La Casa de papel : le braquage le plus long de l’histoire des séries

Publié le par Marion Olité,

©Netflix

Le braquage le plus long des séries commence à s’essouffler.

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Attention, cette critique contient des spoilers sur la partie 5 de La Casa de papel.

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Netflix a lancé une rentrée placée sous le signe de l’action, avec la mise en ligne le 3 septembre dernier des cinq premiers épisodes de la partie 5 de La Casa de papel. Après un an et demi de hiatus, la production a visiblement réussi à slalomer entre les vagues de confinement pour tourner les dix derniers épisodes (les cinq derniers sont attendus en décembre) d’une série phénomène, et aussi… à bout de souffle.

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À la belle époque, la fiction créée par Alex Pina en 2017 était fraîche, fun et bourrée d’adrénaline, avec un petit sous-texte politique et anarchique (à bas les banques capitalistes, rendez l’argent !) arrivé à point nommé pour illustrer des mouvements de protestation mondiaux contre le capitalisme, comme “los indignados” en Espagne ou Occupy Wall Street aux États-Unis.

Quelques saisons et pas mal de morts plus tard, aucun refrain aussi entêtant que “Bella Ciao” n’est venu retrotter dans nos têtes, les personnages secondaires marquants ne se bousculent pas au portillon (à l’exception d’Alicia Serra, la flic enceinte à la répartie de feu, arrivée en partie 3 et qu’on adore détester) et les scénaristes-bourreaux tuent un protagoniste adoré des fans par livraison d’épisodes, histoire de garder un minimum l’attention du public et de faire parler sur les réseaux sociaux.

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C’est évidemment le gros choc – une mort inattendue – à retenir de ces cinq nouveaux épisodes, où l’on retrouve nos braqueurs et braqueuses toujours embourbé·e·s dans les beaux bâtiments de la Banque d’Espagne. Si le but de l’opération était de voler 92 tonnes d’or, on a la nette impression qu’il s’agit maintenant de voir au moins un personnage sortir vivant de ce merdier.

© Netflix

Les ficelles d’un divertissement bien troussé dans sa première saison sont devenues si grosses qu’elles se sont transformées en cordes. Après la mort extrêmement frustrante de Nairobi dans la partie 4, ces derniers épisodes s’achèvent sur celle de sa BFF et accessoirement la narratrice de La Casa de papel, Tokyo. Un choix qui en dit long sur le désespoir qui règne dans la writer’s room et qui nous rappelle douloureusement qu’à la base, la série d’action espagnole, comme Prison Break en son temps, a été conçue comme une mini-série, bouclée à la fin du premier braquage, celui de la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre.

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Ce type de show ambiance “escape game”, qui se déroule à huis clos, vit mal les rallongements de dernière minute. Après plus de quarante épisodes de bons et loyaux services, les scénaristes en sont donc réduits à tuer les personnages les mieux caractérisés – donc souvent ceux auxquels le public est le plus attaché – pour augmenter artificiellement les enjeux d’une série qui s’est perdue en cours de route, à ajouter toujours plus de protagonistes sans prendre le temps de bien les dessiner (on pense à toi, Marseille).

La fin de Tokyo (Úrsula Corberó, une des révélations de la série, qu’on espère revoir vite ailleurs) s’accompagne heureusement d’un peu de mise en contexte du personnage, qui bénéficie de flash-back dans lesquels on comprend (enfin) l’état d’esprit de la jeune femme au moment d’accepter le premier braquage proposé par le Professeur. Sans être renversantes, ces scènes nous plongent dans une ambiance à la Bonnie et Clyde (avec son premier amour, René, incarné par Miguel Ángel Silvestre) qui nous sort de l’oppressante Banque espagnole, où claquent bombes et coups de fusil depuis un nombre invraisemblable d’épisodes.

Une autre série de flash-back, mettant en scène le personnage de Berlin, qui aura ironiquement davantage été à l’écran sous forme de souvenirs que vivant, vient remplir cette même utilité, et nous rappelle que si spin-off de La Casa de papel il y a, ce personnage inépuisable (et bien problématique, si l’on se souvient de son comportement dans la première saison) est en pole position pour en être le protagoniste.

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© Netflix

Forcés à y aller encore plus fort sur l’action que dans les parties précédentes pour préparer le feu d’artifice final, les scénaristes font littéralement tout péter dans la Banque d’Espagne. L’armée a beau entrer dans les locaux (avec de nouveaux personnages sous-développés donc insipides, juste là pour tirer), l’insupportable Arturo a beau lui-même prendre les armes, on baye aux corneilles devant des scènes vues et revues et une panne d’inspiration bien compréhensible au vu des possibilités restreintes qu’offre le cadre de la série.

Histoire donc de livrer tous leurs épisodes promis à Netflix (on ne va pas se mentir, l’enjeu est là désormais), l’intrigue est étirée au maximum. On compatit avec Stockholm, qui finit par se shooter à la morphine en espérant que le temps passe plus vite et la délivre de sa combinaison rouge et de son p***** de masque de Dali. C’est encore du côté du Professeur – reconverti en sage-femme – qu’on se marre le plus face à l’improbable accouchement d’Alicia Sierra dans sa planque. Lâchée et piégée par sa hiérarchie, cette dernière semble finalement rejoindre le gang, à moins qu’elle ne nous réserve un dernier revirement dont elle a le secret…

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À cinq épisodes du grand final, et en considérant l’impact mondial de la comète La Casa de papel, on sera là pour finir ce braquage, compter les morts (dont pas mal de personnages féminins badass, hein…) et analyser un phénomène éphémère. Mais à l’image des derniers braqueurs debout, Denver, Rio, Stockholm ou Lisbonne, on tire clairement la langue et on devient nous aussi nostalgiques de l’époque où le Professeur, comme les scénaristes de la série, avait vraiment un plan.

Les cinq premiers épisodes de la partie 5 de La Casa de papel sont disponibles sur Netflix. Les cinq derniers de la série seront mis en ligne le 3 décembre prochain.