des personnages, des chansons les plus importantes de la série, dont Chasing cars de Snow Patrol, LA chanson emblématique. Mais aussi How to Save a Life de The Fray et The Story de Brandi Carlile interprété par Sara Ramirez. Mettre en avant le personnage de Callie n’était pas un choix anodin, puisque Sara Ramirez est une chanteuse et comédienne hors pair. C’était même son métier avant d’arriver dans la série, puisqu’elle a commencé sa carrière à Broadway et a gagné de nombreux Tony Awards pour ses prestations. C’est d’ailleurs après qu’elle a remporté le Tony de la meilleure actrice dans une comédie musicale pour Spamalot que les producteurs d’ABC et Shonda Rhimes ont absolument voulu qu’elle apparaisse dans la série (dont elle-même était fan), dans le rôle de Callie. Ce qui devait être un rôle occasionnel est devenu récurrent et Callie l’un des personnages forts de la série.

#12 “Une proposition en or” (S10E22)

L’une des forces de cette série est sa capacité à mettre en miroir des histoires déjà passées avec celles plus récentes et à faire évoluer des intrigues qui peuvent durer sur plusieurs saisons. Sept saisons après que Burke a abandonné Cristina au pied de l’autel, et pour la dernière saison de cette dernière, les scénaristes ont choisi de boucler la boucle en faisant revenir Burke (son départ était notamment lié aux propos homophobes qu’aurait tenus l’acteur Isaiah Washington et à sa mauvaise entente avec le reste du casting).

Le départ du personnage de Burke avait laissé Cristina triste et au bord de la crise de nerfs. Il était le roi de la cardiologie, elle en est devenue la reine par la suite, notamment grâce à lui, qui l’a aidée à se perfectionner bien plus vite que ses camarades. Elle a ensuite vécu un passage à vide en perdant son mentor. 

La saison 10, la dernière de Cristina, est celle où on lui a le plus rendu hommage. Après être passée à côté d’un prix Harper Avery pour des raisons de politique interne, elle avait besoin de passer à autre chose. Quand on l’invite à donner une conférence en Suisse pour qu’elle s’exprime sur l’opération révolutionnaire qui lui a valu sa nomination, elle hésite, puis estime que ça lui fera du bien. Sur place, c’est avec surprise qu’elle découvre que c’est le Dr Preston Burke qui l’a invitée. Ils ne se sont pas revus depuis des années, mais suivent de très près leur travail respectif. Cette confrontation fait partie des moments que les fans attendaient particulièrement, comme si on nous donnait la fin qu’on n’avait jamais vraiment eue.

Après plusieurs conversations cordiales où la rancœur est de mise, on réalise que Cristina n’a jamais voulu être avec lui, mais qu’elle “voulait être lui”. Il ne l’a pas invitée pour lui proposer un poste, mais pour lui offrir un hôpital entier à diriger, sans lui. Quand il lui fait faire le tour de l’hôpital et lui montre sur quoi elle pourrait potentiellement travailler si elle accepte (des cœurs en 3D), il lui offre sa meilleure porte de sortie. La possibilité d’être dans les meilleures conditions pour faire ce qu’elle sait faire de mieux et ce qu’elle aime le plus au monde : la chirurgie. 

#11 “Autopsie d’un mariage” (S12E11) 

Grey’s Anatomy ne serait pas ce qu’elle est sans ses nombreuses histoires d’amour (Shonda Rhimes a souhaité un esprit de comédie romantique quand elle a créé la série). Cela faisait un moment, avant cet épisode, que les téléspectateurs et les fans de #Japril attendaient de savoir ce qu’il adviendrait du couple. Est-ce qu’ils allaient enfin finir ensemble ? Est-ce qu’ils allaient arrêter ?

