Des installations interactives à expérimenter à la Fête des lumières de Lyon

Publié le par Lise Lanot,

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Le centre lyonnais s’apprête à accueillir un public autant spectateur qu’acteur des créations exposées.

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Le compte à rebours avant le lancement de la Fête des lumières lyonnaise s’accélère. Du 6 au 9 décembre, la ville se parera d’installations lumineuses, dans la continuité d’une tradition vieille de plusieurs siècles.

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Comme nous le rapportions il y a peu, l’événement se veut participatif et de nombreux artistes à l’origine des 80 œuvres installées ont pensé leurs créations en lien direct avec les spectateurs, attendus en nombre cette année encore. C’est pourquoi nous avons rencontré Helen Eastwood, du collectif LNLO, et Stéphane Buellet, du studio Chevalvert, artistes à l’origine d’œuvres qui ne demandent qu’à s’épanouir avec l’interaction humaine.

Cells, quand la lumière donne vie à la pierre

Helen Eastwood et Laurent Brun forment le duo LNLO. Elle était architecte d’intérieur et créatrice de bijoux, tandis que lui travaillait en tant qu’ingénieur électronique dans le jeu vidéo. Depuis une collaboration sur une lampe modulaire finalement exposée en plusieurs exemplaires durant l’édition 2008 de Paris Nuit Blanche, le tandem navigue entre les festivals lumineux.

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Ils sont tout deux de grands habitués de la Fête des lumières. Cette édition 2018 signe l’anniversaire de leur dixième participation à ces rencontres luminescentes et, à cette occasion, la ville de Lyon leur a fait le cadeau de leur laisser carte blanche et la devanture du théâtre des Célestins, dans le centre-ville, pour s’exprimer.

Helen Eastwood et Laurent Brun/LNLO, “Cells”, musique de Xavier Thiry, simulation de l’édition 2018. (© Fête des Lumières, ville de Lyon)

Sur la façade massive du bâtiment, le duo projette Cells, “une animation non-stop, générative et aléatoire” présentant des “cycles de vie autonomes qui se déroulent sous les yeux des spectateurs”, précise Helen Eastwood. L’artiste détaille la façon dont le duo a d’abord passé du temps à analyser chaque petit détail du monument :

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“On crée une véritable intimité avec l’architecture, on va regarder tous les détails, les formes, les dessins, les reliefs, les pleins, les vides… Et à partir de là, on rêve ! Cette fois-ci, ce qui nous a sauté aux yeux, c’est l’éclectisme de la façade du théâtre des Célestins, mélange de classique, d’antique et de baroque.

Tellement de styles et d’époques mêlés, presque une chimère architecturale, aux gènes multiples. Alors on a eu envie de puiser dans tous ces gènes, les isoler au hasard et inventer des créatures à partir de ces détails si variés.”

La myriade d’ornements et de recoins a titillé leur imagination jusqu’à se représenter la façade comme un organisme mouvant, dans lequel lumière et son s’accompagnent. La projection devient une mise en abyme du lien entre les organismes vivants et la façon dont évoluent les spectateurs devant les œuvres :

“Le bâtiment des Célestins, comme une matrice-mère, donne alors vie à de petits organismes ou ‘Créatures Architecturales’ (une volute, une pierre, un bas-relief, un tronçon de colonne, un extrait de frise ou de fronton, un morceau de sculpture, d’ange, de lion, de masque, etc.) qui évoluent sur la façade, grandissant, se déplaçant, se croisant, se multipliant pour créer des tableaux inédits et surprenants, lentement mouvants. Cycle par cycle, les vies, les espèces, les créatures se succèdent dans une évolution douce et naturelle, à contempler sans modération !”

