Mahershala Ali redore le blason de True Detective dans une saison 3 intense

Publié le par Marion Olité,

©HBO

A voir aussi sur Konbini

Oui, Mahershala Ali peut sauver à lui tout seul la franchise True Detective.

Publicité

(© HBO)

Publicité

Depuis l’annonce d’une saison 3 de True Detective, le petit bijou de HBO devenu un fardeau après une saison 2 clouée (injustement) au pilori, on se demandait si sa tête d’affiche, le très demandé Mahershala Ali, oscarisé en 2017 pour Moonlight, allait pouvoir sauver cette franchise à la dérive. Le challenge de la chaîne câblée était de prouver que ce polar repose sur une recette déclinable, qui a fait ses preuves en saison 1 : une enquête opaque et glauque avec pour toile de fond l’Amérique profonde, prétexte à ausculter la vie d’un homme sur plusieurs décennies, et une grosse performance d’acteur, le tout saupoudré de crise existentielle donnant lieu à des réflexions du genre “Time is a flat circle”.

À l’époque, Matthew McConaughey était devenu culte avec son interprétation presque parodique du détective Rust Cohle. Qui ne se souvient pas de ses réflexions philosophiques, de ses yeux fous, du nombre incommensurable de cigarettes fumées et de canettes de bière Lone Star sirotées pendant qu’il était interrogé sur une affaire vieille de 20 ans ? Mahershala Ali reprend le flambeau du détective torturé dans cette saison 3, mais il a l’intelligence de ne surtout pas tenter de refaire du McConaughey. On suit donc ce flic et son sidekick (interprété par Stephen Dorff, version sympa du personnage incarné par Woody Harrelson) sur trois temporalités : en 1980, alors que Wayne Hays et Roland West enquêtent sur la disparition de deux enfants dans les Ozarks, en 1990, quand l’enquête est réouverte après une découverte majeur, puis en 2015, où un Wayne peinant à reconstruire ses souvenirs est interviewé par une journaliste dans le cadre d’un documentaire télé centré sur cette affaire irrésolue.

Publicité

Comme dans toutes les saisons de True Detective, la réalisation – cette fois partagée entre Jeremy Saulnier, Daniel Sackheim et Nic Pizzolatto – est extrêmement soignée. Les fans de la série de Pizzalotto se retrouveront en terrain familier, entre les discussions des deux flics on the road, les témoins et suspects white trash, et les changements de look des deux personnages principaux selon les temporalités. Mahershala Ali n’est clairement pas là pour jouer les clowns. Il ne s’appuie sur aucun gimmick pour donner vie au personnage de Wayne Hays, détective finalement beaucoup plus crédible qu’un Rust Cohle. Cela pourrait donner une série chiante, mais l’intensité du jeu de l’acteur, particulièrement convaincant dans sa version vieillie (coup de chapeau au département maquillage qui a réalisé un superbe travail sur Stephen Dorff et lui), emporte tout sur son passage. Impossible de ne pas être happé par son regard intense, de ne pas ressentir sa détermination, son obsession, son désespoir…

Une réflexion sur la masculinité

À contrario de la mouvance des antihéros dans la lignée des Tony Soprano, Walter White ou Rust Cohle, le détective Wayne Hays n’est pas un fantasme de la pop culture. Il n’est pas affligé d’un vice qui le rend bigger than life. Il est droit dans ses bottes, peut-être même un peu trop arc-bouté sur ses principes. Il ne descend pas des litres de bière et ne se prend pas pour un mafieux, mais il n’est pas parfait pour autant. La série interroge sa masculinité avec subtilité, à travers sa relation intime et houleuse avec sa femme Amelia (incarnée par la très juste Carmen Ejogo) et ses enfants (chose que l’on ne voyait pas du tout dans les précédentes saisons), son stress post-traumatique (Wayne est un vétéran de la guerre du Vietnam) ou encore la maladie d’Alzheimer, contre laquelle il lutte dans la dernière partie de sa vie. Dans une scène extrêmement touchante en fin d’épisode 5, Wayne retrouve Roland. Ce dernier lui en veut d’avoir imposé un silence radio pendant de très longues années. Après avoir écouté ses récriminations, Wayne lui explique qu’il est désolé, mais qu’il ne s’en souvient pas, qu’il veut recoller les morceaux de sa vie et de cette enquête avant qu’il ne soit trop tard. Les deux hommes pleurent chacun leur tour durant cette séquence.

Publicité

(© HBO)

Perdu entre deux époques où la condition des femmes a changé radicalement, Wayne est particulièrement dur dans les années 90 avec Amelia, ne supportant pas qu’elle soit aussi obsédée que lui par cette affaire… et aussi libre finalement, comme elle finit par le lui dire. Quant à la question de sa couleur de peau – c’est la première fois que True Detective choisit un héros noir –, elle est abordée en filigrane, sans pour autant constituer un sujet majeur de la série. Certaines personnes que les deux flics sont amenés à interroger font preuve de plus ou moins d’hostilité face à Wayne, démontrant là un racisme ordinaire auquel l’homme est habitué. Mais le racisme le plus explicite est celui subi par Brett Woodard (Michael Greyeyes), un Amérindien, suspecté à tort d’être le meurtrier d’un des deux enfants disparus, et terrorisé par un groupe violent d’habitants blancs des alentours, qui ont trouvé en lui une cible isolée facile.

Plus réaliste, donc plus ancrée dans la société d’hier et d’aujourd’hui, cette nouvelle livraison de True Detective gagne en crédibilité ce qu’elle perd en mysticisme. On tente bien de nous rappeler l’opacité de cette nouvelle affaire, avec la présence d’énigmatiques poupées retrouvées près du lieu du crime, mais clairement le dossier Purcell n’enflamme pas les esprits comme celui impliquant le Roi Jaune de la première saison. Au final, est-ce vraiment important ? L’idée n’était pas de réitérer l’exploit de la saison 1, qui restera un chef-d’oeuvre pop non-reproductible, mais plutôt de démontrer que la recette True Detective a encore des histoires à nous raconter et des personnages passionnants à inventer. De ce point de vue là, le pari est réussi. Et c’est en grande partie grâce à Mahershala Ali. Si saison 4 il y a, on espère en revanche qu’elle aura l’audace d’être centrée sur une femme, histoire de changer un peu de perspective, True Detective ayant la fâcheuse tendance d’en faire des personnages secondaires.

Publicité

La saison 3 de True Detective est diffusée en US+24 sur OCS en France.