Cet épisode s’inscrit dans la lignée des épisodes de rupture ou des moments difficiles que traversent les couples de la série. Cristina et Owen ont eu leur épisode, de même que Callie et Arizona ou encore Meredith et Derek. Le principe est toujours le même : on revient sur les mois ou les années qui ont précédé ces séparations, en découvrant ces petits détails annonciateurs d’une fin inévitable. C’est souvent très triste, mais le procédé fonctionne bien, puisque, pendant un épisode, on ne se concentre que sur eux, d’une manière omnisciente, et tout devient plus clair.

April et Jackson, on y croyait fort. Malgré la déclaration de Jackson, leur mariage en cachette, la mort de leur fils, et leurs différences religieuses… Et pourtant, tout le long de cet épisode, on comprend que leur relation était vouée à l’échec et que les divergences, qui caractérisent leur couple depuis le début, étaient trop importantes. On découvre également un Jackson bien plus égoïste qu’il n’y paraît, mais aussi une April décidée à aller de l’avant, quitte à mettre son couple de côté. On assiste aussi à un deuil, et à la vie de jeunes mariés, là où tout paraît si simple, mais où, en réalité, tout est bien plus complexe. On ressent leur peine, on comprend leur souffrance.

Si on n’est pas toujours d’accord avec les histoires d’amour qui se créent ou se défont dans le show, les scénaristes de Grey’s Anatomy arrivent toujours à faire de ces couples des éléments essentiels pour renouveler la série.

#10 Lève-toi et parle (S10E12) 

La saison 10 se concentre notamment sur le départ de Cristina, mais révèle aussi certains personnages comme April. Cet épisode s’inscrit dans la mise en place d’une ligne narrative qui permettra de compenser l’absence d’autres personnages, comme celle de Cristina ou celle d’autres couples qui ne sont plus ou pas vraiment emblématiques (Derek et Meredith, Arizona et Callie ou encore Jackson et Stéphanie). Il en fallait un nouveau et c’est à partir de cet épisode que “Japril” est officiellement entré au panthéon des couples mythiques de la série.

Dans cette saison, on s’intéresse de près au mariage qu’April est en train de préparer avec Matthew, un homme parfait pour elle, qui partage ses croyances et la respecte. Sauf qu’on avait quitté April, dans la saison précédente, en train de perdre sa virginité (qu’elle désirait garder jusqu’à ce qu’elle se marie) avec Jackson, ce qui les a conduits vers une relation de “sexe entre amis”, sans jamais la nommer. On la revoyait en ce début de saison, tiraillée entre sa foi et son attirance indéniable pour Jackson. Matthew semblait être la réponse parfaite à tous ces questionnements, mais c’était sans compter le doute qui allait s’installer.

Au moment où toute cette trame se met en place, en parallèle, l’amitié de Cristina et de Meredith est ébranlée. Les “sombres et folles sœurs” vont être perturbées par une rivalité qu’elles n’avaient jamais vécue jusque-là. Plus qu’une concurrence professionnelle, c’est leur choix de vie respectif qu’elles remettent toutes deux en question. 

Ce capharnaüm général s’inscrit dans des épisodes aux ressorts comiques. Dans Grey’s Anatomy, le drame n’est jamais très loin, mais la comédie non plus. Et quand on arrive à la fin pour découvrir que c’est finalement Jackson qui va sauter le pas et avouer ses sentiments à April, devant tout le monde, alors qu’elle est sur le point de dire “oui” à l’homme qu’elle est censée épouser, et qu’ils vont s’enfuir ensemble, c’en est presque théâtral. La scène que personne n’avait vu venir, mais qui résume bien ce que les scénaristes savent faire de mieux, nous surprendre en milieu de saison et nous tenir en haleine afin de redynamiser la série, mais surtout approfondir des personnages qu’on ne connaissait pas si bien que ça.

