Le trou de la couche d’ozone s’est réduit à sa plus petite surface depuis 1988

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Après un hiver anormalement doux et trois décennies de régulations, le trou au-dessus de l’Antarctique ne mesure plus que 12 millions de kilomètres carrés.

La Terre vue de l’espace. (© Nasa)

Puisque ce n’est pas tous les jours que l’actualité environnementale nous apporte une information encourageante pour l’avenir de notre espèce, savourons celle-ci comme il se doit : dans un communiqué publié le 2 novembre, la Nasa a annoncé que le trou de la couche d’ozone, pierre angulaire des programmes de sensibilisation à l’écologie des gosses des années 1990 et preuve irréfutable que l’ère industrielle a quand même salement amoché notre écosystème, est à son niveau le plus bas depuis 1988. Preuve que parfois, les accords internationaux de régulation environnementale peuvent avoir des résultats tangibles.

Selon l’agence spatiale américaine, qui surveille constamment la zone depuis 1985 via son programme Ozone Watch, le trou a atteint sa superficie maximale annuelle le 11 septembre 2017 avant de rétrécir semaine après semaine. La perte d’ozone ne se produisant qu’à température basse, le trou obéit chaque année aux mêmes mécanismes : il grandit entre septembre et novembre (la fin de l’hiver austral) puis rapetisse jusqu’à se refermer en début d’année civile. Le 11 septembre dernier, donc, le trou atteignait une taille optimale de 12 millions de kilomètres carrés – une surface équivalente à vingt fois celle de la France, certes, mais qui ne représente plus que le tiers de ce qu’elle était en 2000, année record durant laquelle le trou s’étendit à près de 48 millions de kilomètres carrés au-dessus de l’Antarctique et son océan.

Un progrès dû (en partie) au réchauffement climatique

D’excellents progrès, donc, que l’on doit en partie… au réchauffement climatique. Ironie de l’écosystème, l’accélération du rétrécissement du trou depuis 2016 s’explique par des températures hivernales plus élevées que de coutume, précise la Nasa, car c’est l’air chaud qui dissipe les composés chimiques gourmands en ozone comme le chlore ou le brome, premiers responsables de la création et l’agrandissement du trou à la fin des années 1970. Mais arrêtons immédiatement ceux qui y verraient de l’eau au moulin des sceptiques du réchauffement climatique : si la hausse des températures a bien filé un coup de pouce à l’atmosphère terrestre, c’est avant tout la mise en place d’accords internationaux de régulation des gaz à effets de serre qui a permis au menaçant trou atmosphérique de se refermer en partie, rétorque la Nasa dans son communiqué.

Car en vertu d’une jolie coïncidence du calendrier, 2017 est également la trentième année de du protocole de Montréal, un accord international sur la réduction des gaz à effets de serre signé en 1987 par 24 nations (et aujourd’hui adopté par plus de 197 pays) auquel on doit probablement la survie de notre couche d’ozone. À la fin des années 1970, la communauté scientifique découvre que plusieurs produits chimiques de la vie courante, les chlorofluocarbures (CFC, communément appelés Fréon) et gaz bromés (halons), présents dans les réfrigérateurs, aérosols, climatiseurs ou solvants, dégradent l’ozone présente dans l’atmosphère. Il faudra cependant attendre les années 1980 pour que le grand public, finalement informé que l’ozone protège la peau des rayons UV cancérogènes, prenne conscience de l’ampleur du problème à la faveur d’un trou gigantesque apparu au-dessus de sa tête en 1985.

Trente ans après, malgré la pression des lobbyistes américains de l’époque, le protocole de Montréal est bien en passe d’atteindre son objectif, même si plusieurs défis se dressent encore pour les décennies à venir. Si la concentration des CFC et halons dans l’atmosphère a bien diminué de 10 à 15 % depuis 1990 selon les Nations unies et qu’une étude du MIT parue en 2016 dans la revue Science prévoyait la résorption intégrale du trou en 2050, un nouvel ennemi est apparu : les hydrofluorocarbures (HFC), produits de remplacement peu coûteux pour les réfrigérateurs du monde entiers, inoffensifs pour l’ozone… mais mille fois plus puissant que le CO2 pour l’effet de serre, selon Greenpeace. En 2016, à Kigali, 150 pays ont accepté de réduire de 85 % leur consommation de ce type de produits, après dix ans de négociations. Souhaitons à cette entreprise autant de succès qu’au protocole de Montréal.