À Caen, la sculpture géante “The Kiss” fait polémique

Publié le par Anaïs Chatellier,

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Du baiser volé au baiser forcé.

Lorsqu’en 1980 la magazine Life lance un appel pour retrouver ce couple devenu mythique, plusieurs personnes – onze hommes et trois femmes – affirment être sur la photo. Pendant longtemps, les deux protagonistes sont restés non identifiés jusqu’en 2012, où le livre The kissing sailor affirme qu’il s’agit de George Mendonsa et de Greta Zimmer Friedman. Et les révélations autour de ce couple devenu fameux démythifie la portée romantique du cliché.
En effet, dans un article du Daily Mail qui date de 2012, on apprend que le marin Mendonsa était en rendez-vous galant avec une jeune femme qu’il épousera par la suite. Légèrement ivre, il entend une annonce : “La guerre est finie. Les Japonais ont capitulé“. Il sort alors dehors et délaisse complètement sa future conquête lorsqu’il aperçoit cette belle inconnue.
“Avec l’excitation de la guerre qui était terminée et quelques verres, quand j’ai vu l’infirmière, je l’ai attrapée et je l’ai embrassée”, confie-t-il. De son côté, Greta Zimmer explique son ressenti : 

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Je n’ai pas choisi d’être embrassée… Le mec est juste arrivé et m’a attrapée. Je ne l’ai pas vu approcher, et avant que je ne comprenne ce qui se passait, je me suis retrouvée enserrée dans un étau.

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Un geste que Slate qualifiait d’agression sexuelle en 2012, en rapportant les propos de la blogueuse, Crates and Ribbons.

Après tout, ce marin a risqué sa vie pour son pays. Son excitation et son soulagement sont justifiés, non? Ce sont des circonstances uniques, non? La réponse à cette première question est oui. Il a parfaitement le droit d’être en extase. En revanche, ce droit ne veut pas dire qu’il peut empiéter sur l’autonomie corporelle de quelqu’un d’autre.

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La demande de retrait de la statue

Une pétition a alors été lancée pour demander le retrait de cette statue qui ne symboliserait pas l’euphorie de la fin de la guerre, mais bien une agression sexuelle. Créée par l’association Osez le féminisme, la pétition revient ainsi sur l’ambiguïté de cette affaire :

Si le débat n’est pas tranché sur l’identité de la jeune femme de la photo (Greta Zimmer Friedman qui a plusieurs fois témoigné de l’agression ou Edith Shain qui est sortie de son silence 35 ans après le baiser quand elle estimait que « cela ne pourrait plus entacher sa réputation », ce qui montre également son inconfort), le comportement de l’homme, lui, reste une certitude.

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Une autre certitude pour les signataires, c’est que 14 000 femmes ont été violées par des GI pendant la Seconde Guerre mondiale et que 75 000 femmes sont violées chaque année en France. “Nous ne pouvons accepter que le Mémorial de Caen érige une agression sexuelle en symbole de paix” ajoute l’association.
Face à cette demande, le directeur du Mémorial de Caen, Stéphane Grimaldi, interviewé par Ouest-France, invite à replacer cette scène dans son contexte : “C’était un instant de joie absolue qui autorisait toutes les envies”. Il raconte alors comment la directrice de la Sculpture Foundation, l’association propriétaire de la statue, qui a connu Edith Shain, rapportait cette scène :

Elle lui avait parlé de ce baiser et du fait qu’elle n’avait jamais eu le sentiment d’avoir été forcée. Elle insistait sur le fait qu’elle s’était laissé embrasser.

Difficile de discerner le vrai du faux. En tout cas, que ce soit Greta ou Edith qui a raison, Osez le féminisme demande le “retrait de cette sculpture dans les meilleurs délais“. Affaire à suivre.

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