Avec D.D.M 2, Gianni confirme sa prédisposition à narrer la rue

Publié le par Guillaume Narduzzi,

©Victor Laborde

Dans Warm Up, on réalise un focus sur des artistes dont vous allez (sûrement) entendre parler dans les mois à venir.

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Figure déjà bien connue des amateurs de rap francilien, Gianni monte en régime au fil des mois. Après s’être fait remarquer grâce à ses freestyles bouillants sur YouTube, l’artiste romainvillois a décidé de passer la seconde en cette année 2019. Si son EP D.D.M paru l’année dernière s’était révélé prometteur, le jeune homme a lâché la mixtape Géhenne en février dernier, un premier long projet de dix pistes plus convaincantes les unes que les autres – dont les remarquables “Rétro”, “Temps” et “Nostalgique” pour ne citer qu’elles. 

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Une progression brutale mais par à-coups que le rappeur souhaite dorénavant poursuivre avec D.D.M 2. Un acronyme derrière lequel Gianni se livre sans concession sur la vie qu’il a toujours vécue, faite certes de béton et de stup’, mais surtout d’injustice. Car s’il faut retenir une caractéristique du bonhomme, c’est bien sa capacité à conter avec poésie et froideur la rue, la vraie, telle qu’elle est. Et dire que ce n’est là que le début d’une carrière qui s’annonce particulièrement riche. Entretien lucide avec un réaliste.

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Qui es-tu ?

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Je suis Gianni. C’est à la fois mon nom de scène et mon vrai nom. Je n’ai pas eu besoin de prendre un pseudonyme car tout ce qui me caractérise est propre à moi. Aucun rôle. 

D’où viens-tu ?

Je viens de Romainville dans le 93. C’est là où j’ai passé une grande partie de ma jeunesse, jusqu’à maintenant d’ailleurs. J’ai aussi grandi dans le 77 à Nemours où j’ai vécu une partie de mon adolescence. Sinon mes racines sont en Afrique, en République Démocratique du Congo. Le fait d’y retourner pour le clip “Enfant du pays” a été important pour moi, ça m’a rappelé des souvenirs de mon enfance. Je me suis vraiment senti chez moi, un vrai “muana mboka” [personne d’origine congolaise, ndlr] comme on dirait chez nous. 

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Où et quand es-tu né ?

Je suis né à Kinshasa en 1996.

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Quand et comment est-ce que t’as commencé la musique ? 

Comme tout le monde je pense, avec des petits freestyles sur une instru par ci par là, quand j’étais petit. L’envie m’est revenue il y a trois ou quatre ans, je suis reparti en studio pour enregistrer mes premiers titres.

Tu as eu d’autres projets auparavant ?

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Je posais avec des potes du 77 avant, mais c’était plus des trucs d’ados sans la prétention de se dire rappeur. Quand les choses sont devenues plus sérieuses, il y a de cela quelques années, j’étais en solo.

Qu’est-ce que tu faisais avant la musique ? 

Je menais la vie d’un jeune de cité classique. Une vie de jeune débrouillard qui cherche à s’en sortir. 

©Victor Laborde

Quel a été ton parcours ?

Si on parle de parcours musical, j’ai commencé à enregistrer deux titres en studio mais sans réelle conviction. Puis j’ai fais mon premier clip sur Daymolition avec “Côté Rio”. De là j’ai rencontré l’équipe Bluesky avec qui on a continué de travailler les titres, affiner mon univers. On a sorti quelques morceaux sur ma chaîne YouTube pour pouvoir nous démarquer et, à la venue de D.D.M saison 1, tout s’est enchaîné assez rapidement. Je pense que c’est le premier projet qui a marqué un “step”. Ensuite, on a sorti la mixtape Géhenne et là on sort la saison 2 de D.D.M

Quelles sont tes influences musicales ?

J’écoute de tout tant que j’aime bien. Mais je dirais le rap français pour l’écriture, sachant que les mots ont une réelle portée et une force s’ils sont bien utilisés. Le rap américain pour le flow et les mélodies, et enfin de la musique africaine aussi, car je viens du Congo. C’est, pour moi, le berceau de la musique africaine.

Comment as-tu été découvert ?

Avec “Côté Rio”, j’ai eu pas mal de bons retours. Le clip avait assez bien tourné sur Daymolition et je pense que c’est grâce à ça que Bluesky m’a approché.

Comment tu décrirais ton univers artistique ?

Je pourrais pas spécialement y mettre mille et une description, si ce n’est qu’il est sincère et vrai. Je raconte ce que je vis, ce que je vois, ce que mon entourage vit. Un quotidien assez sombre, parsemé de moments de joie, mais qui ne durent que très peu de temps car la réalité te rattrape toujours. Et la réalité dans laquelle nous vivons nous n’est pas rose. C’est pour ça que plusieurs personnes catégorisent ma musique comme “mélancolique”, mais ce n’est pas un choix que j’ai fait, c’est plus quelque chose qui m’est tombé dessus par rapport à mon vécu. Je ne pense pas que tu puisse chanter la joie si t’as surtout connu la tristesse et la solitude.

Qu’est-ce que signifie D.D.M ?

“Une dose de moi”. En mettant en chanson ma vie et mon quotidien, c’est une dose de moi que je partage avec mon clan.

Tu as déjà dévoilé un projet intitulé Géhenne cette année. Avec le recul, comment juges-tu cette sortie ?

C’est un projet qui nous représente bien. L’atmosphère varie d’un son à l’autre tout en gardant un ADN assez commun. Après D.D.M, j’ai vu que j’avais passé un certain cap et il fallait sortir un premier projet pour concrétiser ce bout de chemin. Géhenne a bien rempli sa mission. Se présenter est toujours compliqué. J’ai préféré le faire avec ma musique, pour que le clan se fasse une image de moi avec les différents sentiments et émotions que mon son peut provoquer.

T’es signé sur quel label ? 

Bluesky, depuis deux ans maintenant.

Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis ?

Plein de choses, à partir du moment où toutes les conditions sont réunies. Que ce soit en termes d’infrastructure ou d’équipe, on  travaille mieux. 

Selon toi, quels sont tes axes de progression ?

Dans la vie de tous les jours, on essaie toujours d’être un meilleur homme qu’hier. On peut toujours s’améliorer. Musicalement, je pense pouvoir encore progresser sur la façon d’écrire, ainsi que le flow et la mélodie.

©Victor Laborde

Comment t’abordes la scène ?

Je n’ai pas encore fait de scène, mais je n’ai pas spécialement d’appréhension. Voir son public, c’est un moment unique. Tu vas à la rencontre des gens qui t’écoutent sur Spotify et YouTube. C’est un moment à vivre. 

Quelles seraient les meilleures conditions pour écouter ta musique ?

Personnellement, ça serait avec un joint de beuh [rires].

Tes futurs projets ?

Le nouvel EP D.D.M 2 qui sort ce vendredi 25 octobre avec les formats longs des titres que j’ai envoyés sur Instagram, “Comme avant”, “Enfant du pays” et “Allo”, un titre que vous pourrez découvrir, ou redécouvrir pour les plus à l’affût de mon actualité. Pour la suite, on verra.

Le mot de la fin ?

“Et c’est pas fini…”