Mais les paillettes, c’est quoi et ça vient d’où au fait ?

Publié le par Kirkis,

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Elles brillent et c’est magique ! Loin d’être futiles, les paillettes sont au centre de notre culture visuelle, et ce depuis très, très longtemps.
Certain∙e∙s les aiment, mais la réalité est que les paillettes n’ont pas la cote, en dehors du monde du spectacle et de l’enfance. Pourtant, ces minuscules bouts de plastique qui brillent et se faufilent partout ont beaucoup à nous dire.

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Les origines préhistoriques de la paillette

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la paillette n’est pas une invention moderne empreinte de futilité : l’humanité utilise les paillettes depuis bien avant la création du plastique. Il y a 30 000 ans déjà, nos ancêtres préhistoriques utilisaient le mica, broyé avec les autres pigments, pour créer un effet pailleté sur les peintures rupestres, et ce quelles que soient leurs origines culturelles ou géographiques.
Les Mayas également utilisaient le mica pour faire briller les murs de leur temple lors de certaines occasions, tandis que les Égyptien∙ne∙s ont exploité les propriétés réfléchissantes des minéraux, voire même des élytres d’insecte pour faire briller leurs visages de mille feux.
La fascination des femmes et des hommes pour les choses qui brillent n’est donc pas récente, et la paillette tient une place importante dans la culture visuelle dès les premiers gestes artistiques de l’humanité.

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L’invention de la paillette moderne : un pur hasard

Le mica est un minéral que l’on utilise encore aujourd’hui pour faire briller certaines peintures ou enduits, même si on utilise davantage aujourd’hui des paillettes acryliques, réalisées à partir de plastique.
Mais l’invention de la paillette “moderne” est en réalité accidentelle. En 1934, dans le New Jersey, l’Américain Henry Rushman travaille dans une entreprise qui cherchait un moyen de se débarrasser des déchets plastiques en les broyant. Lors du processus de destruction des déchets, Rushman se rend compte alors que des résidus de plastique finement broyés (les premières paillettes modernes) avaient la faculté de capter la lumière, de briller donc.
L’entreprise de Rushman, Meadowbrook Invention, existe encore, et elle est aujourd’hui dédiée à la seule production de paillettes. Des paillettes auxquelles l’entreprise propose de multiples applications telles que le maquillage, la mode, la création de carte de vœux, l’impression ou même le marquage au sol.
Si les premières paillettes artificielles sont donc issues de déchets, de vieilles bouteilles en plastique dont personne ne voulait plus et dont il fallait se débarrasser, aujourd’hui, elles sont fabriquées à partir de feuilles de plastique renforcées d’une feuille d’aluminium. C’est ce qui permet non seulement de proposer une palette large de couleurs, mais aussi de renforcer son pouvoir réfléchissant.

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Amour et désamour de la paillette

Fun, jolies, résolument kitsch, les paillettes deviennent rapidement un archétype du mauvais goût, et notamment parce qu’elles sont des produits plastiques (et donc non nobles) et qu’elles sont associées à des produits manufacturés qui relèvent de la futilité.
Le monde du spectacle en particulier s’empare de cette poudre brillante qui donne un surplus de magie aux tenues les plus extravagantes du cabaret ou du carnaval. La scène musicale aussi tombe littéralement amoureuse de la paillette, les mouvances glam rock et disco en étant des parfaits exemples. Mais plus proche de nous, la pop ne boude pas son plaisir, et les plus célèbres comme Rihanna ou Lady Gaga se sont couvertes de paillettes, que ce soit via le vêtement ou le maquillage.
Nous renvoyant à un imaginaire féerique et enfantin, les paillettes se répandent particulièrement sur les univers “girly” des jeunes filles fortement influencées par un imaginaire de princesse développé tout particulièrement par la licence Disney. Une association du magique et du féminin qui se poursuit jusque dans la sexualité adulte, avec le fâcheux scandale des paillettes dans le vagin qui s’avère en réalité plus proche du canular que de la réalité.

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De l’art pailleté

Le monde de l’art lui-même est victime de la chape du bon goût, et la précieuse huile sur toile semble toujours plus considérée esthétiquement que la si futile paillette. Pourtant, dès 1973, l’artiste français Robert Malaval met de la paillette dans ses peintures. Une approche picturale qui réintroduit un paramètre dans l’appréciation de la couleur : le scintillant.

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Depuis, les artistes toujours plus nombreux∙se∙s emploient les paillettes à des fins esthétiques ou conceptuelles. L’artiste suisse John Armelder produit des coulées de couleurs pailletées à même le mur, tandis que l’américain Victor Davson réalise des Jhandi Flags qui rassemblent peinture, paillettes et sequin dans des compositions abstraites.

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En 2005, Liam Gillick déverse une étendue de paillettes rouges à même le sol du Palais de Tokyo à Paris. Les visiteur∙se∙s peuvent déambuler dans cette poudre volatile et littéralement en mettre partout dans le musée, et certainement à l’extérieur aussi. Pour qui a déjà joué avec autant de paillettes connaît le cauchemar des services d’entretien qui devront nettoyer ensuite les lieux.
Dans un même esprit, l’artiste Ann Veronica Janssens déverse en 2017 à l’institut d’art contemporain de Villeurbanne une étendue de paillettes d’un bleu éclatant, entre féérie et lagon tropical. Particulièrement lumineuse, cette étendue de plastique parvient à nous faire oublier qu’il ne s’agit pourtant que de paillettes.

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Recouvrir et travestir

L’artiste français Pascal Lièvre abandonne la peinture pour la paillette dès 2008 et se met à détourner des œuvres majeures qui ont marqué l’histoire de l’art en les recouvrant de paillettes, matériau populaire, pauvre et peu onéreux. Il explique sur son site :

“Je sélectionne des œuvres qui font autorité dans l’histoire de l’art, je les redessine, je remplis ensuite ces formes de paillettes, collées et vernies. Précis et précieux, ces gestes de recouvrement tracent les contours d’une œuvre qui travestit l’œuvre originale.”

Un féminisme scintillant

Depuis 2016, Pascal Lièvre entreprend de constituer un Atlas féministe en reproduisant des œuvres d’artistes féministes à la paillette mauve, couleur symbolique et emblématique du féminisme. Ces femmes deviennent alors les symboles d’une lutte, dont les œuvres sont à la fois répertoriées et archivées pour en garder la mémoire, mais elles revêtent aussi un aspect vif et scintillant pour en marquer la force de revendication.

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Des paillettes aussi pour symboliser le sang menstruel dans l’œuvre de Georgia Gibson, manière pour elle de lever un tabou encore fort présent. C’est aussi une façon pour elle de tourner en dérision les paroles d’un homme qui un jour lui a dit qu’elle avait des paillettes dans les veines, en lui précisant qu’elle était très mignonne, comme elle le rapporte sur le site HelloFlo. L’artiste cherche ici à déconstruire l’image de la “fille-princesse”, innocente et naïve, figée dans un monde féerique où tout n’est qu’apparences.

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Alors, toujours féerique la paillette ?