Pourquoi la mannequin et activiste Adwoa Aboah nous fascine tant

Publié le par Naomi Clément,

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Invitée à tenir une conférence au festival Bread & Butter, qui s’est déroulé du 1er au 3 septembre derniers, cette jeune Londonienne est devenue, grâce à son projet Gurls Talk, la porte-parole d’une nouvelle génération de femmes bien décidées à en finir avec leurs tabous. Retour sur un parcours inspirant.

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À 25 ans, elle est l’un des noms les plus courus de la sphère mode. Depuis l’explosion de sa carrière en 2016, Adwoa Aboah a posé pour les magazines les plus réputés de l’industrie fashion, à l’instar de Vogue ou i-D, défilé pour les plus grands créateurs, parmi lesquels Dior ou Versace, et incarné quelques-unes des plus grosses campagnes du moment, dont celles de Calvin Klein ou du géant H&M. Un palmarès impressionnant, qu’elle doit sans doute à son allure androgyne, caractérisée par une voix grave surprenante, un vestiaire qui fait fi du mot “genre”, et un crâne surmonté de quelques millimètres d’épaisseur de cheveux. Sans oublier son parcours aussi chaotique qu’inspirant, dans lequel se reconnaît aujourd’hui plus d’une fille de sa génération.

Née le 18 mai 1992 à Londres, Adwoa Aboah est la fille de Camilla Lowther, connue pour avoir lancé quelques-uns des photographes les plus talentueux de ces trois dernières décennies via son agence CLM, et de Charles Aboah, fondateur de Compass Location, une entreprise qui vise à dénicher des lieux de prestige pour des grands noms de la mode, tels que Burberry, Chloé ou encore le Vogue américain. À 13 ans, elle part de son propre chef dans un pensionnat situé en dehors de la capitale, dans laquelle elle possède tous ses repères. “Ça a été un moment charnière, décryptait-elle pour The Telegraph en mars dernier. Avant d’aller là-bas, j’étais vraiment heureuse.”

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Avec sa peau métisse, ses cheveux bouclés retenus en tresses et ses innombrables taches de rousseur, l’adolescente, d’une timidité maladive, se sent comme prise au piège dans un corps qu’elle ne supporte pas. “Je voulais juste être quelqu’un d’autre”, confiait-elle en 2016 dans un épisode de The What’s Underneath Project, une série vidéo créée par StyleLike U qui invite différentes personnalités à se mettre à nu (au sens propre, comme au figuré) devant l’objectif. “Je voulais ressembler à toutes ces filles qui m’entouraient alors à l’école : blondes, blanches, avec les yeux bleus… celles que les garçons adoraient.” Un mal-être profond, qui finit par la faire tomber, à seulement 14 ans, dans l’isolement, l’alcool et la drogue dure – la kétamine, principalement, un anesthésique puissant, souvent utilisé pour endormir les chevaux. Elle poursuit dans l’épisode :

“J’en prenais tous les jours. Ce que je préférais, c’était rester seule dans ma chambre, et en prendre toute la journée. À l’époque, les gens qui évoluaient autour de moi étaient eux aussi dans la drogue, donc pour moi, c’était quelque chose d’assez normal.”

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La remontée vers la surface

Cette descente dans les enfers de la dépression, dont elle tentera de s’échapper en suivant une cure de désintoxication intensive en Arizona, au cœur du désert américain, s’intensifie en même temps que sa carrière de mannequin décolle (elle intègre l’agence de mannequins anglaise Storm à ses 18 ans). En s’exposant sous le feu des projecteurs, la jeune Adwoa Aboah continue paradoxalement de se couper du monde et de développer, avec une force peut-être plus grande que jamais, une véritable haine d’elle-même, qui aboutira, à l’âge de 23 ans, à une tentative de suicide en octobre 2015.

