Dans les années 1990, un strip-club féministe et ses clients documentés par Cammie Toloui

Publié le par Donnia Ghezlane-Lala,

© Cammie Toloui

"La vérité, c’est que je trouvais qu’être strip-teaseuse était très libérateur", confie la photojournaliste.

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5 Dollars for 3 Minutes, c’est le nom de l’ouvrage de Cammie Toloui, qui a immortalisé la vie dans un strip-club féministe de San Francisco durant les années 1990. La jeune féministe et musicienne travaillait à l’époque en tant que strip-teaseuse au Lusty Lady Theater quand elle a eu l’idée de commencer cette série témoignant avec simplicité de son quotidien.

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“Les clients qui payaient pour voir son corps nu et pour la regarder se toucher bénéficiaient d’une ristourne s’ils acceptaient d’être photographiés”, écrit la maison d’édition Void, qui publie son livre. C’est dans ce contexte que l’artiste s’est faufilée avec son appareil photo et a commencé à demander à ses fidèles de leur tirer le portrait en échange d’un show particulier. Son premier client participant a fini par y prendre goût et à revenir régulièrement, révèle Cammie Toloui à i-D.

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© Cammie Toloui

Un club progressiste

En noir et blanc, la photographe iranienne tirait donc le portrait sans jugement de ses client·e·s vulnérables derrière sa vitrine, un peu comme cette scène dans Paris, Texas, en nouant des relations plus profondes qu’elles n’y paraissent. “C’était comme une thérapie pour eux aussi. […] C’était un espace sûr. J’aidais mes clients à exprimer cette chose qu’ils avaient besoin de sortir. Je les respectais, surtout quand ils m’autorisaient à les prendre en photo car c’était intense”, raconte l’artiste rebelle à i-D.

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Le Lusty Lady Theater était d’ailleurs connu pour son approche féministe de la discipline : tous les corps y étaient acceptés et les danseuses jouissaient d’une protection accrue vis-à-vis de leurs client·e·s.

© Cammie Toloui

Le club a fini par être quasiment géré par ses performeuses. “On parlait de choses qui semblaient radicales même dans un club punk. On pouvait monter sur scène avec un spéculum et montrer aux femmes comment s’auto-examiner, ou parler de menstruations – tout ce qui dégoûte un peu les garçons”, se remémore-t-elle auprès d’i-D.

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Le male gaze inversé

“Chaque photo révèle un large éventail de sexualités, de fétichismes et d’aspects souvent privés de la masculinité”, détaille l’éditeur qui ajoute que la photographe est parvenue à cette époque et dans ce contexte à inverser le male gaze et les rapports de domination qui se trouvent dans les strip-clubs. “Elle a pris le contrôle.” 

“La vérité, c’est que je trouvais qu’être strip-teaseuse était très libérateur. Qui l’aurait cru ?! Cela m’a permis de me débarrasser de mes inhibitions sexuelles. Cela m’a permis de rencontrer des femmes intelligentes, radicales, ouvertes et très amusantes.

Cela m’a permis d’avoir un revenu décent, d’être indépendante et de financer mon diplôme universitaire [en photojournalisme, ndlr]. Et cela m’a offert une formidable opportunité créative qui a abouti à une vie de reconnaissance artistique positive et finalement à ce livre”, confie la photojournaliste à i-D.

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© Void
Couverture de l’ouvrage 5 Dollars for 3 Minutes de Cammie Toloui, publié aux éditions Void. (© Void)
Quatrième de couverture de l’ouvrage 5 Dollars for 3 Minutes de Cammie Toloui, publié aux éditions Void. (© Void)

5 Dollars for 3 Minutes de Cammie Toloui est publié aux éditions Void. Une playlist Spotify, concoctée par la photographe elle-même, accompagne la sortie du livre.