Être artiste pour aimer la vie : les œuvres poignantes de Gao Bo

Publié le par Lisa Miquet,

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La Maison européenne de la photographie (MEP) consacre une grande rétrospective à Gao Bo. De photographies tibétaines à des créations en volume plus récentes, l’exposition nous plonge dans l’univers du célèbre artiste chinois. 

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Gao Bo repousse depuis plus de trente ans les limites de la photographie. Son travail mêle à la fois performance, photographie, peinture et installation. Si l’artiste a toujours eu un besoin fondamental de créer, tout d’abord en s’essayant au dessin puis à la musique, il devint surtout photographe par hasard. En effet, Gao Bo a rapidement été reconnu pour ses photos, sans vraiment l’avoir cherché.

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Alors qu’il était étudiant aux beaux-arts, il avait réalisé dans le cadre d’un exercice quelques photos de nu avec un appareil emprunté à l’un de ses professeurs : ce simple travail scolaire lui aura permis de recevoir le très prestigieux prix Hasselblad. C’est en 1985, durant son voyage au Tibet, qu’un véritable déclic s’est produit chez l’artiste. Fasciné par la découverte d’une nouvelle culture, il a immortalisé les traditions tibétaines, les rites des moines bouddhistes et la vie quotidienne de ce peuple empreint de spiritualité. Ses images sont réalisées avec une maîtrise du cadrage et une lumière saisissante.

Toutefois, c’est à ce moment-là que Gao Bo a eu le sentiment d’avoir atteint les limites du medium photographique et a commencé à imaginer des manières de réinventer son travail. Après un long cheminement, il a repris ses tirages du Tibet – véritable voyage initiatique pour l’artiste – et les a recouvert d’encre et même de son propre sang. Une manière pour lui d’ajouter une couche supplémentaire de matière et une strate additionnelle de sens. Depuis cette expérience, Gao Bo a décidé d’aller de plus en plus loin, repoussant les limites de sa démarche artistique.

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Une volonté d’expérimentation

Après avoir fait le choix radical de recouvrir ses clichés de son propre sang, l’artiste a sans cesse eu besoin d’expérimenter, d’effectuer de nouvelles recherches formelles. Il imprime alors des tirages monumentaux, qu’il expose, puis qu’il recouvre de peinture noire et qu’il tente par la suite de nettoyer. Un rapport instinctif, presque viscéral : une volonté de tout effacer, puis “d’effacer l’effacement”. Un fonctionnement cyclique qui nous questionne sur la disparition, la trace ou encore le temps qui passe.

Par la suite, il n’hésitera pas à explorer la destruction en tant que processus créatif. Il a par exemple brûlé l’intégralité d’une série de portraits de condamnés à mort qu’il avait réalisés, pour pouvoir en récolter les cendres. Plus que les photos, c’est ce qu’il crée autour qui est intéressant. L’image devient alors une matière première, une trace du passé, un prétexte pour une exploration plus profonde. À travers ses expérimentations, Gao Bo crée des ponts qui réunissent photographie, installation, performance et sculpture. La radicalité de sa démarche mélange à la fois recherche plastique spectaculaire et introspection conceptuelle.

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L’art comme nécessité vitale

Loin des travaux lisses et propres, les œuvres de Gao Bo sont raturées, déchirées, coupées, recollées. Mélangeant sang, cheveux, bandages, branches ou encore peinture noire, l’artiste façonne des œuvres en volume, qui deviennent presque organiques. Il interagit avec ses créations, pour leur donner vie et semble avoir un rapport compulsif à la matière. À travers ses œuvres mouvantes et éphémères, l’artiste nous livre ses angoisses les plus intimes. Un univers glauque et atypique, qui pourtant touche à des sentiments universels : la peur, la colère et la douleur.

La création semble d’ailleurs être un acte vital pour l’artiste, un processus cathartique qui lui permet d’expier ses peines, d’exorciser sa colère. Il crée pour s’apaiser mais surtout pour survivre. Si l’art lui permet d’aimer la vie, les murs de la Maison européenne de la photographie contextualisent sa souffrance et expliquent la difficile histoire personnelle de l’artiste, puisqu’avant de se suicider devant ses propres yeux, sa mère lui a dit  :

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 “Sens-toi libre d’aimer l’humanité. Pour ce qui est de la haine, je m’en suis chargée.”

Un bagage lourd, qui explique l’univers torturé de l’artiste. Une exposition sombre mais inspirante qui, par la portée universelle des thématiques abordées par l’artiste, ne peut que nous toucher d’une manière ou d’une autre.

Exposition Gao Bo, du 8 février au 9 avril 2017 à la Maison européenne de la photographie

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