À lire : le message vibrant et engagé de Brit Marling aux fans de The OA

Publié le par Marion Olité,

©Netflix

#SaveTheOA

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C’est la nouvelle la plus triste de cet été : face à l’arrivée des mastodontes Disney+ et Apple TV+, Netflix serre les dents et rassemble ses troupes. Fini les projets expérimentaux et les séries coups de poing. Désormais, la plateforme censure les scènes trop audacieuses, comme celle du suicide de 13 Reasons Why, et coupe les vivres aux projets trop exigeants artistiquement et pas assez grand public. Comme Sense8 avant elle, la fascinante The OA a été annulée. Et toujours comme Sense8, le show de Brit Marling et Zal Batmanglij bénéficie d’une belle fanbase, consternée par cette décision. Un mouvement planétaire pour sauver la série s’est donc organisé très rapidement, à coups de chorégraphies et autres pétitions #SaveTheOA. Le site TheOAisReal est la pour témoigner de l’amour des fans pour la série et ce qu’elle représente. 

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Pour le moment, Netflix n’est pas revenue sur ses positions, n’accordant pas, comme pour Sense8, un film de conclusion à The OA, dont la saison 2 se terminait sur un improbable cliffhanger. C’est évidemment rageant, sachant que les auteurs avaient en tête cinq saisons pour raconter leur histoire. Sur son compte Instagram et Twitter, Brit Marling a tenu à remercier ceux et celles qui se mobilisent pour sauver la série, effectuant une analyse éclairée sur ce qu’elle et son complice ont souhaité raconter et sur la façon dont leur histoire est devenue la nôtre. Après être revenue sur la façon dont on racontait les histoires, souvent par le même prisme du héros (un homme), la scénariste expose pourquoi il est important d’imaginer d’autres modèles.

“Peut-être qu’à cette époque tardive et dans les circonstances désespérées du changement climatique, et alors que le fossé n’a jamais été aussi grand entre les riches et les pauvres, nous avons des centaines d’années de retard en termes de créations de nouvelles mythologies qui nous reflètent mieux.

Des histoires avec des modes de pouvoir en dehors de la violence et des systèmes de domination. Des histoires où les desseins humains ne sont pas la conquête et la colonisation. Des histoires qui célèbrent le pouvoir du protagoniste collectif, ou qui suppriment le protagoniste pour illustrer comment des changements durables se produisent souvent – avec des gens ordinaires, des outsiders souvent marginalisés – en s’organisant anonymement, en travaillant ensemble, en réalisant de petits exploits par petits pas, qui finissent par former des mouvements.

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Steve, BBA, Buck, Jesse, French, Homer, Hap et OA ne racontent plus cette histoire. Zal et moi non plus. Vous êtes debout dans les rues sous la chaleur estivale, pour protester. Vous rencontrez de nouvelles personnes en ligne, et partagez des histoires à propos de perte et de renouvellement que vous ne pensiez pas raconter à quelqu’un. Vous apprenez une chorégraphie et des mouvements que vous n’auriez pas osé faire avant. Tout cela est inconfortable. Tout cela est agitation. Tout cela vaut quelque chose.

Vous avez été nombreux·ses à exprimer votre gratitude envers moi, Zal, et toute l’équipe de The OA pour avoir imaginé cette histoire. Mais c’est nous qui sommes reconnaissants. Vous avez cassé les règles du storytelling. Vous êtes en train de construire quelque chose de bien plus beau que ce que nous avons fait parce que c’est réel. C’est rhizomatique – les objectifs changent tant que ce ça grandit. C’est elliptique, sans début et sans véritable fin. Et il n’y a certainement pas un seul héros. Ce sentiment peut continuer sans la série.”

Brit Marling fait ainsi référence à la théorie du Rhizome, développée par Gilles Deleuze et Félix Guattari, qui imagine une organisation collective hors des schémas normatifs et capitalistes de notre société, en se basant sur la façon dont se développe le modèle végétal. Une clé de compréhension intéressante pour toute la série The OA. La scénariste termine son post ainsi :

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“L’autre jour, Zal et moi nous sommes arrêtés pour donner à boire et à manger à une femme qui protestait contre l’annulation du show, dans un coin de rue à Hollywood. Alors qu’on était en train de partir, elle nous a dit : ‘Vous savez, en vérité je proteste surtout contre le capitalisme moderne.’ Et elle m’a dit quelque chose que je n’ai pas pu oublier depuis : ‘Les algorithmes ne sont pas aussi intelligents que nous. Ils ne peuvent pas rendre compte de l’amour.'”