Voici la "famille bitcoin" : elle a tout bazardé pour investir dans la cryptomonnaie

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Elle vit maintenant dans un petit bungalow aux Pays-Bas et rejette en bloc la société de consommation.

(Courtesy of Didi Taihuttu)

La famille Taihuttu commence à acquérir une petite célébrité : elle aura bientôt 5 000 abonnés sur Instagram et des médias du monde entier veulent l'interviewer. Un jour, elle inspirera probablement un documentaire – ou mieux, un biopic qui ferait écho, de loin, à Captain Fantastic.

Ils sont donc cinq : deux parents et trois filles. Dans leur vie d'avant, ils possédaient une maison de 200 m² remplie de meubles, une entreprise, trois voitures, une moto, des vélos électriques et plein de bibelots. Ils vivent désormais dans un bungalow de 50 m² installé sur un terrain vague. Ils se sont débarrassé de presque tout et n'ont gardé que le nécessaire. Ce qu'ils ont déjà vendu, ils l'ont réinvesti en bitcoins. Le père de la famille, Didi, espère tripler ou quadrupler sa mise d'ici trois ans.

La famille a-t-elle été corrompue par la vénalité ? La longue interview qu'ils ont accordée à Motherboard laisse entendre que c'est tout le contraire : si cet investissement plus qu'audacieux se transforme en catastrophe financière, ça ne sera pas si grave. La famille a presque tout abandonné pour une raison autrement plus louable : expérimenter une sorte d'ascèse radicale.

Les petites n'ont plus leurs jouets mais n'en sont que plus heureuses, et le père n'est plus le bourreau de travail qu'il était. Avant d'engager la procédure de divorce matériel, ils ont parcouru pendant neuf mois l'Asie et l'Australie. Ils ont fait beaucoup de rencontres : leur épopée leur a ouvert les yeux. 

Pourquoi investir tout son argent dans des bitcoins plutôt qu'en actions ou placements immobiliers ? "Parce que la blockchain et les cryptomonnaies révolutionnent le système monétaire", explique Didi à Business Insider. Cette certitude, le père de famille se l'est forgée pendant leur voyage : à plusieurs reprises, l'ancien entrepreneur dans les services informatiques a discuté avec des "cryptotraders" qui l'ont convaincu. Certes, il s'était déjà intéressé aux bitcoins, dans sa vie d'avant, mais il n'avait jamais réalisé de plus-value substantielle.

Leur maison a été vendue l'été dernier pour 300 000 euros. Le père aurait bien aimé que l'intégralité de la transaction se fasse en bitcoins, histoire de marquer les esprits et d'enclencher rapidement le trading. Sauf que les banques et les notaires ne sont pas vraiment armés pour ça. Seule une partie de la vente, encore en négociation avec l'acheteur, se fera en bitcoins.

En ce moment, tous les indicateurs du bitcoin sont au vert. Récemment, et en peu de temps, la valeur du bitcoin est même passée de 5 000 à 7 000 dollars. La spéculation bat son plein, la hausse est constante. Mais bien malin est celui qui pourrait prédire la suite. Certains observateurs pensent que le bitcoin vaudra d'ici quelques années des dizaines de milliers d'euros, alors que d'autres craignent l'explosion d'une bulle spéculative et conseillent de ne pas investir.

Quelles que soient les fluctuations, un paradoxe demeure : le père prétend rejeter la société de consommation, mais il est devenu trader pour s'enrichir. Les explications qu'il livre au journaliste de Motherboard laissent quelque peu dubitatif, car si la richesse sera au rendez-vous, la famille conservera son mode de vie minimaliste. Une chose changera cependant : papa voyagera. Pas pour le tourisme, non. Mais pour inciter les gens à "changer leur vie" grâce aux cryptomonnaies, à commencer par les trois milliards de personnes qui ne peuvent pas avoir un accès direct à un compte bancaire.

La famille Taihuttu est loin d'avoir écoulé son stock de biens. Tout ce qui n'a pas trouvé un acheteur est conservé dans un box (même si les reliquats de leur vie passée sont en vente ici). On y trouve pèle-mêle des chaussures, des lampes, des statuettes bouddhiques, un GPS Tom-Tom, des lits et des accessoires pour la Wii. Si quelque chose devait retenir votre attention, sachez que la famille accepte (et encourage) les paiements en bitcoins.