Comment Lost a (sérieusement) influencé Westworld

Publié le par Adrien Delage,

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Des symboliques bibliques aux lignes temporelles entrecroisées, Westworld a du Lost en elle et ce n’est pas pour nous déplaire. Attention, spoilers sur les deux séries.

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#1. Le labyrinthe et la Source

Dès les premiers épisodes de Westworld, on comprend que la série possède plusieurs niveaux de lecture. Certains préféreront se concentrer uniquement sur le voyage de l’Homme en noir à la recherche de ce qu’on pense être un lieu, le “Maze” ou “labyrinthe” en français. Un sanctuaire qui, selon le William du “présent”, serait le dernier niveau du parc, mais aussi le centre de celui-ci. Dans la tête des fans de Lost, la recherche du cœur du parc par les personnages fait tilt : Locke pense que l’île lui voue une mission toute particulière, celle de découvrir tous ses rouages, notamment la Trappe de la saison 1.

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Locke et l’Homme en noir seront d’ailleurs déçus. La Trappe ne renfermera que Desmond, occupé à appuyer sur le bouton de la station du Cygne appartenant au projet DHARMA pour “sauver le monde”. Quant à l’Homme en noir dans Westworld, il découvrira que le centre du labyrinthe n’est pas un lieu, mais une métaphore de la quête de conscience des androïdes. Avec cette révélation, la recherche du labyrinthe imaginé par Arnold évoque finalement la Source de Lost, représentant le cœur de l’île.

Le labyrinthe et la Source symbolisent tous les deux une même menace : le cœur de l’île de Lost est une poche électromagnétique suffisamment puissante pour détruire l’île et ainsi libérer le jumeau diabolique de Jacob sur le reste de l’humanité. C’est plus ou moins la même chose dans Westworld. En effet, si les androïdes parviennent à atteindre le centre du labyrinthe, et par là-même la conscience de leur condition, ils chercheront probablement à quitter le parc à la manière de Maeve, et ce dans l’optique de se venger des humains. Dans les deux séries, l’île et le parc de Westworld sont, paradoxalement, à la fois les endroits les plus oniriques et les plus nuisibles pour les Hommes.

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#2. Le temps n’est pas notre ami

Il nous a fallu du temps avant de comprendre que l’intrigue de Westworld était découpée en trois parties. Certains personnages, comme Dolores, évoluent dans des périodes différentes, provoquant une surchauffe dans nos cerveaux de spectateurs. Grâce au season finale, on a enfin pu y voir plus clair. Pour certains c’est la preuve irréfutable que Jonathan Nolan et Lisa Joy, les créateurs de Westworld, maîtrisent leur sujet sur le bout des doigts, contrairement aux scénaristes de Lost. Dans Westworld, on répond à des questions avant d’en poser d’autres, tandis que certaines ne trouveront jamais de solution dans le show d’ABC (à qui appartient l’œil qu’aperçoit Hurley dans la cabane d’Horace, hein ?!).

La narration de Lost est et restera, sauf pour les fans hardcore de la série qui ont reconstitué le puzzle des vies des survivants, un marais boueux dont on ne se sort jamais vraiment. Dès la première saison, les flashbacks des personnages, présentés dans un ordre désorganisé, pouvaient nous rendre fous. Mais avec le season finale de la saison 3 et son superbe twist “We have to go back”, on comprenait alors que J.J. Abrams, Damon Lindelof et Jeffrey Lieber en avaient encore sous le capot en introduisant les flashforwards.

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Enfin, il devient presque superficiel de mentionner les flash-sideways intronisés dans l’ultime saison de Lost, qui finissaient de nous perdre avec l’existence de réalités alternatives. Pour ces bouleversements narratifs, Lost restera à jamais une référence dont les scénaristes de Westworld s’inspirent avec, à première vue, davantage de rigueur et de vigilance.