#9 “Code noir” et “Brume rose” (S02E16-E17)

À ce jour, c’est l’épisode en deux parties de la série le plus regardé (il fut diffusé après le Super Bowl), avec plus de 38 millions de téléspectateurs tenus en haleine comme jamais. Pendant une heure et demie, on assiste à une course contre la montre pour savoir si, oui ou non, cette bombe insérée dans la poitrine d’un patient blessé va exploser. Hannah, qui l’a amené aux urgences, compresse le thorax du patient avec sa main pour éviter que le moindre mouvement ne transforme l’hôpital en cendres. Elle est très vite remplacée par Meredith, et ce qu’on pensait être une accalmie va se transformer en suspens interminable…

La série, qui n’en était qu’à sa deuxième saison, nous montrait déjà ce qu’elle savait faire de mieux et ce qui allait la définir tout le long : le drame, la tension, le cliffhanger. Le tout avec un casting impeccable.

En effet, de par son nombre de saisons et sa showrunneuse très célèbre, Grey’s Anatomy fait partie des séries qui a accueilli le plus de guests possible. Cet épisode ne déroge pas à la règle puisque Christina Ricci et Kyle Chandler jouent respectivement les rôles de l’urgentiste et du démineur. Cet épisode a propulsé Grey’s Anatomy au rang des séries télévisées qui comptent.

#8 “Le Bonheur était presque parfait” (S03E25)

La relation entre Burke et Cristina a été l’une des plus importantes de l’histoire de Grey’s Anatomy. Cristina avait une admiration totale pour Burke, qu’elle estimait beaucoup en tant que chirurgien, elle est tombée amoureuse de lui. Burke admirait le génie de Cristina en tant qu’interne, il est tombé amoureux d’elle. Pourtant, à part leur amour pour la médecine, ils n’avaient pas grand-chose en commun.

Tout cet épisode repose sur ces contradictions dans le couple Burke-Cristina, et répond enfin à cette question : sont-ils vraiment faits l’un pour l’autre ? Pas vraiment. Tout le long, Cristina panique (la scène où elle n’a plus de sourcils est mémorable). Elle prend beaucoup de temps pour écrire ses vœux, finalement sur sa main et qu’elle efface juste avant d’opérer. Elle a du mal avec sa robe, elle a du mal tout court. Quant à lui, alors qu’il s’entraîne et récite ses vœux magnifiques à Addison et Izzie, avec qui il est en train d’opérer, tout s’éclaire, il devient évident qu’il l’aime plus que tout… mais qu’il aime une version d’elle qui n’existe pas vraiment.

Alors qu’elle a (encore) un moment d’hésitation juste avant d’arriver devant l’autel, et fait patienter tout le monde, il décide d’aller la voir, pas pour la raisonner ou la presser, mais pour la délivrer. La délivrer d’un amour qui l’étouffe, d’une vie qu’elle ne veut pas vivre et d’une femme qu’elle ne veut pas être. Burke est sans doute apparu comme le mauvais bonhomme qui laisse sa dulcinée sur le pas de la porte, mais, en réalité, il l’aimait tellement qu’il a compris qu’il la rendrait malheureuse en se mariant avec elle.

Quand Cristina rentre à l’appartement et que Meredith la rejoint, elle se rend compte qu’il est parti avec toutes ses affaires et s’effondre en se pressant d’enlever sa robe de mariée : “Je suis libre !” Un moment très marquant dans la série.

#7 “Je l’aime… / … Je l’aimais” (S06E23-E24)

Ces deux épisodes s’intéressent aux mass shooting (fusillades), très présentes aux États-Unis, où le port d’armes est autorisé dans la plupart des États. Dans Grey’s Anatomy, on s’en souvient encore. Avec différents paliers d’émotions fortes, du choc, beaucoup de larmes et une performance d’acteurs et actrices à couper le souffle. C’est sans doute cet épisode qui a marqué un tournant dans la série, la plaçant dans le rang des séries qui comptent et illustrant la qualité d’écriture de Shonda Rhimes. Plus de 16 millions de téléspectateurs aux États-Unis l’ont regardé au moment de sa diffusion, et la plupart des critiques étaient unanimes sur sa qualité.

