Bolémvn : “Le rap, c’est une course où il n’y a pas de ligne d’arrivée”

Publié le par Guillaume Narduzzi,

Pour la sortie de son second EP en quelques mois, on a discuté danse, Johnny Hallyday et famille avec le jeune artiste du 91.

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Alors que son premier EP Quel vie est sorti en novembre dernier, voilà que le prometteur Bolémvn est déjà de retour sur le devant de la scène hexagonale avec un nouvel EP abouti, malicieusement intitulé Salut les terriens. Depuis sa planète, le jeune artiste assiste au chamboulement d’un rap game plus ouvert que jamais. Il exprime les aspirations d’un courant du rap français s’émancipant progressivement de sa version originelle.

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Cousin du phénomène Koba LaD, il cultive sa polyvalence grâce à sa vision lucide de l’industrie musicale. En effet, Bolémvn a bien compris qu’il fallait battre le fer tant qu’il est chaud – comme le dit le célèbre adage –, et compte bien s’installer parmi les meilleurs dans les années qui arrivent. Rencontre avec un jeune artiste ambitieux, la tête gravitant dans les nuages mais les pieds bel et bien ancrés sur terre.

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Konbini | Ton premier projet sorti l’année dernière s’appelle Quel vie alors qu’il contient le morceau “Quelle vie”. Pourquoi ce choix d’orthographe ?

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Bolémvn | C’était pour faire comprendre aux gens que je ne me suis pas trompé. J’ai fait sept freestyles avant le projet, sept titres sur cet EP – et deux titres bonus –, alors je voulais qu’il y ait sept lettres dans le titre, c’est logique : Quel vie. Tout est cohérent ; c’est un puzzle qu’il fallait assembler. Tout était calculé. J’ai vu que ça a polémiqué un peu, mais “quelle vie”, c’est une expression. Et les expressions, tu les écris comme tu veux. Je trouve ça important de se réapproprier le langage.

Comment cet EP a vu le jour ?

Après avoir “arrêté la musique”, je suis revenu en 2017, dès que mon frère est sorti de prison. C’est lui qui m’a managé. À ce moment-là, j’avais encore des morceaux de côté que je voulais clipper, et il m’a aidé à les financer. C’est là qu’on a fait “All Everyday”, qui est mon premier titre à plus de 1 000 vues. Après ça, on a enchaîné et avec “Gars du 7”, j’ai eu mon premier million de vues. Alors que tous ces sons-là, ils dataient de ouf !

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C’est à ce moment-là que tu as envisagé de faire carrière dans la musique ?

À partir de là, le monde de la musique m’a approché. Avant ça, c’était surtout mon entourage. Tu sais, j’ai arrêté de bosser en janvier dernier. Ce qui veut dire que même si je faisais des millions de vues, je pouvais aller livrer des colis chez des gens qui mataient mes clips. Je ne pouvais pas dire que je voulais faire ça de ma vie tant que l’argent ne rentrait pas dans mes poches. C’est récent de ouf, et c’est allé très vite.

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Quels retours tu as eus sur Quel vie ?

Les gens ont vu que je pouvais faire plusieurs styles. Que je pouvais chantonner – parce que chanter c’est un grand mot –, que je pouvais rapper, trapper, etc. Que je pouvais tout faire, avec des bonnes mélodies. Peut-être pas “tout” non plus, mais la base quoi [rires]. J’essaie de faire en sorte que tout le monde se retrouve. Si t’aimes pas un son, tu vas kiffer un autre. Il faut que tout le monde arrive au moins à écouter un son et le kiffer. Ça me permet d’avoir un public assez large.

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Ta musique parle beaucoup de filles, mais aussi pas mal de ta famille…

J’ai la chance qu’ils soient tous derrière moi. Mon petit frère est devenu mon manager, mon grand frère – qui était mon manager – est devenu mon producteur, les gens de la sécurité, ce sont des oncles… Ma famille est vraiment autour de moi et impliquée dans mon projet musical. Bolémvn, ce n’est pas que moi. Tant que je suis avec eux, il ne peut rien m’arriver.

Ton deuxième EP qui sort ce vendredi 3 mai s’intitule Salut les terriens. Tu as l’impression de venir d’une autre planète ?

