Nature et peinture au cœur d’une belle expo sur l’impressionnisme

Publié le par Lise Lanot,

© Homer Winslow/RMN Grand Palais/Musée d’Orsay/Hervé Lewandowski

Le musée des impressionnismes s'intéresse aux peintres américains venus se frotter aux paysages normands.

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À quelques centaines de mètres de la maison de Claude Monet et de ses sublimes jardins, le musée des impressionnismes de Giverny raconte l’histoire et l’influence de ce mouvement pictural né dans la seconde moitié du XIXe siècle. Jusqu’au 3 janvier 2020, le musée se concentre sur l’appropriation du mouvement par des peintres américains au tournant du XXe siècle.

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Arrivés en France vers 1860, ils s’inspirent de l’émulation instiguée quelques années auparavant par des artistes français venus s’imprégner des couleurs et de l’effervescence de la nature normande. L’exposition est organisée de façon chronologique, spatiale et thématique.

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Elle tire son titre, “L’Atelier de la nature”, d’un conseil donné par le peintre paysagiste Asher B. Durand à ses élèves : il leur déconseille de travailler à l’intérieur des murs d’ateliers et les pousse à se confronter à “l’atelier de la nature”.

“Coquelicots en France”, 1888. (© Robert Vonnoh/Terra Foundation for American Art)

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Près de 90 œuvres, prêtées en grande partie par la Terra Foundation for American Art, retracent l’évolution de “l’art du paysage” chez différents artistes américains, tels que James Abbott McNeill Whistler, Homer Winslow, George Bellows, John Leslie Breck ou George Inness – on notera bien sûr l’absence totale de peintres femmes.

L’exposition débute aux États-Unis, avec un passage en revue des représentations de la nature américaine et de ses grands espaces dans les années 1860. Les tableaux exposés troublent par leur lumière chaude et puissante éclairant plaines, montagnes et étendues d’eau.

“Le Bassin aux nymphéas”, 1887. (© Willard Metcalf/Terra Foundation for American Art)

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La relation entre la nature et les hommes interrogée

La nature y est présentée par rapport à l’homme (toujours présent, soit physiquement, soit à travers l’activité humaine) : en faire un sujet d’étude est un moyen de participer à la construction du roman national de la patrie.

Tandis que certains artistes occultent la réalité génocidaire vécue par les Amérindien·ne·s en imaginant une tranquille scène d’une tribu “installée le long d’une rivière”, d’autres se mettent au défi de photographier les grands espaces de l’Ouest. Cette documentation des territoires finira de convaincre le Congrès de voter la création du premier parc national des États-Unis, Yellowstone. 

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“Le marais de Newburyport : orage approchant”, vers 1871. (© Martin Johnson Heade/Terra Foundation for American Art)

Le suite de l’exposition prouve l’évolution de la relation entre les peintres et la nature. Arrivés en France, ils décident qu’il ne s’agit plus seulement d’imiter la nature mais de “recomposer le paysage”. À la suite des impressionnistes français, les artistes américains tentent de retranscrire les émotions humaines suscitées par la nature. James Abbott McNeill Whistler affirme par exemple que l’artiste doit améliorer la nature en la peignant.

S’éloignant du modernisme, les Américains se tournent vers l’École de Barbizon puis vers l’impressionnisme. Les formats rapetissent, les angles de vue sont modifiés, les touches de peinture se font plus visibles, les changements liés au soleil et à la météo aussi. Plus que ressentie, la nature est réimaginée et interprétée.

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“Études d’un jour d’automne numéro 2”, 1891. (© John Leslie Breck/Terra Foundation for American Art)

Un voyage temporel et spatial

À la veille de la Première Guerre mondiale, les artistes expatriés s’en retournent aux États-Unis et tentent d’appliquer ces nouveautés picturales aux paysages américains urbains, en Nouvelle-Angleterre notamment.

La commissaire de l’exposition Katherine Bourguignon, conservatrice à la Terra Foundation for American Art, se réjouit de permettre une redécouverte de ces œuvres en les faisant revenir à l’endroit où elles ont été réalisées pour les mettre en perspective avec les paysages normands, et ce dès la sortie du musée. En quelques salles puis à l’extérieur du musée, l’heure est à l’exaltation de la nature et de l’échange artistique.

“Nuit d’été”, 1890. (© Homer Winslow/RMN Grand Palais/Musée d’Orsay/Hervé Lewandowski)
“Les Palissades”, 1909. (© George Bellows/Terra Foundation for American Art)
“Matin dans un village breton, Larmor”, 1884. (© Dennis Miller Bunker/Terra Foundation for American Art) 
“Matin sur la digue, Shinnecock” vers 1897. (© William Merritt Chase/Terra Foundation for American Art)
“L’Été à Montclair”, 1877. (© George Inness/Terra Foundation for American Art)
“Arbres en fleurs à Giverny”, 1891-1892. (© Theodore Robinson/Terra Foundation for American Art)
“Le Fleuve Hudson à West Point”, 1864. (© Alfred Thomson Bricher/Terra Foundation for American Art)
“Variations en violet et vert”, 1871. (© James Abbott McNeill Whistler/RMN Grand Palais/Musée d’Orsay/Patrice Schmidt)

L’exposition “L’Atelier de la nature” est visible au musée des impressionnismes de Giverny jusqu’au 3 janvier 2021.

Konbini arts, partenaire du musée des impressionnismes de Giverny.