Ces ultimes épisodes de la saison 6 tournent autour de la colère d’un patient qui a perdu sa femme quelques mois auparavant, et qui décide, pour se venger, de s’en prendre à Shepherd, alors chef de l’hôpital, contre qui il avait déposé une plainte classée sans suite. À partir de là, c’est une course contre la montre qui s’enclenche, le seul objectif du patient étant de tuer Derek Shepherd, comme point culminant de la fusillade.

Jusqu’à la dernière minute, on ne sait ni ce qu’il va se passer, ni qui va s’en sortir. Impossible de ne pas évoquer la scène où il tire sur Karev dans l’ascenseur, ou celle où il tire sur Reed, ou encore celle où on nous tient en haleine entre la patiente (interprétée par Mandy Moore), Bailey, qui prétend être une infirmière quand le tueur pointe son arme sur elle, et Charles Percy, qui sera finalement tué par ce dernier. Sans parler de ce moment où il tombe sur April, et qu’elle le supplie de ne pas tirer “parce [qu’elle] n’a encore rien vécu”. Haletant. Jusqu’au moment où il trouve enfin Derek et lui tire droit dans la poitrine sous les yeux meurtris de Meredith. Et, enfin, ce moment où Cristina a la vie de Derek entre ses mains, alors que le tueur la menace de mort si elle l’opère, tandis que Meredith demande à être tuée à la place de Shepherd.

Une fin de saison, c’est ce qui vient mettre le point final à une narration, nous donne envie de continuer à regarder ou non, nous pousse à vouloir savoir où on va prochainement nous emmener. Ici, le cahier des charges a été largement rempli, avec une maîtrise de l’écriture impeccable.

#6 “Le Vent tourne” (S08E24) 

Des oiseaux, un ciel bleu, une forêt et un grésillement. C’est tout ce qu’il nous faut pour comprendre qu’il est arrivé quelque chose à Meredith, Cristina, Derek, Arizona, Lexie et Mark, tous montés dans un avion pour assister une opération loin de Seattle. Ils viennent de subir un crash d’avion et ne savent pas où ils sont. Lexie et Mark sont coincés sous des débris, Cristina ne trouve pas sa chaussure, et Arizona n’arrête pas de pleurer et de crier en même temps. Quant à Meredith, elle est à la recherche, en vain, de Derek. Un jeu de caméra et de dialogues se déroule sous nos yeux, avec cette question : vont-ils pouvoir s’en sortir ? Pendant ce temps, à Seattle, le Dr Webber attend les nouveaux résidents pour célébrer leur année, sauf que beaucoup manquent à l’appel… Cet épisode, écrit par Shonda Rhimes, est à la fois celui qui a déçu de nombreux fans, qui ont vu mourir leurs personnages préférés, mais aussi celui qui a démontré que personne n’est indispensable, et tout peut arriver à n’importe quel moment.

Shonda Rhimes (qui avait affirmé que c’était l’un des épisodes les plus difficiles à écrire) et son équipe aiment rappeler aux téléspectateurs que Grey’s Anatomy, sous ses airs de soap aux allures romantiques, est avant tout une série dramatique. Si cette fin de saison est marquante, le tour de force de l’épisode se concrétisera dans la saison d’après et dans toutes celles qui suivent, jusqu’à aujourd’hui. Comment gérer un traumatisme et la mort brutale de ses proches ? La santé mentale des protagonistes fait maintenant partie intégrante des différentes storylines.

#5 Souvenirs, souvenirs (S06E15) 

Cet épisode, qui se concentre sur le passé de Richard Webber et d’Ellis Grey, est l’un des plus importants de la série, c’est celui qui illustre le mieux le propos général de Grey’s Anatomy.