#3. La lumière VS les ténèbres

C’est le combat le plus vieux du monde : celui du bien contre le mal. Les intrigues de Lost et de Westworld n’y échappent pas, même si parfois les frontières entre gentils et méchants demeurent floues, comme c’est le cas pour Sawyer ou Ford par exemple. Dans le pilote de Lost, John Locke résume cet éternel affrontement par le biais des pièces du backgammon : “Two players, two sides (‘deux joueurs, deux côtés’), explique-t-il à Walt dans la saison 1. One is light, one is dark (‘l’un est la lumière, l’autre les ténèbres’).”

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Plus tard, on découvrira dans la série que le blanc représente également Jacob, le plus vieux gardien de l’île, tandis que le noir symbolise le monstre de fumée noire. Les deux frères s’opposent depuis des siècles sur l’île où se sont écrasés les survivants. Les deux couleurs départagent d’ailleurs visuellement les personnages de Jacob et de l’Homme en noir. De plus, deux acteurs de Lost et de Westworld se ressemblent physiquement : il s’agit de Mark Pellegrino, alias Jacob, et de Jimmi Simpson aka William. Et comme par hasard, ces deux personnages sont liés à l’Homme en noir dans leurs séries respectives.

Westworld propose aussi cette vision du bien et du mal à sa manière. Le personnage de William subit une longue descente aux enfers due à la trop grande liberté qu’offre le parc. Cette plongée du côté obscur s’exprime d’ailleurs physiquement. Il arrive à Westworld vêtu de couleurs claires, choisissant un chapeau blanc au lieu d’un chapeau noir dès le deuxième épisode.

Finalement, après le massacre des Confederados, il optera pour un couvre-chef sombre. Trente ans plus tard, le gentil William deviendra donc l’infâme Homme en noir, partageant le même but que le frère de Jacob dans Lost : libérer un fléau sur l’humanité. Au-delà de cette vision manichéenne, les deux séries ont tendance à opposer deux hommes, deux visions du monde. C’est le cas d’Arnold et de Ford au début de l’histoire du parc notamment, ou encore de l’opposition entre Jack et Locke, symbole de l’éternelle opposition entre la science et la foi.

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#4. L’incident

Dans Westworld, les membres des équipes du parc discutent souvent entre eux d’un tragique événement qu’ils appellent “l’incident”. On comprend dans le season finale du show de HBO qu’il s’agit en fait du massacre perpétré par Dolores et Teddy sous la coupe d’Arnold, quelques années avant l’ouverture du parc. On découvre dans “The Bicameral Mind” que cet événement appartient à une boucle narrative dans laquelle Dolores a cette fois (à vous de juger si son choix est intentionnel ou influencé par un scénario d’Arnold voire de Ford) tué les membres de Delos venus assister au nouveau scénario du créateur du parc.

Il y a également un incident dans Lost. Avant la saison 5, nous n’avons que peu d’informations sur ce cataclysme qui a tout bouleversé. On sait seulement que cette catastrophe a libéré différents fléaux sur l’île dont l’infertilité, diverses maladies et une source d’électromagnétisme.

Dans le season finale de la saison 5, dont les deux épisodes s’appellent judicieusement “The Incident”, on apprend que les personnages de Lost retournés dans les années 1970 sont à l’origine de l’explosion d’une bombe à hydrogène. Dans les deux séries, ces catastrophes forment une boucle à travers le temps, entraînant des bouleversements majeurs pour les personnages.

#5. De mystérieuses entreprises

La Fondation Hanso et Delos sont deux sociétés “invisibles” qui tirent les ficelles dans leur série respective. Tout comme les membres du Projet DHARMA tentent d’exploiter les pouvoirs de l’île, faisant même parvenir des provisions aux survivants, les équipes de Delos tentent de s’emparer des données du parc dans Westworld. Et a priori, les deux entreprises vont échouer dans leur quête de savoir et de prise de contrôle de leur territoire respectif. Dans Lost, on sait d’ailleurs que les scientifiques du Projet DHARMA ont été exterminés par les Autres au début des années 1990.

D’une certaine manière, un schéma d’éradication identique se répète dans les deux séries, si on considère les Autres de Lost comme les androïdes et les survivants comme les invités du parc. Dans les deux séries, ces entreprises puissantes et fortunées tentent de s’infiltrer parmi les groupes de personnages en utilisant des espions (Ethan dans Lost, Theresa dans Westworld). Cette manœuvre est encore plus sournoise dans la série de ABC quand on découvre que les Autres se font passer un temps pour les chercheurs du Projet DHARMA.