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Wish Blow : un défi technique pour nous amener à rêver

Helen Eastwood et Laurent Brun/LNLO, “Wish Blow”, simulation de l’édition 2018. (© Fête des lumières, ville de Lyon)

Helen Eastwood et Laurent brun sont également à l’origine de Wish Blow, une création qui s’annonce époustouflante – et c’est le cas de le dire, puisque le public est invité à souffler sur des sphères lumineuses qui se détachent du sol face à l’intensité du souffle et du vœu souhaité par le participant. Helen Eastwood raconte que la création est apparue dans les rêves de son acolyte :

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“Il a rêvé qu’il soufflait des bulles de lumières… Lorsqu’il me raconte cela, au détour d’une conversation banale, soudainement, on a tous les deux un moment de blanc – on se regarde, on pense la même chose : on tient là une idée lumineuse ! Les défis, on aime ça, et les défis techniques surtout, Laurent adore, alors ni une ni deux, je déclare : ‘Tu vas le faire, tu vas concevoir une installation où chacun pourra souffler des bulles de lumières !’

Pour moi, pas de doute, c’est la pensée magique, comme lorsque petite, je soufflais sur les pissenlits en faisant un vœu méticuleusement choisi : ici, on veut proposer aux gens d’y croire, de faire un vœu et de lui insuffler vie et lumière. Faire un vœu, faire un rêve, c’est se connecter à ses désirs profonds, et c’est le tout premier pas, nécessaire, vers leur réalisation. Rêver, c’est déjà la moitié d’une réalité. Il ne restait donc plus que l’autre moitié… créer l’installation !”

Et si le résultat semble minimaliste, sa réalisation fut une grande entreprise d’ingénierie :

“Nous avons planché d’abord sur le design de la sculpture, on voulait créer des sphères de lumières les plus aériennes possible et donner une impression d’envolée. Que la structure métallique nécessaire disparaisse au profit d’une sensation de légèreté et de lumière flottant dans l’espace.
Ensuite, Laurent s’est attelé à la réalisation d’un capteur de souffle. Et à la conception d’un logiciel sur mesure qui, lorsqu’il reçoit les informations du souffle émis, envoie les animations lumineuses et sonores en synchronicité.

Laurent a passé plus d’un mois chez nos partenaires Haitian Lantern, à Zigong en Chine, en usine avec une équipe dédiée de techniciens pour superviser la fabrication de la sculpture et faire un montage complet de l’installation afin de la tester en situation réelle.”

Absolument tout le monde est invité à tenter sa chance et insuffler de la force dans ses vœux : “C’est enfantin : il faut simplement du cœur, de l’imagination et du souffle… Car plus on souffle longtemps, plus ça s’illumine… Et plus les chances de voir notre vœu se réaliser augmentent… ! Si, si !”, s’enthousiasme la designeuse.

Selon elle, les créations interactives créatives sont intéressantes pour le public, qui est actif, mais aussi les artistes, qui deviennent à leur tour spectateurs lorsque leurs œuvres prennent vie au contact des participants. Helen Eastwood commente même de manière philosophique ce genre de pratique artistique :

“Le point fort de l’interactivité dans l’art et dans ce genre d’événement grand public, c’est de faire comprendre immédiatement aux spectateurs qu’ils peuvent (doivent ?) être acteurs – de l’œuvre en particulier… Mais par extension de la vie en général. D’emblée le message est là : si l’on veut, on peut ! Participer, décider, avoir un impact, un rôle à jouer. Il faut oser. Questionner nos intentions, nos capacités, nos désirs profonds. Et y aller. Agir.”

Rythmus, un battement de cœur, et la lumière fut

Le studio Chevalvert propose cette année une installation mettant en lien la lumière, soit l’origine cosmique de l’existence humaine, et les battements du cœur, l’origine physiologique de la vie humaine. Stéphane Buellet, membre du studio, a répondu à quelques questions concernant ce projet assez hypnotique.

Cheese : Bonjour Stéphane, pourrais-tu me décrire Rythmus et la genèse de sa création ?

Stéphane Buellet : Dans Rythmus, la main, et par extension le corps, devient les moyens pour se connecter à la fois à notre rythme biologique et à une sculpture interactive circulaire. Cette installation matérialise les battements cardiaques de deux personnes qui, face à face, sont connectées à un réseau circulaire de totems de lumière interactifs.