Alors que Derek est nommé chef, après que l’alcoolisme de Richard a été révélé, il décide de réinstaller les conférences en interne, où il propose aux médecins de partager un moment fort qu’ils ont vécu au cours de leur carrière. Un exercice loin d’être évident, surtout pour Richard, en pleine remise en question dans son travail. Pourtant, c’est celui qui a le plus d’expérience au sein de l’hôpital, de par son âge et son statut de chef de la chirurgie pendant des années.

On fait alors un bond dans le passé pour retrouver un Richard et une Ellis jeunes, interprétés respectivement par J. August Richards et Sarah Paulson. Dans son récit, Richard raconte comment ils ont dû faire face à leur premier patient atteint du VIH, appelé autrement puisque, à l’époque, dans les années 1980, ils n’avaient pas encore connaissance de cette maladie. Pour le traiter, le patient devait dire s’il avait déjà eu des relations homosexuelles (les hommes gays étaient particulièrement touchés, mais aussi lourdement pointés du doigt). S’ensuit alors une course contre la montre, aucun membre du personnel, pas même le chef de l’hôpital, ne voulant le soigner, par peur de la contagion, sauf… Ellis et Richard.

Cet épisode est également celui qui nous fait comprendre qu’être un jeune médecin noir et/ou une femme n’était pas une partie de plaisir, le racisme et le sexisme étant particulièrement prégnant à cette époque. C’est aussi en raison de ce qu’ils ont vécu qu’ils désirent être exemplaires dans leur pratique et traiter tous les patients de la même manière, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur origine. Et cela résume exactement la trame de Grey’s Anatomy, une série qui parle de tout le monde, sans exception, et qui profite du lieu de rencontres qu’est l’hôpital pour ausculter la vie des gens. Shonda Rhimes est d’ailleurs l’une des premières showrunneuses à avoir proposé une télé colorblind, un terme habituellement décrié, mais sur une chaîne aussi grand public que ABC peut-être un avantage pour installer son propos. 

Et c’est ce que Richard explique, en nous rappelant l’essence même de la médecine, à savoir soigner absolument tout le monde (comme l’épisode où Miranda se retrouve face à un suprémaciste blanc qui ne veut être soigné que par un blanc). La fin de l’épisode est grandiose : ils récitent tous le serment d’Hippocrate et font une standing ovation à Richard.

#4 “Un silence assourdissant” (S12E09) 

Cet épisode, réalisé par Denzel Washington et écrit par Stacy McKee, est l’un des plus puissants de la série, celui qui a permis de remettre le personnage de Meredith Grey au cœur de la série et à Ellen Pompeo de délivrer l’une de ses meilleures performances.

Alors que Meredith revient à peine d’une longue descente aux enfers, après qu’elle a pris ses valises et ses enfants pour aller se ressourcer, faire le deuil de Derek, mais aussi vivre sa grossesse en toute quiétude, elle se fait agresser par un patient. Meredith est seule avec lui, bloquée à l’intérieur du bloc. Il la frappe, la pousse contre le mur, la met à terre. C’est très brutal et violent à regarder. Ce qui est encore plus violent, c’est le bruit assourdissant de cette scène dans un épisode quasi silencieux, alors que Grey’s Anatomy est une série habituellement généreuse en musique. Le silence, on l’entend encore plus fort quand Meredith est retrouvée à terre par ses confrères et consœurs, qu’ils essayent de la sauver et qu’elle se trouve entre la vie et la mort. 

L’horreur de cet épisode, qui vient mettre encore plus bas une Meredith déjà à terre, est une rupture entre l’ancienne et la nouvelle Meredith. Entre celle qui voyait toujours le verre à moitié vide, parce que son éducation et l’absence de parents aimants l’ont transformée en une personne “dark and twisted” qui ne croit en rien, n’a confiance en personne, et une nouvelle Meredith, plus forte. Après cette énième épreuve qui aurait pu la tuer, c’est comme si elle prenait enfin conscience de cette force. Comme Ellen Pompeo l’a répété en interview, la saison 12 est le tournant post-Derek, post-Patrick Dempsey. En la faisant souffrir ainsi, les scénaristes ont voulu la rendre plus forte, et sans doute plus optimiste.