#6. Des lieux mystiques et oniriques

Chacune à leur manière, Lost et Westworld ne ressemblent à aucune autre série en termes de lieu d’action. Les équipes de tournage de Lost ont profité des paisibles côtes d’Oahu, situées dans l’archipel d’Hawaï, pour donner naissance à l’île des survivants. Quant à Westworld, ses créateurs ont préféré les canyons safranés et grandioses de la ville de Moab, dans l’Utah, pour retranscrire à l’écran le Far West. Ces deux panoramas présentent un aspect mystique, presque onirique, qui vient appuyer les intrigues mystérieuses qui entourent l’île et le parc de Westworld.

On sait que l’île de Lost se situe d’ailleurs hors du temps et de la dimension humaine. C’est un endroit impossible à trouver si Jacob ne vous y donne pas accès auparavant. Westworld présente à sa manière cette idée d’inaccessibilité : il faut dépenser une certaine somme pour y participer et le seul moyen d’y poser pied est un train futuriste qui sort d’on ne sait où. De plus, si on oublie les flashbacks, flashforwards et flashsideways de Lost, nous n’apercevons jamais le reste de l’humanité dans les deux séries.

Plusieurs internautes de Reddit soutiennent également l’incroyable théorie que le parc serait en fait installé sur une autre planète. Dans les deux cas, l’île de Lost et le parc de Westworld partagent tous deux un point commun indéniable : ils proposent une terre complètement isolée du reste du monde.

#7. Un easter egg bien caché

Si vous doutiez encore des nombreuses similarités entre les deux séries, voici une anecdote qui finira de vous convaincre. L’action se passe dans l’épisode “The Stray” de Westworld. Au début de l’épisode, Dolores et Arnold conversent une nouvelle fois dans une des salles souterraines du parc. Le cocréateur de Westworld décide de lire un passage spécifique des Aventures d’Alice au pays des merveilles. Pour rappel, voilà ce que raconte le fameux extrait :

“Mon Dieu, comme tout est bizarre aujourd’hui. Et dire qu’hier, tout était normal. Peut-être m’a-t-on changée cette nuit.”

Sur quoi Arnold enchaîne : “Est-ce que ce passage te fait penser à quelque chose ?” Et bien figurez-vous que l’internaute de Reddit red_widow a brisé le quatrième mur et trouvé une réponse à cette question dans Lost. La série d’ABC fait elle aussi de multiples fois référence à la littérature et aux ouvrages de Lewis Carroll (une des stations DHARMA s’appelle “The Looking Glass”, “de l’autre côté du miroir” dans la langue de Molière, soit l’intitulé du sequel d’Alice au pays des merveilles).

Pour en revenir à la lecture de Dolores, il s’avère que dans l’épisode “Something Nice Back Home” de la saison 4 de Lost, Jack lit le même passage à Aaron, le fils de Claire. Coïncidence ou véritable easter egg ? À vous d’en décider, mais comme l’ombre de J.J. Abrams plane sur les deux shows, il y a fort à parier que le bonhomme utilise les mêmes références, notamment celle du terrier du lapin, ou “rabbit whole”. C’est un énième renvoi à Alice au pays des merveilles et au lapin blanc qui conduit Alice dans un monde parallèle. Ce n’est alors plus étonnant d’observer de nombreuses similitudes entre Dolores et le personnage d’Alice, toutes deux blondes et dotées d’une grande curiosité.

Qu’elles soient de véritables clins d’œil ou de simples coups du hasard, les références de Westworld à Lost sont innombrables. On pourrait également évoquer les plans où Dolores et Jack ouvrent les yeux, qui sont franchement similaires, ou encore comparer les destinées prométhéennes de Teddy et de Locke. Mais ce qui unit le plus ces deux séries (déjà, pour Westworld) mythiques, avant la quête de chaque connotation biblique, égyptienne ou autre, c’est le voyage qu’elles offrent à notre imagination. Et rien que pour ça, “we have to go back”.