Musicalement, c’est vraiment la suite de Quel vie. Le nom est une référence à ma série de freestyles. J’ai vu que les gens avaient kiffé le délire, donc j’ai gardé ce nom-là, c’était une évidence. Ça permet de bien m’identifier aussi. Mais quand j’y pense bien, j’ai toujours été ailleurs. C’est ma vie qui a fait ça, il y a des choses qui sont arrivées qui font que je suis comme ça, sur ma planète. Ce n’est pas de la magie, c’est ma vie frère.

Tu disais avoir arrêté la musique. Dans quel état d’esprit tu étais au moment de retourner au studio ?

Initialement, je ne devais pas forcément le faire. Mais les gens trouvaient que le premier était trop court. Ils redemandaient un autre. Et moi, tant que les gens demandent, je fais. C’est un plaisir avant tout, ça reste de la musique. Si j’ai de l’inspi’ pour faire un projet, même quatre mois après, je le fais. L’engouement du public, ça m’a motivé direct. Tant que les gens kiffent, autant balancer. Surtout quand tu vois que la vitesse à laquelle se consomme la musique aujourd’hui. On est beaucoup. En une semaine, tu peux avoir six albums de rap français qui sortent.

SeySey, c’est ton producteur attitré ?

C’est mon gars. Il est le producteur de Black Palladium Music, le label avec qui j’ai fait les deux EP. C’est un compositeur qui m’a beaucoup apporté. On s’est connu sur Instagram peut-être trois mois avant Quel vie, il m’a proposé qu’on bosse ensemble. Je suis venu au studio, il m’a balancé des prod’ et j’ai fait des freestyles. Ensuite, on s’est posé et on a parlé. Il me dit qu’il y a des choses à faire avec son équipe, puis on s’est revu et on a loué une baraque.

En trois jours, on s’est retrouvé avec plus de dix sons. C’est là qu’on s’est dit qu’on allait faire un projet, et c’est parti. Je suis un mec qui aime trop la musique. Tu me laisses trois jours dans un studio, je peux faire beaucoup de morceaux. Un peu comme Quel vie, ça s’est fait sur un coup de tête. C’est sûr qu’on va continuer ensemble. Le mec est bon, pourquoi arrêter de collaborer ? On est coordonné de ouf.

La première piste s’appelle “Super intro”, tandis que sur ton premier EP c’était “Mauvaise intro”. Cela traduit une prise de confiance au fil des mois ?

“Mauvaise intro” est un son calme un peu. Alors que “Super Intro”, ça envoie de ouf dès le début. Cela traduit une évolution, c’est une montée en puissance. J’ai déjà le titre pour ma prochaine intro ! (rires) Comme il faut se démarquer direct, autant le faire dès l’intro.

La danse est quelque chose d’important dans ta famille. Est-ce que cela a influencé ton développement artistique ?

Bien sûr. Je pense que ça se voit dans mes clips avec la gestuelle. Peut-être que je ne serais pas là aujourd’hui sans ça. C’est comme les mélodies, ça fait pleinement partie de l’univers Bolémvn. Depuis que je suis petit, je danse. Je bouge tout le temps, c’est naturel ! Pour la scène, c’est important aussi.

“13.08” est un morceau assez émouvant. Qu’est-ce que signifie pour toi cette date ?

Il s’agit du décès de ma grand-mère, qui nous a quittés le 13 août 2017. Ce son-là, je l’ai fait juste après. Mais d’un côté, je ne voulais pas parler que de ça. Je voulais que ce soit un hommage pour tous ceux qui m’entourent, les morts et les vivants. C’est un piano-voix, comme “Quelle vie”, mais plus long. C’est un peu la suite, en quelque sorte.

À l’inverse, tu as des morceaux super énervés, comme “Dis moi tout”. Tu peux être un gros kickeur et un bon chanteur.

Je ne me considère ni comme un chanteur, ni comme un rappeur, mais juste comme un artiste. Et un artiste, il doit savoir tout faire. Si demain je fais un son rock, un son rap, un son de variet’… C’est de la musique. Il ne faut pas me mettre dans la catégorie rappeur. Dans mon look, j’ai un côté urbain, mais je suis artiste avant tout. C’est vrai que j’ai commencé par le kickage, mais SeySey m’a poussé à chanter. J’avais déjà essayé un peu avant, mais c’est vraiment là où j’ai passé le cap. Je me suis dit que c’était le moment.

