Photographe et mannequin, Amadou Ba use de son art pour raconter des histoires fortes

Publié le par Lise Lanot,

© Ueart

Arrivé à Paris avec 200 euros en poche, le photographe s’est taillé un nom et a fait de sa passion son métier. Rencontre.

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Le début de carrière d’Amadou Ba fait rêver. Il a commencé la photo comme un passe-temps, le week-end, à la Réunion, d’où il vient et où il a grandi. À 18 ans, il arrive à Paris avec 200 euros en poche. S’il concède que les premiers temps ont été “chauds”, il commence à vivre de sa passion et, surtout, à se faire un nom au bout de trois petits mois.

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Mais ce n’est pas – seulement – pour sa réussite fulgurante que nous avons souhaité rencontrer le photographe qui multiplie les casquettes (de mannequin mais aussi d’entrepreneur, puisqu’il a monté sa boîte de production audiovisuelle et événementielle, Ueart), c’est aussi pour son travail, pensé pour raconter des histoires.

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Animé par l’idée de “transmettre des émotions”, il réalise des images fortes, habitées par des jeux de lumière qui y deviennent des protagonistes à part entière. Son œil lui a valu des collaborations avec de grandes enseignes comme Givenchy ou Hugo Boss, et il compte bien ne pas s’arrêter là, faisant fi des limites.

Amadou Ba. (© <a href="https://www.instagram.com/ridburman/" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Rid Burman</a>)

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Konbini arts | Hello Amadou, raconte-nous un peu qui tu es.

Amadou Ba | Je m’appelle Amadou Ba, je viens d’avoir 21 ans et je fais pas mal de choses, principalement de la photo, un peu de mannequinat de temps en temps, et, depuis quelques mois, je monte ma boîte de production audiovisuelle et événementielle entre Paris et la Réunion, d’où je viens.

Quand et comment as-tu commencé la photo ?

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J’ai quitté la Réunion vers mes 18 ans, je suis arrivé à Paris en septembre. Je sortais tout juste d’une prépa lettres et je faisais de l’athlétisme à haut niveau en même temps, donc la combinaison du sport et des études, c’était un peu chaud. Le week-end, quand j’avais du temps libre, j’ai commencé la photo avec des potes qui en faisaient déjà. Ils avaient tous leur boîtier donc je leur empruntais pour me faire la main, puis je m’y suis vraiment mis.

Ensuite, tout s’est enchaîné rapidement, j’ai été en contact avec Samsung pour une opération commerciale qui m’a permis de voyager, de rencontrer et d’échanger avec de nouvelles personnes. C’est vraiment ce que j’aime dans ce métier, on est toujours en apprentissage, en contact avec des points de vue différents. Je suis toujours à la recherche d’une ouverture des perspectives. Après cela, j’ai enchaîné les contrats, j’ai travaillé entre autres avec Bape, Asos, Puma, Givenchy et Hugo Boss.

© Ueart

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Comment le mannequinat s’est inséré dans ta carrière de photographe ?

Ça m’est tombé dessus quelques mois avant mon arrivée à Paris, mais ce n’est pas ma priorité, c’est plutôt quand j’ai le temps. Ce qui est intéressant, c’est de pouvoir être devant et derrière la caméra. Mon travail en tant que photographe m’aide dans le mannequinat, parce que je connais mes angles et les lumières, et avoir posé dans des atmosphères nulles me pousse à toujours créer une bonne atmosphère sur mes plateaux, avec mes modèles.

Les fashion weeks m’ont permis de me créer un réseau et de rencontrer des clients du monde entier, j’étais en contact avec des boîtes de communication différentes qui m’ont permis de décrocher plusieurs contrats. Ça a été vraiment dur au début, pendant trois mois je dirais, puis j’ai réussi à en vivre.

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C’est assez fou comme histoire.

Oui, c’est vrai qu’en le disant, je me rends compte que c’est pas mal [rires].

© Ueart

Quels sont tes thèmes de prédilection ?

Je fais beaucoup de portraits. Ce qui me fait kiffer, c’est le ressenti, au-delà même de l’esthétique. Il y a des valeurs que je veux mettre en avant avec mon travail, notamment en rapport avec l’écologie. J’ai fait une photo qui s’appelle “Home” et qui traite de la question de l’abandon, de l’enfance et de l’éducation.

On y voit un enfant abandonné avec une planète qu’on a laissée brûler. Même dans mes photos commerciales, j’essaie de faire ressortir des émotions. Pour moi, il y a une différence entre être photographe et technicien. Tout le monde peut faire une belle photo ; faire ressentir quelque chose, c’est plus compliqué.  

“Home”. (© Ueart/Toile : Nicolas Bijakowski)

“Pour moi, il y a une différence entre être photographe et technicien. Tout le monde peut faire une belle photo ; faire ressentir quelque chose, c’est plus compliqué.”

Comment crées-tu tes images et où puises-tu ton inspiration ?

Ça va dépendre des moments mais, déjà, j’essaie de faire un maximum de choses où je ne m’inspire pas de quelqu’un. Par exemple, je déteste faire des moodboards parce que j’ai l’impression que c’est s’inspirer de plein d’idées de plein de gens et de tout mélanger, sans que ce soit à 100 % toi.

