Venise va enfin interdire les paquebots de croisière géants dans son centre historique

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Les autorités italiennes viennent d’adopter un nouveau plan d’accueil des navires de croisière à Venise, qui se fera dorénavant loin du centre historique de la cité lacustre. C’est un soulagement pour les habitants, même si le problème de la pollution n’est pas résolu pour autant.

(© Dalbera/Flickr/CC)

Les autorités italiennes veulent forcer les bateaux de croisière géants qui envahissent la lagune de la ville à emprunter une autre route que celle du Grand Canal. Elles viennent donc d’adopter un plan modifiant l’accueil de ces mastodontes des mers, qui amènent plusieurs fois par jour des milliers de touristes dans le centre historique de la cité lacustre

Dès 2019, les gros tonnages (supérieurs à 96 000 tonnes) devront emprunter un canal au sud de la lagune réservé aux pétroliers, et accoster au terminal de Marghera sur le continent. Les passagers devront ensuite rejoindre le centre par le pont principal.

Cette décision donne raison aux Vénitiens qui luttent depuis des années pour faire interdire ces bateaux qui, en plus d’être extrêmement polluants, menacent les infrastructures de la ville déjà mises en péril par la hausse du niveau de la mer.

Le problème n’est que déplacé

Des comités de riverains se battent depuis des années pour que le gouvernement prenne des mesures fortes en faveur d’un tourisme plus raisonné. Car avec 28 millions de touristes par an (pour 55 000 habitants intra-muros), la ville meurt sous le poids du tourisme de masse dont les paquebots sont devenus le triste emblème. Lors d’un référendum informel qui s’est tenu au mois de juin, près de 99 % des participants ont voté pour leur interdiction.

La nouvelle mesure, adoptée à la quasi-unanimité lundi 6 novembre par le Comité interministériel pour Venise, souhaite donc apaiser les riverains. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, qui se vide à vue d’œil. Près de 1 000 Vénitiens rejoindraient ainsi chaque année le continent, fatigués par cette horde de touristes étouffante et incontrôlée.

Néanmoins, de nombreux problèmes demeurent avec cet itinéraire de substitution : la pollution ne fait que se déplacer un peu plus loin et les dommages causés à l’écosystème instable de la lagune ne sont pas résolus pour autant. En gros, la mesure ne fait que déplacer temporairement le problème de fond, sans vraiment le résoudre.

Mais avec 5 000 emplois issus du secteur touristique, qui est la principale ressource financière de Venise, les politiques peinent à prendre des décisions fortes, comme le réclament les écologistes – à savoir : la limitation drastique du tourisme ou l’interdiction pure et simple des bateaux de croisière dans la lagune. Cette lenteur d’action a conduit en 2016 l’Unesco à menacer d’inscrire Venise sur la liste du Patrimoine mondial en péril, comme Alep ou Palmyre, en Syrie…