#3 “Ironie du sort” (S14E10)

Grey’s Anatomy n’a jamais vraiment été considérée comme une série politique, dans le sens où on ne l’envisage pas au premier abord comme un programme pouvant traiter de sujets de société dits “sérieux”. Et pourtant. Dès la première saison, des sujets aussi majeurs que les agressions sexuelles, le slut-shaming ou la place des femmes dans le milieu hospitalier ont été abordés. Ces thématiques ont d’abord été traitées à travers les patients, puis, petit à petit, les personnages ont aussi pris de l’ampleur avec des storylines autour des addictions (alcool et drogue), de la santé mentale, de la maternité, de l’avortement ou encore de la violence familiale.

Diffuser une série sur une chaîne avec une aussi forte audience, c’est risquer d’être censuré à la moindre occasion. Mais quand un succès n’est plus à démontrer, il est plus facile d’imposer son style, ce que Shonda Rhimes s’évertue à faire depuis des années. La saison 14 arrivait après l’élection de Trump, dans une atmosphère politique chargée aux États-Unis. On peut penser que les scénaristes ont voulu, à travers cette saison, faire passer plusieurs messages.

Dans cet épisode, un jeune garçon de 12 ans arrive à l’hôpital après que la police lui a tiré dessus alors qu’il tentait de rentrer chez lui. Il avait oublié ses clés. L’épisode est intelligemment mis en scène avec April comme narratrice. C’est à travers ce personnage que la religion est le plus souvent abordée dans la série. Ici, sa foi est ébranlée avec, d’une part, la mort de la femme de son ex-petit ami, Matthew, et, d’autre part, celle de cet ado tué par balle.

En parallèle, Bailey est aussi meurtrie, parce que, dans ce jeune garçon, elle reconnaît son fils qui a quasiment le même âge. La scène qui suit est l’un des moments les plus forts de la série, lorsqu’elle et Ben s’assoient pour expliquer à Tucker, leur fils, comment il doit se comporter au quotidien pour ne jamais avoir affaire à la police. 

C’est ainsi qu’au détour d’un épisode, les scénaristes ont réussi à aborder des thématiques aussi actuelles et politiques que Black Lives Matter, les violences policières et les biais racistes, sans jamais vraiment les nommer directement, mais en se positionnant clairement.

#2 “La Vie rêvée de Cristina” (S10E17)

La saison 10 est l’une des meilleures de Grey’s Anatomy, si ce n’est la meilleure, notamment parce qu’elle s’attache au personnage de Cristina avant son départ de la série. Ce qui caractérise le mieux cette dernière est son extrême intelligence. Elle a toujours été la meilleure, notamment dans son métier. C’était déjà le cas en tant qu’interne, et quand elle devient titulaire plus rien ne peut l’arrêter.

Si Cristina a toujours été très douée professionnellement, on ne peut pas en dire autant de sa vie sentimentale. Que ce soit Burke ou Owen, les deux l’ont étouffée et ont exigé d’elle qu’elle vive une vie qui ne lui ressemble pas. Son seul véritable amour, c’est la médecine, et, à part quelques coucheries de temps en temps, ce personnage n’a besoin de personne pour exister. C’est ce qui fait de Cristina une personne aussi formidable que (parfois) détestable et l’un des meilleurs personnages féminins de l’histoire des séries.

Dans cet épisode dont elle est la narratrice, elle continue de fréquenter Owen alors qu’ils ont divorcé, et elle imagine sa vie si elle était restée avec lui, en miroir de celle d’un patient entre la vie et la mort, comme le fait habituellement Grey’s Anatomy. Dans la première alternative, Owen lui reproche de ne penser qu’à elle et de ne rien faire pour lui, sous-entendu de ne pas vouloir d’enfants. Elle décide finalement d’en avoir pour lui faire plaisir et survit dans un environnement qui ne lui ressemble pas. Il est heureux, elle est malheureuse. Dans la seconde alternative, elle continue d’avoir une relation aléatoire avec Owen, mais décide d’arrêter parce qu’il veut (encore) un enfant. Ce dernier perd pied, boit beaucoup, néglige ses patients, pendant qu’elle gagne des prix. Mais elle n’est pas heureuse.