“J’ai fait une overdose, relate-elle, non sans émotion, devant les caméras de The What’s Underneath Project. Je suis restée quatre jours dans le coma… Après quoi, mes parents m’ont placée en soins psychiatriques pendant un mois. Ça m’a permis d’être préservée de moi-même, en quelque sorte.” Elle précise :

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“Le fait d’avoir constamment été jugée sur mon apparence m’a clairement menée à faire émerger une sorte de seconde peau, de carapace à laquelle j’ai fini par m’habituer. Mais avec le recul, je réalise à quel point ce milieu a contribué à faire naître en moi un nombre incalculable d’insécurités. Si tu es mal dans ta peau, alors peu importe le nombre de fois où les gens te disent que tu es belle, peu importe le nombre de contrats que tu décroches. À cette époque, je ne voulais tout simplement pas être Adwoa.”

Il faudra attendre le réveillon de Noël 2015, quelques semaines après sa sortie de l’hôpital psychiatrique, pour que la jeune femme décide d’entreprendre un changement radical, et de commencer à s’accepter enfin. “Ce soir-là, j’étais entourée de toute ma famille : mes cousins, mes parents, ma sœur… Je les ai regardés, et là, je me suis dit : ‘Putain, je suis tellement heureuse d’être en vie !’ Depuis ce jour, je n’ai jamais cessé de m’ouvrir, de parler, de faire tout ce que mes proches me disent de faire (aller à des réunions, voir mon thérapeute de façon régulière…). Et depuis, j’ai eu la chance d’avoir des opportunités incroyables.”

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En mai dernier, Adwoa Aboah défilait pour présenter la collection croisière 2018 de Dior.

Gurls Talk : encourager les femmes à briser leurs tabous

En l’espace de quelques mois, sa vie change alors du tout au tout. En plus de poser pour les magazines les plus réputés de l’industrie et de défiler pour les plus grands créateurs de mode (de Marc Jacobs et Coach à New York, à Versace et Fendi à Milan, en passant par Dior et Chanel à Paris), la mannequin décide de donner vie, courant 2016, à Gurls Talk : un mouvement qui s’inspire de sa propre expérience et invite les femmes du monde entier à parler ouvertement de leurs angoisses, leurs addictions, leurs insécurités, et ainsi à sortir de l’isolement. “J’ai créé Gurls Talk car, selon moi, il n’y avait pas vraiment d’espace dans lequel les gens, notamment les filles, pouvaient se sentir à l’aise pour parler de sujets intimes, tels que leurs relations amoureuses, leurs règles, le sexe ou les maladies mentales, a-t-elle commenté. Il s’agit d’un espace où les sujets qui sont a priori anecdotiques deviennent importants.”

Soutenu par plusieurs personnalités inspirantes, dont la chanteuse Lykke Li (qui nous révélait sa part d’ombre en 2014), ce projet, dont le but est également de former une véritable communauté dans le monde entier, donne rapidement naissance à une série documentaire produite par i-D en 2016. Adwoa Aboah s’y attaque à des thématiques tantôt taboues, tantôt controversées, qui visent néanmoins toutes à libérer les femmes du poids de la société : les règles, l’égalité des genres, la pratique du strip-tease… Autant de sujets que la jeune Londonienne explore en profondeur, en s’entretenant avec des femmes fortes et engagées, comme l’artiste Kiran Gandhi, ancienne batteuse de M.I.A., la rappeuse Brooke Candy, ou encore l’actrice et activiste Lina Esco, à l’origine du film Free the Nipple (2014).

Forte de ces multiples rencontres, Adwoa Aboah était récemment invitée à prendre part au festival Bread & Butter, qui s’est déroulé du 1er au 3 septembre derniers à Berlin. Épaulée de trois autres actrices du mouvement féministe, que sont la mannequin transgenre Maxim Magnus, la créative Holly Gore et la psychologue Dr Lauren (qui s’est adonnée, tout au long du festival, à des séances de psy avec les visiteuses), notre militante a mis sur pied une conférence aussi touchante qu’inspirante, à l’occasion de laquelle elle a tenu à rappeler le but de sa cause :

“Tu n’es pas obligée d’être la meilleure version de toi-même ; tu peux juste être toi-même.”

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“Si tu veux réaliser quelque chose de grand, arrête de demander la permission”, pouvait-on lire sur les murs d’une pièce dédiée au projet Gurls Talk d’Adwoa Aboah, au Bread & Butter.