Inversions, la première revue gay et militante de France est née en 1924

Publié le par Florian Bardou,

A voir aussi sur Konbini

Condamnés pour “propagande anti-conceptionelle”

Dans le troisième numéro, paru en février 1925, les auteurs, Gaston Lestrade et Gustave-Léon Beyria, deux employés des postes originaires du Gers, expliquent que cette revue révolutionnaire est menacée d’interdiction pour outrage aux bonnes mœurs. En avril 1925, la revue, qui s’appelle désormais L’Amitié pour déjouer l’interdiction, publie en catimini son dernier numéro.
Un baroud d’honneur ? Ses gérants, Beyria et Lestrade, sont condamnés deux ans plus tard, le 31 mars 1927, par la Cour de cassation à trois mois de prison et 100 francs d’amende pour “propagande anti-conceptionelle”. Le verdict des juges est ce jour-là sévère :

Publicité

“Chaque page de cette publication constitue une cynique apologie de la pédérastie, un appel systématique aux passions homosexuelles et une incessante provocation aux plus malsaines curiosités ; […] on ne saurait assimiler à une étude sérieuse, à une œuvre littéraire, la publication incriminée qui ne poursuit d’autres buts que la glorification de l’homosexualité et le recrutement de nouveaux adeptes de la pédérastie.”

Publicité

Les deux Gersois sont cependant les seuls à être condamnés malgré les très nombreuses signatures – la plupart sont des pseudonymes – que compte dans ses quatre numéros Inversions. Adolphe Zahnd, un tapissier suisse-allemand de 24 ans, qui partage l’appartement de Gaston Lestrade – son compagnon ? –  dans le 7e arrondissement de Paris, est relaxé.
Les autres collaborateurs d’Inversions ont-il été couverts par Beyria et Lestrade ? D’ailleurs qui sont-ils ? Dans le livre Inversions. Une autre histoire de la première revue gay française, publié en janvier 2016, l’éditeur Michel Carassou, spécialiste des avant-gardes des années 1930, apporte de nouveaux éléments qui pourraient éclairer l’histoire de la presse LGBT française et internationale. L’ouvrage reproduit notamment en fac-similé les textes, dont il n’existerait plus à ce jour que trois collections connues en France.

Avant Inversions, le précédent Akademos ?

Née dans les milieux anarchistes