Quand elle reçoit le prix Harper Avery dans sa “vie rêvée”, elle dit : “S’il y a une chose que j’ai apprise ces dernières années, c’est qu’une personne, un patient, un moment peuvent changer votre vie pour toujours. Vous faire changer de perspective, votre manière de penser, et vous forcer à réévaluer tout ce que vous saviez jusqu’à présent. Vous faire vous poser les questions les plus difficiles : savez-vous qui vous êtes ? Est-ce que vous comprenez ce qui vous est arrivé ? Est-ce que vous voulez vivre ainsi ?” 

La constance avec laquelle les scénaristes traitent Cristina, une femme indépendante qui ne veut pas d’enfant et qui ne changera jamais d’avis, est à saluer, car bien trop rare à la télévision.

#1 Ex-Aequo : “On récolte ce que l’on sème” (S14E09) et “Les Survivantes” (S15E19)

Ces deux épisodes de deux saisons différentes sont regroupés ensemble parce qu’ils se répondent. Ils ont permis de montrer ce que les séries savent faire de mieux en ce qui concerne la réception et l’impact qu’elles peuvent avoir sur les téléspectateurs. Des chiffres viennent de démontrer qu’après la diffusion de “Silent All These Years” (“Les Survivantes”), le nombre d’appels sur la ligne pour aider les victimes de violences sexuelles a explosé.

Pour comprendre cet épisode magistral, il faut revenir à l’épisode 9 de la saison 14 où Jo est confrontée à son mari, dont elle veut divorcer et qui la battait. L’une des raisons qui l’a poussée à changer d’identité et à fuir son ancienne vie sans se retourner. Grey’s Anatomy est connu pour titrer ses épisodes en fonction de morceaux de musique connus, souvent d’artistes pop rock. Cet épisode (saison 14, épisode 9) fait exception. Ce dernier a pour titre le numéro national (américain) pour trouver de l’aide en cas d’abus domestiques.

Jo est un personnage qui n’est pas toujours très évident à cerner. On comprend qu’elle a eu un passé difficile, qu’elle a été SDF, pour enfin découvrir qu’elle est une ancienne femme battue. Et c’est à partir de cet épisode que son personnage prend tout son sens. Cette confrontation est difficile, mais le procédé de l’épisode permet de comprendre comment un agresseur pense, de quelle façon il met en place des stratégies et comment son statut dans la société (dans ce cas précis, un homme, médecin, et très reconnu par ses pairs) l’aide à s’en sortir. La manière dont il s’adresse à Jo permet de comprendre l’horreur des violences conjugales. Et si cet épisode n’est pas renversant en termes de scénario ou de réalisation, il pose les bases pour ce qui va se passer par la suite.

L’épisode 19 de la saison 15 commence par Jo qui rencontre sa mère qui l’avait abandonnée à la naissance, et qui lui apprend qu’elle est née d’un viol. On sent une tension, mais on ne comprend pas trop où cela va nous mener, jusqu’à ce qu’une patiente, a priori victime d’un viol, arrive à l’hôpital. À partir de là, nous assistons à une leçon de bienveillance. De quelle façon peut-on traiter un·e patiente victime de violences sexuelles, lui parler, l’aider, lui tendre la main ? La fin de l’épisode aura marqué les esprits avec une dimension sororale importante. Shonda Rhimes et Krista Vernoff, qui ont écrit cet épisode, ont réalisé ce que la télé sait faire de mieux : raconter les histoires qui comptent le plus et qui se doivent d’être entendues.

En France, Grey’s Anatomy est diffusée sur TF1.