Témoignage : j’ai décidé de ne coucher avec personne pendant 2 ans et cette abstinence a changé ma vie

Julien, 30 ans, a pratiqué l’abstinence sexuelle pendant deux ans, par choix. Il nous raconte les raisons de sa décision et comment celle-ci a changé sa vie et sa conception de la sexualité.

© Paramount Pictures

La déception amoureuse, le déclencheur

Tout a commencé après une rupture qui concluait une relation amoureuse hétérosexuelle de quatre ans et une série de décès qui m’éloignaient à jamais d’un oncle, d’une grand-mère et d’un frère. Ces blessures, ces chocs émotionnels, ont eu un impact sur ma compréhension du monde et mon rapport à l’autre. Non que je devenais nihiliste ou misanthrope. Bien au contraire, je me mis à sacraliser tout ce qui de près ou de loin s’apparentait à la vie, et le sexe en faisait partie. Je me plongeais dans la littérature et l’écriture. Plus que jamais, je faisais attention à ce que je mangeais. Mon corps devenait un temple et j’en étais le garde. J’essayais de réussir à contrôler mes pensées afin qu’elles soient positives en toutes circonstances. Ce mood, cet état d’esprit qui devenait au fil des jours naturel et instinctif, affectait et transformait ma vie sexuelle. Je n’ai couché avec personne pendant deux ans et je n’en ai pas eu envie.

Pourtant, durant ce laps de temps, j’ai rencontré des jeunes femmes. Toutes plus moins attirantes, plus ou moins à mon goût. Je continuais à ressentir une forme particulière de désir – je n’ai pas arrêté de me masturber et de fantasmer sur des situations plus ou moins réelles ou possibles –, mais aucune d’entre elles ne m’a séduit au point de coucher. Avant ma rupture, mes pulsions sexuelles dévoraient ma relation à tel point que j’étais toujours en demande et, de ce fait, souvent dans l’attente. Je songeais très souvent à aller voir ailleurs pour combler ce manque.

C’était paradoxal car les rapports sexuels avec mon ex me satisfaisaient, mais, une fois assouvies, mes pulsions revenaient à la charge. J’en voulais toujours plus sans pouvoir identifier ce que je souhaitais réellement. Cela avait le même effet qu’une drogue, c’était dévastateur. Malgré cela, je ne dirai pas que j’étais un obsédé sexuel. Pour compenser le manque que j’éprouvais, j’entamais des relations avec des filles. Au moment de passer à l’acte, me rendant compte que cela m’amenait à tromper ma copine, je me défilais comme je pouvais. Quelque temps après, le remords, le fait de n’avoir pas couché, de ne pas être allé au bout de mon fantasme me rendait aigri.

Une fois célibataire, de façon surprenante les choses ont changé dans ma tête et je n’ai pas fait ce que ferait n’importe quel mec de 25 ans vivant sur Paris : profiter de cette période pour exorciser sa rupture et se taper une ou deux filles. J’ai en fait réalisé que je n’en avais pas envie et je n’y voyais pas d’intérêt. Me penchant sur mon propre cas, j’essayais de prendre du recul et j’analysais ce qui pouvait se tramer en moi. Je me suis mis à vivre à contre-courant, à la marge de l’époque et de ses codes. Je vivais chastement.

Lorsque ton entourage joue les psys ou les sexologues

Durant deux ans, j’ai tout entendu. Mes amis les plus proches me comprenaient même si certaines choses leur échappaient. Les autres, les connaissances ou les amis plus récents, ne pouvaient pas le concevoir. Certains disaient que je faisais une dépression, d’autres pensaient que j’étais gay et que j’attendais le bon moment pour faire mon coming out. Comme si le fait de ne plus vouloir coucher avec une fille faisait de moi un homosexuel ! Je leur expliquais qu’outre l’abstinence, l’asexualité existait également. Peu d’entre eux, surtout les mecs, arrivaient à concevoir que l’on puisse se "priver" de sexe. Je résume : Si tu n’as pas envie, t’es malade ou gay. Et si tu te prives, t’es malade ou prêtre.

L’abstinence athée

Je suis athée et on ne m’a jamais inculqué que l’abstinence était un bien fondamental ou je ne sais quoi. La sexualité est entrée très tôt dans ma vie. À sept ans, par le plus grand des hasards, j’ai vu mon premier film pornographique. Irrémédiablement, ça m’a éveillé aux plaisirs solitaires. Dans mon enfance, la nudité n’était pas un tabou. L’été, je me rendais avec mes parents sur des plages naturistes. Je sais que cela m’a aidé à mieux comprendre que nos corps sont des emballages qui se détériorent rapidement et que la beauté n’est qu’une question subjective.