Cette rencontre basée sur la question de notre rythme biologique nous paraissait à la fois attirante et contemporaine (nous pensions à la biométrie et aux mesures de performances personnelles, souvent très froides et rationalisées). Le principe de Rythmus est de rendre visible ce que l’on ne peut que ressentir intérieurement. Exposer au public les pulsations de son cœur, à la fois personnelles et abstraites. La particularité du projet est d’accueillir deux pulsations cardiaques distinctes et de les lier dans une trame narrative en tentant de les faire entrer en résonance.

Peux-tu m’en dire un peu plus sur les dessous techniques du projet ?

La structure de l’installation est composée de 36 totems de lumière programmables, disposés en forme de cercle. Deux des totems comportent des capteurs de pouls qui vont capter les infimes variations de circulation sanguine dans les doigts des utilisateurs. Les données recueillies nous permettent de créer une collection de tableaux lumineux interactifs qui vont évoluer progressivement et tenter de fusionner les deux pulsations.

Le public est invité à “prendre part à la captation”, ce qui est justement l’étymologie du verbe “participer”. Il suffit que l’utilisateur pose son doigt sur l’un des deux plots de captation et la connexion avec l’installation se déclenche. Si un second participant se connecte face à lui, la rencontre “pulsative” s’initie alors et engendre une écriture lumineuse commune.

<span class="s1">“Rythmus”, une création du Studio Chevalvert. Contributeurs : Stéphane Buellet, Arnaud Juracek, Patrick Paleta, Julia Puyo, développement technique et fabrication : Hémisphère/Chevalvert, production : Mirage Festival/Dolus & Dolus. (© Création originale/Lyon/La Fête des lumières, 2018)</span>

N’importe qui peut participer ?

Toute personne de 0 à 99 ans (ou plus) ayant envie d’initier un dialogue avec Rythmus, un alter ego et le public.

Mettre en scène l’invisible, est-ce quelque chose d’important et de récurrent dans le travail de Chevalvert ?

Oui, complètement. C’est un des axes de création que nous développons depuis plusieurs années, notamment dans Stratum, l’année dernière, où nous visualisions la présence d’un geste dans l’espace, ou encore Murmur, en 2013, où nous rendions visible le son en le transformant en lumière.

Dans Rythmus, ces cycles de lumière vont “vivre” en raccord avec le rythme de la fréquence cardiaque des utilisateurs. Une collection de tableaux interactifs, basés sur la notion de représentation du rythme cardiaque, va se déployer et évoluer selon les concordances et différences des rythmes cardiaques des utilisateurs.

Qu’espérez-vous susciter chez les participants et le public ?

Une fois l’index posé sur le capteur, la sensation de “connexion” entre l’installation, l’utilisateur et le partenaire se déploie progressivement et l’on ressent un sentiment envoûtant. Cette sensation quasi physique de prolonger son propre corps par la lumière et le mouvement nous intéresse. Ce que l’on espère, c’est que les participants puissent le ressentir et que le cœur du public s’emballe aussi.

<span class="s1">“Rythmus”, une création du Studio Chevalvert. Contributeurs : Stéphane Buellet, Arnaud Juracek, Patrick Paleta, Julia Puyo, développement technique et fabrication : Hémisphère/Chevalvert, production : Mirage Festival/Dolus & Dolus. (© Création originale/Lyon/La Fête des lumières, 2018)</span>
<span class="s1">“Rythmus”, une création du Studio Chevalvert. Contributeurs : Stéphane Buellet, Arnaud Juracek, Patrick Paleta, Julia Puyo, développement technique et fabrication : Hémisphère/Chevalvert, production : Mirage Festival/Dolus & Dolus. (© Création originale/Lyon/La Fête des lumières, 2018)</span>
<span class="s1">“Rythmus”, une création du Studio Chevalvert. Contributeurs : Stéphane Buellet, Arnaud Juracek, Patrick Paleta, Julia Puyo, développement technique et fabrication : Hémisphère/Chevalvert, production : Mirage Festival/Dolus & Dolus. (© Création originale/Lyon/La Fête des lumières, 2018)</span>

La Fête des lumières, c’est du 6 au 9 décembre 2018 à Lyon.