Sony Leaks : les États-Unis ressuscitent l’esprit de la guerre froide

Publié le par Thibault Prévost,

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Après la publication des archives de Sony après le piratage, en novembre 2014, des serveurs de l’entreprise, des échanges de mails révèlent la collaboration entre plusieurs groupes médiatiques américains et leur gouvernement pour lutter contre la Russie et l’État islamique. 

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Comme vous pouvez le constater, nous avons un certain nombre de défis à relever pour contrer les versions d’ISIL [un autre acronyme de l’État islamique] au Moyen-Orient et des Russes en Europe centrale et orientale. Dans les deux cas, des millions et des millions de gens sont exposés à une version déformée de la réalité. Et ce n’est pas quelque chose que le Département d’État peut faire tout seul.
Suite à notre conversation, j’aimerais rassembler un groupe de responsables de médias qui pourraient nous aider à réfléchir à comment répondre à ces importants défis. Cette conversation portera sur des idées, du contenu et de production, de possibilités commerciales. Je vous promets que ce sera intéressant, fun et gratifiant.

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Ce texte, qui peut sembler vague au premier abord, émane de la boîte mail de Mark Lyndon, PDG de Sony Pictures Entertainment (SPE), au contenu piraté en novembre dernier par un groupe de hackers et publié le 16 avril par Wikileaks parmi les milliers de documents des archives Sony. L’homme qui propose cette réunion est Richard Stengel, ancien journaliste devenu responsable de la diplomatie et des affaires publiques de l’administration Obama.
Suite à ce message, daté du 15 octobre 2014, le PDG de Sony va répondre, un mois plus tard, en communiquant à Stengel le nom de grands dirigeants de médias disposés à participer à cette réunion :

Okay, les gars sont James Murdoch [président de 21th Century Fox et fils de James Murdoch, magnat des médias], Drew Guff [PDG de Siguler Guff, entreprise de gestion de fonds], David Goldhill [PDG de Game Show Network], Andy Bird [PDG de Walt Disney International], Phil Kent [ex-PDG de Turner Broadcasting] et moi. Est-ce que ce sera suffisant pour toi ?

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Hollywood contre le reste du monde

La proximité intime entre l’État américain et l’industrie culturelle ne date pas d’hier. Comme le montre très clairement Étienne Augé pour Slate, la stratégie diplomatique américaine contemporaine a toujours inclus un volet propagandiste et, par la même, l’utilisation décomplexée de son formidable appareil médiatique.
Dans les années 40, c’était Hollywood contre les nazis (et Disney assurait les cours d’histoire pour enfants) ; dans la seconde moitié du XXè siècle et dans un monde bipolarisé, la propagande américaine se concentre sur le « Rouge« , symbole du bloc de l’Est, avec des films comme Patton, Top Gun ou Rambo.
À l’implosion de l’URSS, l’hégémonie culturelle américaine est totale… jusqu’au 11 septembre 2001, et l’identification d’une nouvelle idéologie à abattre. Après avoir vaincu le Nazi et le Rouge, Hollywood doit maintenant gérer le terroriste islamique – qui, en retour, connaît par cœur son fonctionnement – tout en gardant un œil sur les soubresauts russes. Une table patriotique à laquelle les grands médias sont évidemment conviés.

Gouvernement, médias, la collusion des pouvoirs

Difficile de deviner ce que cette réunion entre cinq géants de l’infotainment et le chargé de la diplomatie américaine donnera de manière concrète sur les programmes américains sans tomber dans une lecture complotiste. Verra-t-on fleurir des séries, des téléfilms et des émissions aux accents patriotiques vantant les charmes du modèle américain et de son combat pour la liberté ? Assistera-t-on à une « Foxisation » des journaux télé ?
Il est probable que la stratégie mise en place soit bien plus subtile que cela. Quoi qu’il en soit, si l’information n’a en soi rien de nouveau, la divulgation des emails de Sony aura au moins permis de prouver, irréfutablement, la dangereuse collusion entre les appareils médiatiques et étatiques américains et la volonté, réelle, de ressusciter un dispositif de propagande à très large échelle. God bless.

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