C’est cette polyvalence qui fait ta force ?

De ouf, je pense que les gens sont contents parce que je ne fais jamais la même chose. Parfois, ça se ressemble, mais il faut toujours qu’il y ait quelque chose qui change. Mon but, personnellement, c’est que si je sors 150 morceaux, il y ait 150 morceaux différents les uns des autres.

Qu’est-ce que “La Voix” ?

On a tous en nous quelque chose qui te dit de faire du bien, et quelque chose qui te dit de faire du mal. Donc “la voix”, c’est elle qui va te parler intérieurement pour exprimer cela. C’est ce qui te guide.

Tu y fais une référence à Johnny Hallyday. Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?

Sans l’écouter énormément, on ne va pas se mentir, il y a des sons que j’aime beaucoup. Il y a des punchlines de ouf, et “Marie”, c’est un de mes morceaux préférés. J’adore, c’est pour ça que je voulais reprendre ça à ma manière. Quand t’écoutes les deux premières phrases, tu ne te dis pas que c’est ça. C’est assez subtil, on ne comprend pas la référence dès le début et je ne le paraphrase pas totalement.

Sa carrière est un modèle du genre pour toi ?

Il a une carrière de dingue. Pourquoi ne pas faire une longue carrière comme lui ? Je rêve d’avoir une carrière comme la sienne. Je n’ai pas envie d’être une mode pendant deux ans, puis plus rien. Si j’ai arrêté le taff, c’est pour avoir une très longue carrière. Il y a des artistes africains comme Papa Wemba ou Koffi Olomidé, et je ne parle que musicalement, qui sont des modèles de longévité. Ça m’inspire.

La fin du morceau est très rock, avec des guitares électriques notamment. C’est un genre que tu aimes écouter ?

Pas tant que ça, mais c’est plus l’aspect “rock” en concert que je kiffe. Si tu regardes attentivement, le rap, c’est le nouveau rock. Par exemple, les guitares électriques à la fin, elles passent bien. J’aime rester ouvert. Si je m’ouvre à d’autres genres musicaux – je ne dis pas que je vais le faire –, je veux qu’on puisse se dire immédiatement qu’on n’a jamais entendu ça avant. Ce sera toujours à ma sauce. Ça sert à rien de ressembler à quelqu’un d’autre. Sinon, tu ne fais pas de la musique et tu écoutes l’autre. Personne ne veut écouter deux artistes identiques.

Comme une grosse partie des stars du rap game actuel, tu viens du 91.

Je trouve ça lourd, mais en vrai dans le 91, ça rappe depuis très longtemps. Malheureusement les anciens, ils ont un peu disparu au fil des années ; ce n’était pas comme maintenant. Il n’y avait pas d’iPhone ! [Rires.] Nous, on est venus pour représenter le 91. Je suis content qu’on soit connus. Je ne vais pas te mentir, c’est une fierté. Il y a une vraie solidarité. Il n’y a pas longtemps, on avait PNL, Niska, Koba et Ninho qui étaient en tête de tous les classements. Le 91 ça prend de la place de ouf [rires]. Tout le monde arrive avec son truc.

Tu te sens prêt pour te lancer sur un album ?

Bien sûr. Ce n’est même pas que je travaille sur un nouveau projet, mais la musique ne s’arrête jamais vraiment. Je fais que chanter, chanter, chanter jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’inspi’. L’album peut vraiment arriver d’un coup. Il y a une différence technique entre EP, album, mixtape, etc. mais moi je ne la fais pas. Tu sors un projet et il faut le défendre pour arriver au sommet. Je travaille super instinctivement et ensuite, je m’adapte au format. Je peux sortir quatre albums d’un coup, tant que j’estime qu’ils sont bons. Il faut rester actif, c’est crucial.

Quels vont être tes prochains objectifs ?

Rester dans le game, fort. Bosser, bosser, bosser, il ne faut pas que ça s’arrête. C’est une course où il n’y a pas de ligne d’arrivée, et je continuerai de courir jusqu’à ce que je tombe.

Photos : Benjamin Marius Petit