Au Liban, l’exil de la communauté arménienne documenté par Ara Oshagan

Publié le par Lise Lanot,

© Ara Oshaga

Une souffrance transmise de génération en génération, racontée entre ombre et lumière.

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Les mots et les images viennent à manquer quand il s’agit de raconter la souffrance de l’exil, d’un génocide et de ses répercussions à travers les générations. C’est sans doute en réponse à ce caractère indicible que les photographies d’Ara Oshagan semblent tant emplies de mystère.

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Le noir et blanc de ses images nous plonge dans une errance entre ombre et lumière à travers les rues de Beyrouth. Les flous mystérieux des photos semblent indiquer qu’elles ont été prises à la va-vite, nous plaçant dans une position quasi voyeuriste.

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Réveillon du Nouvel An de la famille Sarkissian, Nor Sis, 2013. (© Ara Oshagan)

La poésie des compositions, des angles inhabituels et du grain de l’image fait cependant barrage à ce sentiment. Finalement, c’est une douceur intemporelle et une grande liberté laissée à l’imagination, au hors-champ, qui se dégagent des pages de l’ouvrage Displaced.

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Une « dislocation » racontée en mots et en images

Né dans la capitale libanaise, le photographe arménien Ara Oshagan se raconte comme le produit d’une « dislocation multi-générationnelle et d’une identité diasporique ». Sa famille, retrace-t-il sur son site, a dû se déraciner à cause du génocide et s’installer dans la communauté arménienne de Beyrouth.

Forcée de fuir, à nouveau, lors de la guerre civile libanaise, la famille est ensuite arrivée, « sans un sou, aux États-Unis ». « Je n’appartiens pas à un seul pays, une seule langue ou une seule nationalité. Je vis entre plusieurs langues et cultures, entre plusieurs façons de vivre et de penser. Mon identité est transnationale et ambiguë : c’est un processus. »

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Cimetière arménien de Bourj Hammoud, Dekwaneh, 2014. (© Ara Oshagan)

Le photographe cherche, à travers son travail, à explorer « les ambiguïtés de l’identité », les porosités des frontières « physiques, culturelles et linguistiques » et les communautés marginalisées. Pour son dernier livre, Displaced, il est parti à la rencontre de familles et d’inconnu·e·s dans les rues de Bourj Hammoud, quartier considéré comme le « fief de la communauté arménienne du Liban ». 

Ses images émouvantes et fines sont accompagnées de mots signés Krikor Beledian. Le poète arménien partage des textes descriptifs et semi-autobiographiques destinés à ancrer le lectorat dans les paysages et moments captés par Ara Oshagan. Mots et images forment ainsi une alliance pour raconter l’indicible, avec force poésie.

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Nor Marash, 2018. (© Ara Oshagan)
Nor Marash, 2018. (© Ara Oshagan)
Centre arménien de Mesekin, Nor Amanos, 2017. (© Ara Oshagan)

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Camp Sanjak, Bourj Hammoud, 2013. (© Ara Oshagan)
Antar, ancien membre de milice, Nor Marash, 2018. (© Ara Oshagan)
Famillee Kazezian, Nor Marash, 2017. (© Ara Oshagan)
American University of Beirut, Beirut, 2014 © Ara Oshagan.(© Ara Oshagan)
Procession de Pâques à l’Église catholique apostolique arménienne Saint Sarkis, Nor Sis, 2018. (© Ara Oshagan)
Nor Marash, 2018. (© Ara Oshagan)
Famille Debligossian, Nor Marash, 2018. (© Ara Oshagan)
Couverture de Displaced. (© Ara Oshagan)

Displaced d’Ara Oshagan est publié aux éditions Kehrer Verlag.