Rien dans mon éducation, dans mes mœurs, dans ma petite histoire personnelle ne m’a conduit à l’abstinence. Même si cela m’a permis de mieux comprendre mon corps et a assagi mon esprit, cela ne m’a pas fait rencontrer Dieu… Il s’agissait d’une abstinence consentie mais pas christique. Les occasions n’ont pas manqué. Un soir, dans mon lit, me remémorant cette période, j’ai fait un rapide calcul. Ces deux années auraient été, sexuellement parlant, les plus fastes de mes vingt-neuf années.

Extrait du blog T’as réussi ta vie, connard ? (© Clément)

Comment expliquer et justifier ton choix à un(e) potentiel(le) partenaire

Ce qui était le plus drôle, c’était les excuses et les multiples mensonges qui me permettaient de me sortir des fins de soirée lorsque tu sens qu’une fille veut te ramener chez elle. J’ai tout inventé : mon cousin que je devais aller chercher à la gare à six heures du matin, mes parents qui arrivait le lendemain à huit heures… J’ai même imité les symptômes de la gastro, du rhume, de la migraine, etc. Tout pouvait être un prétexte à m’échapper.

Je ne me voyais pas expliquer à une fille avec qui j’avais passé la soirée, que j’avais pris la peine d’inviter au restaurant et que je voyais deux à trois fois par semaine, que bien qu’elle m’attirait et que deux ans plus tôt j’aurai bien couché avec elle, mon corps et mon esprit ne voulaient pas se mêler à elle. Je ne me voyais pas lui dire que le sexe ne me répugnait pas mais que baiser, coucher ou faire l’amour me coûtait trop.

Je voulais dormir seul, je ne voulais pas prendre le risque de décevoir ou d’être sexuellement déçu. Je voulais m’appartenir et ne plus tisser le moindre lien physique avec quiconque. Embrasser et séduire, oui, mais pénétrer et masturber, non !

Abstinence ne rime pas avec solitude

Pour la première fois, je prenais les rencards avec distance, sans stress, et j’étais prêt à passer la nuit à discuter. Apprendre à connaître la personne qui était assise en face de moi. Cela peut paraître tordu ou contradictoire, car je voulais que ces filles soient attirées, qu’elles aient envie de moi mais je ne voulais pas répondre à leur désir. Tout simplement car je n’en éprouvais pas.

Je ne donnais pas d’explication, car la personne en face de moi m’aurait peut-être jugé et je n’avais pas le courage de rentrer dans des discussions interminables. Pourquoi expliquer ce qui pour moi était naturel ? Ce qui est naturel n’a pas besoin d’être détaillé ou exposé sans relâche. Je sais avec le recul que ni la peur, ni l’angoisse ne motivaient ma démarche. La seule chose que j’attendais avec impatience c’était de trouver la personne qui me ferait passer ce cap ou celle avec qui je voudrais rompre cette forme de jeûne. Deux années sans sexe, ça pourrait effrayer n’importe qui.

Si tu es en prison et que tu lis mon témoignage, tu dois te dire que je suis fou. La différence est que je ne me privais pas. J’avais une liste de numéros et il me suffisait d’inviter un nom y figurant à boire un verre et le tour était joué. J’apprenais à vivre en totale harmonie avec mes désirs et mon esprit. Je me sentais léger. Je souhaitais témoigner, car certains d’entre vous vivent ou ressentent peut-être la même chose et ne se pensent pas normal.

Certains s’imaginent ou craignent que le désir ne revienne jamais. Je pense que la meilleure des manières est d’accepter de se laisser le temps. Nos vies ne sont pas calibrées pour être sexuée du premier au dernier jour. Des temps de pause et d’introspection permettent d’apprendre à mieux se connaître et à savoir ce que l’on veut, ce que l’on désire vraiment. Ce n’est ni une compétition ni un marché où la croissance est indispensable.

Ma vie post-abstinence

Lors de l’été 2015, j’ai rencontré ma compagne. Outre le fait d’être tombé totalement amoureux, le déclic est venu le jour où j’ai senti que je pouvais lui faire confiance. Je me suis confié à elle. Je lui parlais de cette mystérieuse période de ma vie. De mon passé, de mes souffrances et de ma rupture. Je lui ai avoué sans détour, avant que l’on n’ait le moindre rapport, que pendant deux ans je n’avais pas fait l’amour.

Cela aurait pu l’éloigner, la dégoûter, la questionner… Je ne sais pour quelle raison, elle est restée auprès de moi. Cette ouverture d’esprit a déclenché en moi de l’envie puis de l’excitation. Je pouvais enfin identifier comment le désir se construisait en moi. Aujourd’hui, ma sexualité est pleine de sens et j’ose assumer mes fantasmes. Pour moi, l’abstinence a été salvatrice.