Les coiffures traditionnelles nigérianes modernisées par la photographe Juliana Kasumu

Publié le par Damilola Odufuwa,

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“Pour être honnête, c’est un vrai mélange. Je remarque que beaucoup de gens, noirs comme blancs, portent un regard sur mes cheveux basé sur l’exotisme […]. Je veux dire, je me suis déjà retrouvée dans des situations absolument ridicules où des gens se jetaient sur moi pour toucher mes cheveux, comme si Dieu leur avait donné un ordre. D’autres ont déjà sauté dans un bus pour me prendre en photo. C’est exaspérant.”

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Si certains sont fascinés par les cheveux crépus, d’autres font preuve d’un véritable rejet, triste symbole du racisme ordinaire.

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“De l’autre côté du spectre, je reçois occasionnellement des remarques douteuses de membres de ma famille, d’amis, de Nigérians, parfois d’étrangers qui me suggèrent fortement de me lisser les cheveux. Tout ça m’indique que le processus de décolonisation de leur esprit a encore un long chemin à parcourir.”

Elle poursuit en expliquant qu’elle a pu noter une véritable évolution au cours des dernières années :

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“Lentement, j’ai vu qu’en créant un dialogue autour de ces sujets et en se questionnant sur les raisons pour lesquelles il faudrait toujours opposer cheveux lisses et crépus, j’ai pu voir que les esprits s’ouvraient peu à peu. C’est inspirant.”

La photographe remarque aussi que lorsque certaines coiffures deviennent populaires, la plupart des gens n’ont pas la curiosité de découvrir leur origine ou l’histoire qui se cache derrière, préférant rester à la surface des choses et ne se focalisant que sur le côté esthétique :

“Il y a eu des changements d’état d’esprit au sujet de ces coiffures […]. À présent, je suis heureuse  d’avoir l’occasion de discuter avec des femmes africaines qui se sont senties inspirées par ma série de photos ou même par leurs propres souvenirs d’enfance. Certaines retournent voir des coiffures et les adaptent à leur propre style.”

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Face à l’uniformisation de la beauté, les femmes noires sont régulièrement invitées par les grands noms de l’industrie cosmétique à se conformer aux standards européens. Un constat qui a convaincu Juliana Kasumu que garder ses cheveux crépus au naturel pouvait être considéré comme un acte militant :

“Pour beaucoup, les cheveux noirs sont devenu un moyen de se lever contre la disparition politique de l’image des personnes noires dans leur ensemble […]. Il est important de souligner que la plupart des politiques ont été imposées par d’autres, à travers un prisme ethnocentrique et une vision extérieure de ce qu’était le corps des personnes noires […]. Avec les avancées technologiques, nous sommes en train d’essayer de gagner en indépendance vis à vis de l’influence occidentale. C’est une belle chose que je ne considère pas forcément comme un mouvement politique, mais plutôt comme un moyen de guérison pour les différentes communautés d’Afrique et la diaspora du continent.”