Le rap marocain séduit la France et s’affirme dans le monde avec l’album Safar

Publié le par raphaelmuckensturm,

Le projet Naar crée un nouveau pont pour le rap méditerranéen, en s'affranchissant beaucoup du modèle américain.

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“Loin du rêve à l’américaine”, “Arbi d’ici ou d’ailleurs, on veut le monde” : voilà ce qu’on peut entendre dans le morceau “Babor” du collectif Naar, signé Shayfeen et Hornet la Frappe sur l’album Safar sorti vendredi 13 septembre. Ces lyrics d’Hornet soulignent la promiscuité des rappeurs français et maghrébins, qui se sentent loin de l’“American dream”.

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Au-delà de cette track, le projet vise à rapprocher les rappeurs séparés par la Méditerranée. Une tendance qui s’installe dans le rap français depuis deux ou trois ans : le grand public commence à connaître les rappeurs Madd, Shobee et la nouvelle étoile montante Issam, dont un concert parisien avait été annulé pour une histoire de visa l’année dernière.

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Concrètement, le projet Naar, c’est une grosse maison transformée en studio à Casablanca qui a vu défiler de très beaux noms du rap français : Dosseh, Lomepal, Laylow, Koba LaD, Hornet la Frappe, Nelick, Jok’Air et Nusky. Mais aussi DrefGold pour l’Italie, Kaydy Cain (Espagne), Kareem Kalokoh depuis la Grèce, et même Jazz Cartier venu représenter le Canada et Amir Obè des États-Unis se font happer dans les sonorités marocaines.

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Niveau productions, on retrouve là aussi des associations entre ces différentes nationalités, entre Eazy Dew, Thomas André ou encore King Doudou qui sont venus collaborer avec leurs homologues marocains. Les sonorités qu’on y retrouve apportent une nouvelle couleur au rap français où l’on devine des restes de raï et de musique traditionnelle maghrébine. On pense au morceau “Bad B” de Tagne (Maroc) et Nusky (France) où ce dernier s’incorpore dans un univers qu’on ne lui connaissait pas, tout en apportant sa sonorité propre.

Le projet qui ressort de toutes ces collaborations est donc logiquement profond et riche. Et même sans parler arabe, on est ému au moins par les mélodies qui ancrent pour longtemps l’influence de la musique maghrébine dans la trap. C’est ce que résume Hornet la Frappe :

“Même si tu ne comprends pas la langue, tu comprends les placements, tu comprends les prods. Je trouve que cette musique-là va créer quelque chose d’énorme. C’est de la musique qu’on aime. On laisse parler nos cœurs et au final on n’a pas besoin de trop comprendre.”

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Une vraie réussite donc, qu’on voyait arriver depuis le très gros succès de “Money Call” de Shobee, Laylow et Madd sorti en février dernier.

Une nouvelle influence dont les artistes français se sentent proches. Bien plus proches que de leurs confrères américains. L’histoire avec nos voisins d’outre-Atlantique, prometteuse il y a 20 ans avec notamment une collaboration entre IAM et le Wu-Tang Clan (La Saga), ressemble aujourd’hui à un rendez-vous manqué. Serait-ce la fin de l’hégémonie de l’influence américaine sur le rap français ? Il semblerait que oui.

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Safar confirme une tendance née il y a quelques années qui favorise des collaborations européennes et surtout méditerranéennes aux dépens de featurings hors de prix avec des grands noms des États-Unis. En effet, depuis quelques années, la scène rap française a multiplié ces collaborations plus “locales” : Lacrim et SCH avec Sfera Ebbasta, Niska est apparu sur l’EP Europa de Diplo, MHD s’est offert l’immense Salif Keita pour l’intro de son dernier album…

Cette tendance résonne avec les propos que tenait justement Niska sur le plateau de Mouloud Achour récemment en déclarant :

“Le rap français n’a plus besoin des États-Unis… Aujourd’hui il y a d’autres musicalités qui se sont ouvertes… On s’inspire plus des musiques que l’on a écoutées à la maison : des musiques africaines, des musiques que nos parents nous ont fait écouter, il y a eu aussi de l’urbain en Afrique à un moment donc tu mixes tout ça et ça donne une culture.”

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Bisous les Ricains, en gros. Et c’est aussi ce sentiment de proximité avec les rappeurs marocains qui ressort de la bouche des rappeurs français. Comme on peut le voir dans ce documentaire making-of du projet Naar.

Il faut dire que ça semble logique tout ça. La France est le résultat de son histoire, et donc de son histoire coloniale aussi. Il y a aujourd’hui de plus en plus de Français se sentant proches des pays méditerranéens ou africains. Ses rappeurs le reflètent bien.