Je préfère dessiner mes shootings et m’inspirer grâce à la musique par exemple. Selon ce que je shoote, je vais me mettre dans un mood grâce à la musique, j’essaie de mettre en images les scènes que ça m’inspire. C’est un peu bizarre à dire, mais c’est un peu comme se mettre dans un rêve éveillé.

© Ueart

Qui sont les personnes que tu photographies ?

En ce qui concerne les commandes, c’est à moi de m’adapter aux personnes embauchées. Pour mes projets personnels, j’ai énormément de potes mannequins donc tout se fait à l’instant T. On est potes, on fait nos photos, si elles sont bien, tant mieux, et si elles sont nulles, tant pis, on ne les sort pas.

Comment se passe un shooting avec toi ?

Je teste énormément de choses. Pour moi, c’est important qu’à la fin d’un shooting, tout le monde soit fier des photos. Je ne dirige pas forcément dès le début, je laisse une liberté d’expression aux gens qui sont sur le shooting et j’ajuste au fur et à mesure, selon les lumières, les poses, les ressentis. Je demande les avis de tout le monde pour trouver un bon mélange tout en gardant ma patte reconnaissable.

Comment définirais-tu ta signature artistique ?

Poétique, je dirais ? Parfois musicale, je ne pourrais pas l’exprimer clairement, mais c’est un travail de ressenti. C’est super dur de devoir se qualifier. Tout le monde évolue, je pense qu’il ne faut pas se mettre de barrières et ne jamais se contenter de faire ce qu’on sait faire.

Ça pourrait résumer ta carrière cette idée de ne jamais se contenter, non ?

Est-ce que ça pourrait résumer ma carrière ? Je crois que oui. Par exemple, quand je faisais beaucoup de photo commerciale et que j’ai commencé à vouloir travailler dans le secteur de la musique, j’y suis allé en me disant : “Allez, pourquoi pas, on y va.” J’ai commencé par des photos plateau sur un clip, ils ont kiffé, donc j’ai été en contact avec le label, puis d’autres, et ça a été un effet boule de neige.

Après, je sais que j’ai énormément de chance déjà, ne serait-ce que d’arriver à en vivre au bout de trois mois, et c’est aussi une question de travail, au sens où plus tu te dis “why not”, plus tu essaies et plus ça va peut-être plaire à des gens et donc t’ouvrir des portes. Tu crées ta chance en quelque sorte.

“Plus tu essaies et plus ça va peut-être plaire à des gens et donc t’ouvrir des portes. Tu crées ta chance en quelque sorte.”

C’est quoi une bonne photo selon toi ?

Je pense que pour prendre une bonne photo, il faut se rappeler une émotion, un souvenir pour le mettre sous la plus belle forme.

Peux-tu me parler de tes jeux avec la lumière, la double exposition ?

J’utilise des lumières qui me parlent. Je déteste la lumière blanche sur mes photos poétiques par exemple, je préfère des tons colorés. Comme j’ai vécu à la Réunion, j’ai grandi avec une lumière dorée – on n’a jamais eu cette lumière bleue de Paris à la Réunion.

Les couleurs qui ressortent le plus sur mon compte, je crois que ce sont des couleurs de couchers de soleil, d’ailleurs. Ce sont des teintes qui me rappellent des émotions hyper fortes. L’idée de la double exposition, c’est parce que je me suis dit que faire une image avec deux photos pouvait amplifier les émotions ressenties.

Didditrix du label de AWA. (© Ueart)

Quels conseils donnerais-tu à de jeunes photographes ?

Je suis partisan de qui veut, peut. Je pense qu’il ne faut pas se décourager, il faut se dire qu’on se connaît assez bien soi-même, qu’on s’estime assez bien, qu’on sait ce qu’on vaut et qu’on peut aller où on veut aller. C’est une question d’ambition, de volonté et de bonheur. C’est pas courant non plus le nombre de personnes qui vivent de leur passion. Je dis souvent à mes potes : “Si je l’ai fait, tu peux le faire.” Quand on croit à son projet, je pense qu’il y a toujours moyen de réussir. Et il faut aussi savoir être très bien entouré.

“Il faut se dire […] qu’on sait ce qu’on vaut et qu’on peut aller où on veut aller.”

Quel est le but de la photo pour toi (s’il y en a un) ?

Résumer de belles histoires. Y’a-t-il un but à faire de la photo à part pour… capturer les plus beaux souvenirs qu’on puisse avoir. Il y a une phrase un peu bateau mais très vraie qui dit : “Les photos sont des fragments de temps qui ne reviennent jamais.” C’est une phrase que je trouve trop cool, elle résume bien. Je pense qu’il n’y a pas forcément de but à la photo, en soi. Enfin, c’est ce que je me dis intérieurement mais il y a tellement de réponses possibles. Mais si je m’écoute, c’est ça, c’est pour résumer de belles histoires.

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Sur le clip de “Moto” avec Ninho et MacTyer. (© Ueart)
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Vous pouvez retrouver le travail d’Amadou Ba sur son compte Instagram et sur le compte Ueart Creative Lab.