Pourquoi l’artiste robot Ai-Da a passé 10 jours en garde à vue en Égypte ?

Publié le par Lise Lanot,

© Ai-Da

Une mésaventure ironique pour la robote, censée mettre en lumière les progrès technologiques et en révéler les possibles dérives.

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Pour la première fois de leurs 4 500 années d’existence, les pyramides de Gizeh accueillent cet automne une grande exposition d’art contemporain, “Forever is Now”. En plus de l’illusion d’optique dévoilée par JR, le festival présente les œuvres d’Ai-Da, une artiste robot.

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Conçue par le galeriste britannique Aidan Meller, Ai-Da a été fabriquée par l’entreprise Engineered Arts, “celle-là même qui fabrique les robots de la série Westworld, précisions-nous en 2019. L’humanoïde – qui voit ses œuvres partir pour plus d’un million d’euros et dont le travail a fait l’objet d’expositions solos – a cependant vécu un contretemps à son arrivée en Égypte.

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Le fait qu’elle porte en elle un modem et des caméras intégrées à ses “yeux” a interrogé les autorités égyptiennes. Ces éléments ont maintenu Ai-Da et sa sculpture en garde à vue pendant dix jours, de peur qu’elles ne fassent partie d’un complot d’espionnage, rapporte le Guardian. Ces caméras-yeux lui permettent de réaliser ses œuvres en envoyant “une image à son système, lequel traduit ensuite l’information en une série de traits”.

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Une situation “ironique”

Mercredi 20 octobre, le robot et son immense sculpture de deux mètres sur 2,5 mètres ont finalement été relâchés, quelques heures avant le début de “Forever is Now”. “Ce n’est pas une espionne”, a précisé son créateur auprès du Guardian, soulignant l’ironie de la situation : “Les gens ont peur des robots, je comprends. […] Le but d’Ai-Da est de mettre en lumière les avancées technologiques et d’en révéler les possibles dérives, et elle est retenue parce qu’elle-même est de la technologie.”

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L’installation présentée par Ai-Da à Gizeh interroge les progrès de la technologie moderne et la façon dont ils sont liés à des considérations humaines intemporelles. La sculpture fait référence à l’énigme du Sphinx, qui demande à Œdipe quel être est doté de quatre jambes le matin, deux le midi, et trois le soir.

La bonne réponse, donnée par le héros, est l’être humain – puisque l’enfant marche à quatre pattes, l’adulte se tient debout sur ses deux jambes, avant de vieillir et de s’aider d’une canne. Ai-Da s’est représentée sur trois jambes, pointant de son doigt robotisé les possibilités liées au “prolongement de la durée de vie”.

“Les Égyptiens antiques faisaient exactement la même chose avec la momification. Les êtres humains n’ont pas changé : on désire vivre pour toujours”, développe Aidan Meller sur Instagram. Souhaitant créer des ponts entre les Anciens et les Modernes, Ai-Da a surtout mis en lumière un paradoxe, succombant (presque) aux dangers qu’elle dénonce.

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