Aux États-Unis, les petites filles noires seraient perçues comme moins innocentes que les blanches

Les statistiques confirment que cette perception n'est pas sans conséquence sur leur futur.

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Quvenzhané Wallis dans Annie. (© Sony Pictures)

Quand Tamir Rice a été tué par un officier de police en novembre 2014 alors qu’il jouait avec un faux pistolet dans un parc de Cleveland, dans l’Ohio, son apparence et sa couleur de peau s'étaient retrouvés au cœur des débats du procès du policier. Parmi les arguments avancés par la défense, le fait qu’il paraissait plus âgé qu’il ne l’était vraiment avait notamment été cité. L’un des officier sur place a ainsi déclaré qu’il ne se doutait pas que Tamir Rice était un enfant, et ses avocats avaient insisté sur le fait qu’il avait "l’air d’avoir bien plus que 12 ans" – comme si cela justifiait son assassinat.

Quelques mois avant la décision de la justice américaine de ne pas inculper les policiers, un rapport de l’Association américaine de psychologie révélait que les garçons noirs seraient vus comme plus âgés, plus à même de commettre des crimes, et risqueraient plus de subir la violence des forces de l’ordre que les garçons blancs.

Il en est de même pour les petites filles noires, qui sont aussi perçues comme plus grandes et plus dangereuses que les blanches, et ce dès l’âge de 5 ans. Cette semaine, le Centre d'étude de la pauvreté et des inégalités de l’université de droit de Georgetown a publié un article sociologique qui s’inspire du grand rapport de 2014 sur les petits garçons noirs. Le rapport révèle que les filles noires âgées de 5 à 14 ans seraient vues comme étant moins innocentes et comme ayant moins besoin de soins, de protection et de soutien que les petites filles blanches du même âge. Les petites filles noires seraient également perçues comme étant plus indépendantes et plus informées sur des sujets d’adultes, notamment le sexe.

Des préjugés lourds de conséquences

Les auteurs de l’étude attribuent ces préjugés à "l'adultification" des filles noires, qui les prive d'une part de leur enfance, alors que l’innocence de tous les enfants devrait être préservée :

"Au final, l’adultification est une forme de déshumanisation, qui prive les enfants noirs de l’essence même de ce qui distingue l’enfance de toutes les autres périodes de développement : l’innocence.

L’adultification contribue au scénario erroné selon lequel les transgressions de la jeunesse noire sont intentionnelles et malveillantes, au lieu d’être de simples erreurs de jugement immature, l'une des caractéristiques principales de l’enfance."

L'adultification des petites filles noires est un facteur qui contribue au fait qu’on leur impose une discipline plus dure dans les écoles et qu’elles soient plus souvent confiées à la justice des mineurs. Jamilia J. Blake, l'une des auteurs de l'étude, indique que les petites filles noires sont victimes des mêmes stéréotypes que les femmes noires. Elle explique au Huffington Post :

"Historiquement et actuellement, les femmes noires sont perçues comme agressives, bruyantes, provocatrices et plus tournées vers le sexe. Plusieurs chercheurs et moi-même pensons que ce stéréotype s’applique aussi aux filles noires."

L'étude souligne que les filles noires ont cinq fois plus de chances d’être exclues de leur école que les blanches. Elles sont aussi trois fois plus susceptibles d’être retirées de leur foyer et ont 20 % de chances supplémentaires d’être accusées d'un crime que les filles blanches.

Si ces résultats ne surprennent pas vraiment la communauté afro-américaine, les voir écrits noir sur blanc permet d’informer les systèmes éducatif et judiciaire, afin qu’ils puissent réviser leurs politiques et mettre en place les changements nécessaires pour lutter contre ces préjugés. Les auteurs considèrent ce rapport comme un rappel à l’ordre et espèrent que les filles noires lanceront le débat sur les écarts de disciplines appliqués aux petites filles. Ils comptent également organiser un événement sur la justice genrée cette année :

"Nous encourageons les filles noires à prendre la parole sur ce sujet et, bien sûr, les adultes à les écouter.

Toutes les filles noires ont le droit (et méritent) à un traitement égal, y compris un accès à la protection qui est due aux enfants."

Traduit de l'anglais par Sophie Janinet