Les ONG forcées d’interrompre le sauvetage des migrants en Méditerranée

Publié le par Théo Mercadier,

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La création au large de la Libye d’une zone interdite aux navires étrangers a forcé plusieurs ONG, dont Médecins sans frontières, à suspendre leurs missions de sauvetage.

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Coincées entre le marteau et l’enclume, entre deux États ayant tout intérêt à ce qu’elles ne poursuivent pas leurs opérations de sauvetage, trois ONG, dont Médecins sans frontières (MSF), ont annoncé ce week-end l’arrêt temporaire de leurs activités en Méditerranée. En cause, la création par la Libye, avec le soutien de l’Italie, d’une large zone interdite aux navires étrangers (dont ceux des ONG), sauf autorisation expresse du gouvernement libyen. Ironie du sort, cet espace fermé aux associations qui sauvent des vies chaque jour est bien mal nommé “zone de recherche et de sauvetage”

Les ONG y craignent une escalade des tensions avec les gardes-côtes libyens. “On est dans le flou mais on a déjà vu des garde-côtes libyens tirer. Il y a une réelle volonté aujourd’hui d’empêcher les bateaux d’intervenir pour effectuer des sauvetages”, s’est alarmée Corinne Torre, chargée de mission France pour Médecins sans frontières, sur Europe 1 samedi matin.

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Résultat, les bateaux de sauvetage sont forcés d’amarrer au port le plus proche. Le Prudence, navire de MSF et plus gros bâtiment de sauvetage en Méditerranée, avait accueilli le nombre record de 1 500 personnes fin mai. Aujourd’hui, il est amarré dans le port de Catane, en Sicile. Les organisations Sea Eye et Save the Children sont dans le même cas de figure. “Nous laissons un vide mortel en Méditerranée”, déplore Michael Buschheuer, fondateur de Sea Eye, structure qui a sauvé 12 000 personnes depuis avril 2016.

“Une attaque inacceptable à la vie”

Le seul navire associatif qui naviguait encore samedi dans les eaux internationales, selon BFM, est l’Aquarius, de SOS Méditerranée. Mais pour combien de temps ? Car les ONG sont confrontées à deux murs, de part et d’autre de la mer. Une situation orchestrée conjointement par l’Italie et la Libye, et que déplore Loris De Filippi, président de MSF Italie :

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“Les États européens et les autorités libyennes sont en train de mettre en œuvre conjointement un barrage à la possibilité pour des personnes de chercher la sécurité. C’est une attaque inacceptable à la vie et à la dignité des personnes.”

De son côté, l’Italie s’est réjouie de cette mesure drastique, et a tenu à saluer un “rééquilibrage en cours en Méditerranée” pour freiner les départs de migrants de la Libye vers les côtes italiennes. En quatre ans, ce sont 600 000 malheureux qui ont débarqué sur son territoire, en grande partie aidés par les opérations de sauvetage des ONG. Depuis le début de l’année 2017, on estime que plus de 2 000 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée. Des chiffres alarmants, en constante croissance, qui légitiment l’action des ONG.

Cependant, face à l’évidence, les autorités italiennes jouent la carte de la fermeture. Elles ont ainsi imposé aux ONG une “charte de bonne conduite” afin d’entraver leurs opérations. Pour le gouvernement italien, les associations “[favorisent] l’immigration clandestine” en se substituant aux passeurs. Une rhétorique tordue qui commence à faire son chemin dans l’opinion :

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