Marc Jacobs retire des ventes un t-shirt à l’imprimé néo-nazi

Publié le par Théo Chapuis,

Le t-shirt imprimé par Marc Jacobs : cachez ces boots que je ne saurai voir.

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Le créateur de mode Marc Jacobs n’en a pas fini de heurter la morale. Heurter celle de l’argent, d’abord. Souvenez-vous : Kidult, le street artist militant, avait graffé le mot “ART” en lettres gigantesques sur la boutique londonienne du styliste en 2012, afin de dénoncer le vide artistique dont celui-ci faisait preuve selon le graffeur. Pied de nez ultime de la part de Marc Jacobs : celui-ci avait alors décidé de vendre un t-shirt avec la photo de la devanture du shop vandalisé pour… 686 euros. Un t-shirt avec une photo, oui.

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Aujourd’hui, ce n’est pas par l’argent que le scandale arrive, mais plutôt par le biais politique. Un nouveau modèle de t-shirt vendu par le créateur déclenche une polémique qui dépasse de loin l’arrogance du créateur ou sa vacuité artistique mise en avant par certains détracteurs. Il s’agit d’un t-shirt blanc orné de d’une paire de rangers avec les noms “Marc” et “Jacobs” en guise de lacets.

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La récupération, jusqu’où ?

Jusque-là, pas de problème. Après tout, dans notre monde occidental, il n’est plus étonnant de retrouver la culture skinhead diluée dans la pop culture, et finalement récupérée, hélas, par la mode : des publicités Camaïeu proposant de s’habiller “en mood rock” aux chroniqueurs de Canal+ qui portent des t-shirts Black Sabbath, des harrington ou des bombers aux paires de Doc Martens.

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Sauf que cette paire de rangers imprimée sur un t-shirt hors de prix va bien plus loin. Elle ressemble étrangement à la pochette de l’EP d’un groupe de musique britannique tristement célèbre : Skrewdriver. La formation pratique le rock against communism, soit un punk rock de skinhead qui professe non seulement la haine des idées de gauche, mais la glorification du nationalisme, jusqu’au néo-nazisme. Ci-dessous, la pochette de Boots And Braces / Voice Of Britain, l’EP incriminé.

Et Skrewdriver était plus qu’un groupe néo-nazi. Déjà parce que son histoire ne se réduit pas à cela. À l’origine de cette formation séminale dans l’histoire du punk oï!, le groupe a été fondé par Ian Stuart en 1976 et a commencé en jouant des reprises des Who et des Stones. Rien de très méchant là-dedans. Sauf qu’entretemps, Ian Stuart se politise et joue pour un public de plus en plus bonehead, soit la mouvance politisée à l’extrême droite des skinheads (qui, on vous en parlait déjà ici, ne sont pas une tribu simple à comprendre pour le néophyte).

Si finalement le groupe a pris une orientation nationaliste, c’est parce que Ian Stuart a pris pour sa part une orientation clairement néo-nazie. Et est finalement devenu l’un des groupes phares de cette scène underground friande des affrontements avec les punks d’extrême gauche et autres anti-fascistes. Apprenez que l’EP en question propose sur sa tracklist des titres de chansons aussi sympathiques que “White Power”, “Smash The I.R.A.” ou encore “Invasion”, qui, on s’en doute, ne traitent pas tout à fait de l’amitié entre les peuples. Allez, pour le “plaisir”, on s’écoute la chanson éponyme.

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Skrewdriver – Boots And Braces

Logiquement embarassée, la firme de Marc Jacobs a tout de suite tenu à retirer le t-shirt de la vente et a assuré son ignorance sur la ressemblance – pourtant frappante – entre son visuel et celui de l’EP sorti en 1987. Un porte-parole de la marque de luxe a déclaré à la publication new yorkaise The Cut :

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Il a été porté à notre attention que l’image d’un de nos tee-shirts est similaire à celle utilisée par un groupe. Nous ne cherchions pas à établir une connexion avec ce groupe ni à faire une déclaration d’aucune sorte. Nous avons retiré nos tee-shirts de nos boutiques et invitons nos points de vente à faire de même.

Pour résumer ? Marc Jacobs est soit coupable d’ignorance, de récupération d’une contre-culture au service de la toute-puissante mode ou, bien pire, de concupiscence avec les pires idées d’extrême droite. A vous de choisir.

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